Essai – Volvo S60 T8 R-Design

La Volvo S60, c’est l’un de mes premiers essais sur ce blog, en 2010. Une éternité. Cette même Volvo S60, je l’ai essayée sept ans plus tard, dans sa variante d’adieu au bleu pétillant Polestar. Elle avait vieilli mais était attachante tout de même ; en net décalage avec la gamme 90 renouvelée.

Depuis, la marque a terminé le renouvellement de sa gamme 60 avec le XC60 d’abord, pour aller avec l’engouement global pour les SUV. Logiquement, le reste a suivi avec les toutes nouvelles S60 et V60, mais aussi V60 Cross Country. L’homothétie vers le milieu, en partant de la gamme 90, pour résumer.

Volvo est donc sur une lancée de nouveautés, surfant gaiement sur une success story aidée tant par la naissance satisfaisante de la plateforme SPA que par les investissements sérieux du propriétaire Geely et le positionnement intelligent de Polestar en dehors des marques du nouveau groupe.

Bref : Volvo est dans la maîtrise, le sérieux et le confort. Est-ce que ça fait une bonne voiture à la fin ?

Je suis pour ma part assez « fan » du dessin de la S60, même si je lui préférerai toujours la V60 ! La finition R-Design apporte quelques touches de sportivité et de dynamisme à la face avant qui me plaisent. C’est évidemment globalement factice, comme chez la concurrence, mais je trouve que ça ne dénature pas le dessin d’origine, peut-être un rien trop sérieux et pas assez racé pour le coup.

Les grandes roues et rétroviseurs noirs en rajoutent un peu et la calandre se peint de noir. Le regard en T est connu et reconnaissable, ça ne change pas. Les proportions sont élégantes, sérieuses, faisant tout sauf bouleverser le genre ou révolutionner la berline de ce segment ; la Volvo S60 ne cède par exemple pas à la mode de la berline coupée, certes sexy en diable mais tout sauf confortable pour les passagers arrière.

Y a-t-il vraiment besoin d’en dire beaucoup plus ? Non. La Volvo S60 est sérieuse et maîtrisée dans son style, bien moins massive que peut l’être une S90. Est-ce que je la lui préfère ? Oui, tout de même, c’est un gabarit vivable au quotidien et en toutes conditions ; c’est vraiment une belle berline au global.

La malle arrière m’a un peu moins plu, peut-être un rien haute. Surtout, les deux sorties d’échappement à l’arrière sont de trop. Avec un moteur sonore, ce serait à peine justifié. Avec ce moteur que l’on n’entend tout bonnement jamais (ce n’est pas forcément une critique), c’est inutile et ça ne sert en fait qu’à servir nos habitudes visuelles.

Après un extérieur sérieux et maîtrisé, racé mais pas trop, bien servi par ce très beau rouge, on se glisse à l’intérieur avec le sentiment de coller exactement à la robe. Le cocon très légèrement rehaussé de touches dynamiques reste un cocon sérieux et accueillant.

Si l’on excepte les sièges au galbe et aux formes un peu plus enveloppantes que d’ordinaire et le signe R sur le volant, rien ne change ou presque par rapport à une gamme 90 ou aux autres 60. C’est à la fois… décevant et tout à fait satisfaisant. Les Volvo ne souffrent que peu de défauts d’ergonomie, de qualité perçue en retrait ou encore d’inconfort, après tout.

La Volvo S60 fait donc tout aussi bien que le reste de la gamme, mais il faut aussi avouer que l’écran central, singulier à la sortie du XC90 et rapetissé sur les 40/60, commence à prendre un bon coup de vieux, même s’il est toujours aussi pratique à mes yeux avec son interface qui ne ressemble à aucune autre.

Pour le reste de l’équipement, c’est du connu et encore une fois du sérieux avec un régulateur aux petits oignons, un véritable affichage tête haute, des finitions pour ainsi dire irréprochables, une console centrale agréable et une ambiance générale à bord de grande qualité. Bon, tout ce noir, c’est quand même un peu tristounet et un rappel de la couleur extérieure eut été le bienvenu, d’une manière ou d’une autre.

Le son est toujours aussi brillant par ailleurs, même si la tentation est grande de ne jamais mettre la musique tant le silence à bord est bluffant. Le confort et la filtration ont toujours été l’une des grandes forces de Volvo, avec la sécurité ; la Volvo S60 ne déroge pas à cette tendance et elle enfonce même un peu le clou.

Face à un XC60 équipé du même bloc propulseur, la S60 est d’un silence impressionnant. Très peu de bruits de roulement, vraiment très peu, grâce aussi à des Michelin Primacy bien choisis et satisfaisants en terme de grip. Pour ainsi dire pas de perturbation aérodynamiques non plus, à toutes vitesses. Si l’on ajoute à ça la discrétion remarquée ou remarquable du moteur thermique, on roule pour ainsi dire dans le silence à 130 km/h, sans besoin de pousser le système son pour masquer tel ou tel bruit.

En ajoutant à cela une filtration excellente au niveau de la suspension, ce malgré les grandes roues allant avec la finition R-Design, les kilomètres s’enchaînent à bord avec délectation, pas tout à fait autant que dans une S90, mais vraiment pas loin. Surtout, je ne m’attendais pas à autant de confort auditif et lombaire, par rapport à une Peugeot 508 par exemple.

Cette bonne composition se retrouve sur les petites routes de vignobles alsaciens, arpentées au cours de mes quelques 1300 km d’essai ! La caisse est toujours confortable, y compris quand le mode couplant électrique et thermique au service de la puissance, est activé. La Volvo S60, avec sa finition R-Design et ses 303+87 chevaux, n’est toutefois pas une sportive.

Elle se débrouille bien en courbes et offre une consistance de direction satisfaisante, un rien collante au centre, mais la Volvo S60 T8 n’est pas non plus du genre à en redemander. Les 400 Nm de couple sont parfaits pour se sortir des courbes ou pour dépasser telle ou telle chicane mobile mais ne lui en demandez pas beaucoup plus, la boîte de vitesse égrenant les rapports avec efficacité tandis que le mode manuel ne sert pas à grand chose.

La Volvo S60 n’est donc pas là pour amuser la galerie mais pour la transporter royalement, sans fatigue et avec un peu de rythme de temps à autre sans qu’elle se décompose. Mieux, elle la transporte aussi en silence avec son pack de batteries de 11.6 kWh. L’autonomie, annoncée à 54 km en électrique, sera de 50 km avec mon pied mêlant plomb et plumes.

C’est une performance intéressante d’ailleurs car je n’ai pas vraiment cherché à éco-conduire comme peuvent le faire certains journalistes ou essayeurs. J’ai juste « roulé » normalement, comme si j’avais un moteur thermique sous le pied, le plus fluide possible mais pas timide pour autant sur les pédales.

Cela montre là-encore le niveau de maîtrise de Volvo sur la technologie plug-in hybride, que la marque a intégrée depuis bien longtemps. La récupération d’énergie, faiblarde à mon goût au lâcher de pédale, est déclenchée plus nettement à la pédale de frein, avant qu’on ne transite vers la partie conventionnelle du freinage quand les décélérations doivent être franches.

Ces transitions sont pour ainsi dire imperceptibles et je n’ai pas éprouvé de gêne à m’habituer à ces transitions. Les plus réfractaires pourront trouver qu’il faut rentrer fort dans les freins pour « vraiment » freiner et c’est vrai. J’aurais pour éviter cela préféré avoir une récupération d’énergie plus franche au lâcher de pédale mais il n’y a là rien de rédhibitoire. C’est un choix technique.

En parlant de transitions imperceptibles, c’est aussi vrai pour le passage de l’électrique au thermique, avec un moteur développant pourtant 300 ch tout à fait inaudible ou presque dans l’habitacle. Il faut être sans musique et attentif pour l’entendre et voir la petite « goutte » du carburant à l’écran se remplir, signalant le démarrage du quatre pattes.

Au final, j’aurai consommé 8.0 L/100 sur mon essai, avec tout de même une belle quantité d’autoroute au retour avec un gros vent dans le nez. Avant cela, je tenais les 7.0 L/100 sur un parcours mixte ! Très correct au vu gabarit de l’auto et des 300 poneys thermiques, sans oublier la transmission intégrale moins pénalisante que sur les XC.

La facture pour tout ce sérieux et cette maîtrise reste un peu salée. 60k€ en base. 68k€ avec mes options (roues, peinture, système son, quelques babioles en sus). C’est pour ainsi dire 10k€ de plus qu’une 508 PHEV ou qu’une 330e par exemple, certes 100 chevaux moins puissante toutefois mais offrant la même autonomie avec ses 11.8 kWh. Il faut plutôt lorgner du côté de Audi pour retrouver ces tarifs, mais une puissance toujours moindre.

La Volvo S60 T8 Twin Engine est donc un peu à part. Parce que c’est une Volvo. Parce qu’elle se positionne à un niveau un peu supérieur aux autres en terme de puissance. Offrant une belle allure bien à elle, d’un confort pour ainsi dire à toute épreuve, elle a de sacrés arguments pour ceux qui font de petits kilométrages au quotidien mais souhaitent conserver un moteur thermique pour les longues distances.

Pour continuer à afficher des chiffres de croissance à deux chiffres, je me demande tout de même si la marque n’aurait pas intérêt, en sus des versions B4 et B5, à développer plein de « T » : le T5 existe sur le XC40 mais pourquoi pas des T6 ou T7 pour aller plus loin dans l’offensive plug-in hybride !