Sri Lanka – de Hatton au sommet de l’Adam’s Peak

Il est temps de quitter Kandy et sa douce folie pour des contrées plus calmes, isolées, montagneuses. Direction la gare de la ville pour attraper un train en direction de Badulla, le terminus de cette ligne. Je m’arrêterai bien avant, à Hatton, au pied de l’Adam’s Peak.

Cette section de la ligne ferrée des montagnes du centre du Sri Lanka est réputée pour être l’une des plus belles du pays. Billet de troisième classe en main, je me glisse avec le backpack dans l’une des voitures combles ! L’expérience du trajet Colombo – Anuradhapura est particulièrement utile quand il faut se jeter dans le train pour caler les gros sacs dans un coin et prendre ensuite une place de choix, debout, au ras des toilettes mais le nez au vent et les croquettes à acheter pas bien loin. Il faut se mettre d’abord du côté gauche sur la première moitié du trajet puis du côté droit, dans le sens de la marche, entre Kandy et Hatton, pour profiter au mieux de la vue !

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Les arrêts s’enchaînent et la végétation change peu à peu alors que le train grimpe dans les hauteurs du pays. La forêt s’éclaircit, sa nature change aussi et les rizières disparaissent pour de bon : le thé fait son apparition, peu à peu.

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Le Sri Lanka fut l’un des plus grands producteurs café de l’ère moderne jusqu’à ce qu’une maladie foudroie et décime les plantations de caféiers. Depuis, la production a totalement évolué et c’est le thé qui a remplacé le café, redessinant complètement le paysage que l’on découvre sur la dernière portion du voyage en approchant de Hatton.

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Hatton. Un bus parfaitement identifiable permet de monter ensuite jusque Dhalousie. Il s’agit là du trajet le plus impressionnant de maîtrise par les conducteurs de bus. Je vous parlais dans l’un de mes premiers articles de la concentration des chauffeurs de bus et cela s’est parfaitement vérifié sur ces quelques kilomètres de route sinuant entre lacs, rizières et précipices : ils ne font rien d’autre que conduire, prenant les meilleurs trajectoires, collant toujours au plus près de la paroi ou du vide pour éviter tout contact avec un autre véhicule, anticipant, réagissant parfaitement. Prenez le bus au Sri Lanka, vraiment ! Oui, cela impressionnera sûrement si vous ne conduisez jamais « vite ». En ce qui me concerne, j’ai trouvé la conduite des conducteurs de bus, à de rares exceptions près, très professionnelle et progressive, rapide et fluide. Je pense pouvoir parler d’expérience par rapport à beaucoup…

L’Adam’s Peak apparaît enfin, reconnaissable entre tous. Imaginez un pic culminant à 2243 mètres de hauteur, seul dans son genre dans une région certes montagneuse mais finalement assez basse. Il n’y a que lui. Il fait gris, il se découpe dans la brume parfois, tranchant avec le vert profond de la forêt qui l’entoure à perte de vue. Au sommet, un monastère, visible lui aussi. Voilà, on y est. L’ascension se fera de nuit, après une courte promenade dans les rizières, avec toujours ce monstre derrière nous, tantôt caché, tantôt visible.

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La nuit tombe. Les lumières s’allument sur le chemin qui mène au sommet. Il est temps d’aller dormir quelques heures avant le réveil au milieu de la nuit et l’ascension, de nuit. Léger pic de stress. Cette montée est-elle si terrible qu’on nous l’annonce ? Quelle sera la météo ? On verra. Dormir. Tant bien que mal car on sait que le réveil ne tardera guère.

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 2h20. Le réveil semble déjà lointain. Les premiers pas vers le sommet, dans la nuit et avec finalement assez peu de monde pour l’ascension. La plupart des pèlerins sont venus les deux jours précédents. Il faut savoir que l’Adams’s Peak est sacré pour plusieurs religions, comme son nom l’indique ! Catholiques bien sûr puisque l’on parle du premier pas d’Adam en son sommet. Musulmans évidemment puisque Adam est aussi important dans l’Islam. Bouddhistes et hindouistes également puisque l’empreinte de pas vénérée au sommet pourrait aussi être celle de Bouddha ou de Shiva. Tout le monde est content. Tout le monde grimpe.

La première section, à froid, enchaîne les portions planes et quelques volées de marches. Rien de terrible, de quoi s’échauffer. On attaque ensuite plusieurs centaines de marches avec très peu d’interruptions planes. Leur régularité les rend tout à fait soutenables tandis que le sommet au dessus paraît toujours bien lointain. Le corps monte doucement en température.

Il y a un peu plus de 900 mètres de dénivelée à « manger » en 5500 marches. Pour peu que l’on soit en bonne condition physique, cette ascension n’est absolument pas un challenge, seulement un bel exercice physique à la montée ! La dernière section reste particulièrement raide avec des escaliers véritablement à pic qui viennent tirer dans les mollets mais qui sont fort aimablement dotés de rambardes permettant de soulager les membres inférieurs.

Soyons honnêtes : le Routard annonce une montée en 4-5 heures en fonction du nombre de pèlerins. Je suis arrivé au sommet en 1h50, sans vraiment forcer. J’ai du redescendre en un peu plus d’une heure. Soit 3h pour l’aller-retour. Je ne me rends sûrement pas compte du monde qu’il peut y avoir sur cette ascension mais je peux imaginer un peu en voyant le peu de pèlerins et leur capacité de bouchon sur la partie sommitale.

Les occidentaux ont général les bonnes chaussures pour commencer quand les sri lankais montent pour le plupart en sandales et en famille. Dès les premières volées raides, les grand-parents, parents avec enfants dans les bras, souffrent, fort. Habitués à la chaleur, ils montent avec bonnets, parkas et autres, plus ou moins improvisés, surtout pas préparés pour ce type d’efforts physiques quand ils pourraient nous anéantir lors d’une de leurs journées « normales » aux champs ou ailleurs.

On se sent terriblement étranger ici, en décalage, avec la sensation soit d’être superbement équipé, soit tout simplement équipé de manière logique face à l’obstacle à franchir.

Finalement, pour un trentenaire en bonne condition physique, grimper et descendre en 3h n’est pas de la marche rapide, c’est la normalité pour peu qu’on accepte de se faire un peu mal. Une semaine plus tôt, une connaissance faisait l’ascension avec ses enfants en relatif bas-âge en à peine 2h30, au lever du jour et donc avec un peu plus de chaleur à encaisser ; c’est dire si l’Adam’s Peak n’est pas le monstre d’ascension vendu partout dans les guides.

La vraie difficulté, c’est de doubler, de garder un rythme d’ascension constant pour absorber la dénivelée. Les sri lankais sont assurément bien plus lents et l’occidental connard de touriste hésite à doubler ceux qui sont là pour un pèlerinage, pas pour une visite touristique. Il faut croire que l’équilibre entre respect et ascension rapide consiste à puiser encore un peu d’énergie pour doubler de manière rapide et indolore, sans déranger les pèlerins mais en oubliant une certaine forme de bienséance qui consiste à piétiner et s’épuiser derrière eux.

Traitez moi de connard si vous le souhaitez, c’est une réalité.

Le problème dans mon cas, c’est d’arriver à 4h10 au sommet alors que le soleil se lève deux heures plus tard ! Si l’ascension s’est déroulée sous la lumière bienveillante d’une pleine Lune et d’un ciel dénué de nuages, le petit matin amène son lot de nuages et sa bruine. Prévoyez de quoi vous couvrir au sommet si la météo devient joueuse ! C’était mon cas avec la couette polaire, rose, de l’hôtel. Je me suis réfugié dessous pendant les deux heures, jusqu’aux premiers roulements de tambours accompagnant la lumière naissante du jour.

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J’aurai observé pendant deux heures ce mélange de touristes et locaux déchaussés, s’abritant de la bruine, priant, mangeant, discutant, somnolant pour enfin se remettre en mouvement à l’orée du jour. Quelques rais de lumière, le ciel qui change de couleur et boum. Le premier tambour. Le silence de la foule venant se recueillir un par un sur l’empreinte sacrée, cachée sous des monceaux d’or et d’offrandes, presque indiscernable. Tambour, encore. Le soleil vient.

La cérémonie quotidienne célébrant le retour du Soleil est en cours. La foule est dense, concentrée, fervente. Il règle une ambiance mystique au sommet de l’Adam’s Peak alors que le soleil, planqué et bouché par les coquins nuages, pointe sa lumière sur la terre sacrée du Sri Lanka.

Je suis dans les Fontaines du Paradis. Je vois le câble de l’ascenseur spatial planté au sommet de l’Adam’s Peak, défiant les dieux, défiant ce lieu sacré entre tous. Cet endroit a une âme bien particulière, en sus de l’exploit physique que consiste son ascension par celles et ceux empreints d’une Foi réelle, aidés par elle uniquement et pas par l’équipement du connard de touriste moderne que je suis.

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Il est temps de redescendre. Aujourd’hui ne sera pas une journée d’explosion du Soleil levant sur l’Adam’s Peak. Il faut croire que je devrai revenir pour gravir de nouveau ces 5500 marches et surtout les descendre. Monter est une chose. Monter 5500 marches aussi. Les descendre est un supplice.

Il y a deux options : descendre doucement, marche par marche. Cela signifie brutaliser ses cartilages par des chocs successifs pour absorber la descente. L’autre option est de descendre vite, presque en courant, en se reposant sur les muscles des cuisses et mollets. Autant vous dire que j’ai choisi cette option mais on atteint vite un comportement de zombie descendant tant bien que mal ! Gare à la chute !

Les jambes flageolantes, on rejoint les dernières sections de l’ascension, planes, modifiant soudainement la portée des muscles et faisant trembler et tituber le marcheur. Les sri lankais rient, descendant posément marche par marche l’Adam’s Peak, douloureusement aussi. Chacun sa méthode. Je traînerai pendant deux jours les courbatures de cette ascension menée tambour battant, sportivement. Je ne peux de toute façon l’envisager autrement, c’est meilleur pour le cœur et pour les muscles !

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Retour à l’hôtel. Petit-déjeuner sur la terrasse, collants de sueur, avec l’Adam’s Peak en vue, inchangé, indemne, attendant une prochaine ascension. Je crois que je reviendrai encore et encore passer la nuit ici, au milieu des sri lankais priant et attendant le lever du soleil. Quel silence, quelle ambiance de naissance du monde tout là-haut quand le tambour résonne pour la première fois !

L’ascension de l’Adam’s Peak, au delà donc de l’effort physique, reste une expérience quelque peu mystique, à la croisée des religions et des pèlerins, entre le monde de ceux venus pour voir un lieu unique, équipés et préparés et celles et ceux vivant leur Foi. Le contraste est brutal, la piqûre sans anesthésie mais le sentiment global, là-haut, est universel. Le temps s’arrête, quelle que soit l’approche, quelle que soit la Foi, pour contempler la rotation renouvelée de notre étoile.

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Comment se rendre à Adam’s Peak ?

Depuis la gare de Hatton, vous pouvez au choix prendre un tuk-tuk (cher !) ou emprunter le bus ! Ces derniers sont assez impressionnants de part la route empruntée mais roulent de manière très concentrée et fluide, gardant une conduite progressive bien que dynamique, souvent avec un policier à bord. Autrement dit, ça roule à bon rythme mais en gardant de très bonnes trajectoires, freinages et comportements. Pas de quoi avoir peur et une fois encore pour le Sri Lanka : les bus sont les plus gros sur la route, donc les plus forts. Pensez-y.

Où dormir à Adam’s Peak ?

Il y a pléthore d’hébergements ! J’ai choisi pour ma part le Grand Adam’s Peak. Les notes ne sont pas phénoménales. J’avais une chambre donnant sur la route, j’ai adoré avoir un masque et des boules Qies. Bon, en même temps, le touriste en goguette en Asie du Sud-Est sans masque et sans boules Qies n’a sûrement pas vraiment conscience du bruit ambiant… Bref : petit-déjeuner très correct, chambre propre, personnel charmant, une courte nuit mais une bonne nuit avec les bons équipements. Point.

Où manger et boire un verre à Adam’s Peak ?

Sur la place principale, face au plus grand parking, il y a plusieurs restaurants et tables qu’utilisent tant les locaux que les occidentaux. De mémoire, j’ai mangé et bu au Galle Cafe. Service sympathique, tarifs très raisonnables, plats quelques peu salés mais rien à signaler sur la fraîcheur et mon état final !

Combien de temps rester à Adam’s Peak ?

En arrivant en fin d’après-midi depuis votre destination précédente, il est tout à fait possible de manger et de se coucher tôt pour entamer l’ascension nocturne. Prévoyez simplement masque et boules Qies pour maximiser vos chances de dormir car la seule et unique route est plutôt bruyante et fréquentée par les marcheurs ou les automobiles et bus ! Au petit matin après la descente, vous prendrez votre petit-déjeuner et pourrez voguer vers la suite de votre voyage, à la fois épuisés et dans une forme olympique !

6 Commentaires

  • Salut, merci pour l’article très intéressant qui montre surtout que l’ascension n’est pas si longue ! En ce qui concerne le trajet jusqu’a Hatton en venant de Kandy, le mieux est de faire Kandy Hatton en train, ou Kandy Nuwara (réputé comme le plus beau trajet) et ensuite faire Nuwara Hatton ? Merci d’avance pour ta réponse

    • Quand on est en bonne forme et qu’il n’y a pas non plus foule (= jour de pélerinage particulier par exemple), ce n’est effectivement pas si long que ça 🙂

      Pour ce qui est du trajet en train, Hatton est situé sur la même ligne de train : c’est une étape entre Kandy et Nuwara Elya. J’ai donc pour ma part fait Kandy – Hatton et le lendemain, Hatton – Nuwara Elya. La seconde partie du trajet est clairement la plus belle mais il y a aussi de jolis coins sur la première section.

      Après, peu importe le sens du trajet, il suffit de se mettre du « bon » côté du train pour admirer le paysage !

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