Suzhou – un weekend dans des jardins inoubliables

Au mois de Novembre dernier, j’ai eu l’opportunité de passer deux semaines complètes en Chine ; non pas pour voyager mais pour travailler. J’étais plus précisément à Wuhan, dans le centre-ouest industriel en pleine réinvention de la Chine. Les derniers jeux olympiques militaires s’étant déroulés sur place, la ville en a profité pour se refaire une grosse beauté et une sacrée cure d’amélioration de la qualité de l’air. Malgré cela, Wuhan est et reste la troisième plus grande ville de Chine, un géant moderne où les visites pour occuper un weekend ne sont pas légion, surtout quand la météo est annoncée mauvaise.

Après quelques atermoiements, doutes et autant d’hésitations, j’ai finalement pris ma décision : prendre le TGV chinois et filer passer le weekend à Suzhou ! 3h à l’aller, avec un train pour ainsi dire sans arrêt, 5h au retour – avec beaucoup plus d’escales. Mes collègues m’ont bien aidé pour me décider : achat des billets en ligne, aller-retour un midi pour aller récupérer les billets sur place (faites le avant, vraiment, il peut y avoir un monde fou !) et après le tour était joué car les gares TGV chinoises sont modernes, avec des indications claires et une bonne signalétique. Prendre le train en Chine est facile.

Me voici donc à Suzhou pour le weekend et une fois n’est pas coutume – par manque de temps aussi – je vais grouper mes deux jours dans un seul article qui sera par conséquent un peu fleuve. Ou canaux. Bref : LONG. Non pas que le weekend en soi fut long, loin de là ; mais il fut dense car la vieille ville de Suzhou regorge de merveilles classées par l’Unesco : ses jardins, ses canaux et quelques temples pour faire bonne mesure. Un régal dont les collègues sur place m’avaient déjà longuement parlé mais que j’avais raté jusqu’alors.

Jour 1 – un samedi bien rempli

Au matin, le petit-déjeuner avalé (je logeais en plein centre, au Soul Hotel) et la carte de la ville assimilée, je prends donc le métro de Suzhou pour me rendre sur les lieux de ma première visite, qui s’avère être double. Bêtement, je n’avais pas pris le guide du Routard avec moi et on remerciera donc le combo VPN/WhatsApp qui m’a permis de récupérer les photos du guide resté à la maison…

Jardin Ke et Pavillon des Vagues

Le billet vendant soi un billet combiné, soit un billet pour le seul Jardin du Pavillon des Vagues, j’ai opté pour la combinaison car ce que j’apercevais au travers de quelques portes me semblait tout à fait superbe. Bien m’en a pris car le Jardin Ke ou Jardin Désirable, bien que plus récent, est de toute beauté. On s’y promène dans une quiétude superbe en cette fin d’automne, avec des couleurs admirables et des pavillons délicats, tantôt sur l’eau, tantôt entouré de pierres fantasques ; le tout dans une ambiance studieuse. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agissait là d’une introduction tout à fait remarquable.

Il convient désormais de traverser le canal qui sépare le Jardin Ke du Jardin du Pavillon des Vagues au moyen d’un superbe petit pont, tandis que les murailles entourant le plus vieux jardin de Suzhou prennent soudain une importance particulière. Derrière ces murs, il y a donc le fruit du travail d’un prince du Guangling dans sa résidence secondaire ; transmis à un poète démis de ses fonctions ; transformé en temple bouddhique et finalement restauré au XVIIème (!) siècle…

On navigue ici aussi d’un pavillon à l’autre, dans un calme et une lumière matinale de toute beauté. Les ginkgos biloba se font pour le moment discrets ici d’un point de vue couleur mais l’endroit est adorable. Ce n’est à priori pas le plus beau des jardins de Suzhou même si c’est le plus ancien. Une chose est sûre : sa galerie-dragon qui entoure l’étang et son temple des Cinq Cent Sages méritent assurément qu’on se perde ici, les yeux passant d’un détail à l’autre, pleins d’émerveillement.

Jardin du Maître des Filets

La circulation d’un jardin à l’autre peut évidemment se faire en taxi. Toutefois, ayant pour ma part du temps et sûrement l’occasion de revenir à Suzhou dans un futur (très) proche, j’ai préféré profiter du temps superbe pour marcher dans la ville et découvrir qu’ici aussi, il y a comme à Shanghai de très nombreux platanes…

L’étape suivante est également classée à l’Unesco et est un des plus petits jardins de Suzhou : le Jardin du Maître des Filets fait à peine 0.5 ha et c’est paraît-il l’archétype du jardin chinois, sa quintessence. Il fut aménagé au XIIème siècle (tout simplement…) et laissé ensuite à l’abandon avant d’être restauré au XVIIIème siècle par un fonctionnaire à la retraite (c’est de saison !).

On a la sensation d’évoluer tout aussi bien dans une maison que dans un jardin, à moins que ce ne soit l’inverse tant les pavillons se suivent et ne ressemblent pas ; tout comme les quelques zones arborées, avec pour conclure un lac d’une beauté à couper le souffle avec son cyprès de 900 ans, ce malgré les quelques travaux rendant un ou deux pavillons bâchés invisibles.

Quelques pièces de mobilier et des ouvertures dans les murs sont là pour agrémenter la visite de leur pureté, ainsi que quelques estampes, des bonsaïs qu’on aimerait ramener chez soi, un petit café où je me serais volontiers arrêté s’il avait été un peu plus tard et des rocailles incroyables. Il ne manque rien dans ce jardin, tout simplement. Oh, il n’y avait personne, qui plus est. Incroyable, vraiment.

Les Pagodes Jumelles de Suzhou

Sur le chemin du nord de la ville où m’attendent les prochains jardins à visiter, je m’arrête sur un point non listé par le Routard mais clairement marqué sur Google Maps. Il s’agit là des Deux Pagodes, ou Pagodes Jumelles, construites sur l’emplacement d’un ancien temple. Une escale sympathique, peuplée d’anciennes stèles millénaires, de gravures tout aussi anciennes, sous le regard des deux tiges religieuses.

Jardin de la Retraite du Couple

Depuis les Deux Pagodes, je continue de remonter les canaux de Suzhou, remontant notamment Pingjiang Lu, une ancienne artère très peuplée, bordée de boutiques, de restaurants divers et variés, d’échoppes plus ou moins douteuses ; le tout grouillant d’une vie stupéfiante après le calme relatif du sud de la ville !

Le Jardin de la Retraite du Couple est une autre petite merveille, autrement plus visitée que les deux précédents. Il convient donc d’attendre parfois patiemment qu’un groupe passe et s’intercaler ensuite entre deux groupes pour profiter de la quiétude des lieux ! Ce petit jardin est entouré d’eau sur trois de ses côtés et voulu par un officiel de la dynastique Qing, Lu Jin. Il se décompose en deux ensembles : le jardin de l’Est et le jardin de l’Ouest.

A l’Est, un joli petit bassin très intimiste est bordé d’une montagne de blocs de calcaire tirant sur le jaune mais aussi de quelques pavillons d’une délicatesse exquise. Un sentier serpente tout autour, nous ramenant petit à petit vers le pavillon central faisant office de démarcation avec l’Ouest. Ici, moins de verdure, plus de pavillons délicats et quelques rocailles superbes sous une lumière commençant à tirer vers les dorés.

Ce petit jardin, pour peu que l’on prenne dont le temps de s’isoler et s’intercaler, est l’un des plus complets et délicieux qu’il m’ait été donné de voir à Suzhou. J’y retournerai volontiers, au printemps peut-être !

Jardin de la Forêt du Lion

Depuis le Jardin de la Retraite du Couple, je continue de marcher tranquillement le long des canaux de Suzhou, toujours plus peuplés qu’auparavant maintenant que la soirée commence doucement, que les échoppes ouvrent et que le commerce bat son plein, au même titre que les embarcations défilent sur les canaux. Voilà une petite idée de balade pour un prochain weekend.

Le Jardin de la Forêt du Lion est l’un des jardins les plus célèbres de Chine, si ce n’est le plus célèbre, du fait de son labyrinthe minéral et de ses amoncellements de roches aux formes toutes plus incroyables les unes que les autres. Il convient donc d’y aller au petit matin, à l’ouverture, ou juste avant la fermeture. Ceci dit, même en faisant cela, c’est à dire en arrivant une heure avant la fermeture, j’ai été confronté à des hordes de touristes ! En fait, le mieux, ce serait donc d’y aller en semaine, à l’ouverture ou à la fermeture !

Toujours est-il que ce jardin, même bondé au début, est une vraie merveille. On circule d’abord autour du grand bassin en passant d’un pavillon à l’autre, admirant la rocaille centrale et ses multiples fleurs débordant vers le bassin. Les ginkgos biloba encore bien verts dominent la scène, tandis qu’un bateau de pierre semble vouloir voguer dès à présent. Une cascade se fait entendre, unique à Suzhou. Impossible de ne pas être admiratif devant ce bel ensemble faisant tout de même 1.5 ha.

Mais il faut accepter de jouer le jeu, de se perdre, de pénétrer dans le labyrinthe et d’en explorer les différentes branches, quitte à avoir la sensation de passer plusieurs fois au même endroit alors qu’il n’en est rien ! Les circulations sont faites de telle manière que l’on passe et repasse à quelques pas du même endroit mais avec une perspective toujours différente, avec comme objectif de se retrouver sur l’un des deux sommets de la rocaille, au centre du bassin.

Alors que le soleil se couche et que le jardin ne va guère tarder à fermer ses portes, la foule évacue peu à peu les lieux, les laissant aux visiteurs solitaires – en tout cas les groupes sont partis. La quiétude revient, les ombres s’allongent et les roches deviennent parfois fantasmagoriques. Au dessus de nous, le ginkgo de 360 ans se pare de couleurs mordorées. Il est temps de partir. La première journée est terminée.

Jour 2 – un dimanche pas si calme !

On aurait pu me croire rassasié pour ce qui est des jardins, après une telle première journée. Il n’en était rien en réalité car si Suzhou a quelques très beaux musées (dont le musée de la ville, dessiné par I.M.Pei, l’architecte de la pyramide du Louvre) et que la météo était un peu moins clémente en ce dimanche matin, j’avais encore envie de voir des jardins !

Le Jardin Liu (Attardez-Vous)

Ce jardin n’est pas comme les autres puisqu’il se situe en dehors de la ville. Il faut donc prendre un taxi (ou bien le métro et marcher un brin) pour y accéder et découvrir que le dimanche matin, il y a de nombreux cars de touristes sur place… Bon, autant pour le repos dominical ; la visite se fera dans une certaine effervescence, tant chinoise qu’internationale.

C’est un endroit où l’on flâne, nonchalamment, en faisant le tour une fois, deux fois, trois fois, de son grand bassin central. Datant du XVIème siècle, il est très harmonieux et finement restauré et entretenu depuis le XIXème siècle, s’étalant désormais sur plus de 2,3 ha. Il est aussi très riche, tant d’un point de vue fenêtres décorées que pour ce qui est du mobilier, luxueux à souhait.

C’est donc moins un jardin de méditation comme certains visités auparavant mais plus une belle débauche de l’époque Qing, avec pour couronner le tout une gigantesque roche de plus de cinq tonnes, ramenée du lac Taihu. On finit la balade en faisant le tour extérieur du jardin, traversant littéralement une forêt de bonsaïs et une autre de bambous pour retrouver le tout premier pavillon. Encore un petit tour pour admirer les ginkgos commençant à se dorer de mille feux ?

Jardin de la Culture

Après avoir un peu peiné à trouver un taxi et à me faire comprendre, me voici à quelques centaines de mètres du jardin suivant, situé quant à lui dans le centre de la ville. Le Jardin de la Culture est un petit timbre poste de calme au milieu de ruelles tortueuses et calmes également. Il y a un petit côté jardin de quartier, jardin familial et le calme qui y règne après la visite du Jardin Liu est apaisante.

Datant de l’époque Ming et restauré sous les Qing, c’était un jardin médicinal dominé par une petite montagne artificielle et il offre quelques singularités, comme ses belles portes rondes, quelques arbres remarquables et un superbe pavillon central réaménagé en maison de thé. Bref : c’est une escale bienvenue entre deux jardins fort courus par les touristes.

Jardin de l’Harmonie

Je rentre tranquillement à pieds jusqu’à mon hôtel où m’attend mon petit sac de voyage. Il me reste un peu de temps avant de devoir filer vers la gare TGV de Suzhou, ce d’autant plus que j’ai donc déjà mon billet retour et que je n’aurai donc qu’à me repérer rapidement et franchir la sécurité pour monter à bord du train. Après une courte pause, je repars donc en quête d’un autre petit jardin : le Jardin de l’Harmonie.

Point de classement à l’Unesco ici et une taille de timbre poste (0,5 ha), quelques familles en train de pique-niquer, des grands parents avec leurs petits enfants, des mariés en pleine séance photo – le calme règne dans ce qui est le plus récent des jardins de Suzhou (XVème siècle tout de même). Trois jolis jardins le composent : le jardin de l’est, le jardin du centre et le jardin de l’ouest, chacun avec son caractère.

La petite rocaille centrale permet d’admirer la quasi intégralité du jardin et de ses pavillons, habités jusqu’à récemment; il faut aussi prendre le temps d’admirer la collection d’arbres du jardins, offrant de splendides spécimens de bananiers, yuccas, camélias japonais, cyprès, ginkgo et aussi un lagerstroemia vieux de 610 ans. On s’y sent ici aussi très bien après la folie du Jardin Liu et le bruit de la ville environnante qui, étonnamment, ne pénètre pas ici.

Le temple du Nord

Mon temps n’étant pas encore écoulé, je m’arrête une dernière fois sur le chemin de la gare – grâce à une station de métro bien placée – au temple du Nord. Il y a ici une pagode gigantesque, culminant à 76 mètres de haut et le temple, reconstruit à plusieurs reprises, date du IIIème siècle. Ce fut d’ailleurs le premier temple bouddhique de la ville. Difficile aussi de s’arracher au spectacle des dizaines de ginkgos biloba commençant à se parer d’or…

Vous l’aurez compris : Suzhou est riche et mérite une belle visite ! Un weekend n’y suffit d’ailleurs pas puisque malgré cet article fleuve et une belle quantité de visites, il m’en reste à découvrir. J’aurais bien sûr pu prendre des taxis pour passer d’un jardin à l’autre et ainsi visiter plus de choses mais je serais passé à côté du plaisir de flâner au bord des canaux.

Je serai à priori encore dans la région en février prochain. Peut-être pas la période idéale, j’irai donc peut-être ailleurs en Chine mais une chose est sûre : je reviendrai un autre weekend à Suzhou pour visiter le fameux Jardin de l’Humble Administrateur, la ville de la Montagne étreinte de Beauté, le musée de Suzhou ou encore l’incroyable pagode de la colline du Tigre ! Oh. Et je crois que je visiterai de nouveau certains des jardins ci-dessus.

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1 Comment

  1. says: François

    Merci Vincent pour le partage ! J’ai d’autant apprécié la lecture que je n’ai jamais su trouver le temps de visiter ces jardins dont on m’a beaucoup parlé. Ce sera pour une prochaine occasion car tu as prouvé qu’un week-end de découverte constitue une bonne coupure entre des semaines que l’on devine bien chargées.

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