Canaries – El Hierro – Jour 5 – ascension des parois d’El Golfo

Le soleil se lève à peine sur cette cinquième journée sur place que je trépigne, que je m’impatiente, qu’il faut partir, vite ! Ce matin-là, la calima a pour ainsi dire disparu et le programme est copieux pour les gambettes : l’ascension des parois de El Golfo, tout simplement.

Il existe diverses possibilités pour faire cette montée, que ce soit depuis Frontera, Los Llanillos ou encore Sabinosa. Les chemins pour la plupart antiques, auparavant utilisés par les populations locales pour les migrations annuelles entre El Golfo et les hauts plateaux. Ils sont encore bien entretenus mais désormais usités par les marcheurs. Si le Rother suggérait de son côté un “simple” aller et retour depuis Frontera jusqu’au mirador de Jinama, j’ai préféré faire autrement en combinant plusieurs parcours de randonnée.

Voici donc le périple que vous allez suivre en ma compagnie : départ de Frontera, ascension jusqu’au mirador de Jinama (rando n°29), randonnée en crête jusqu’à Fireba et mirador de La Llania (n°25), balade dans la forêt sommitale (n°24) et descente vers la Frontera via le camino de San Salvador (montée de la n°32). Vaste programme, oui.

La voiture est garée au pied de la drôle d’église de Nuestra Señora de Candelaria, avec son campanile perché sur une colline volcanique désolée. Le chemin est clairement indiqué : camino de Jinama. Il traverse plusieurs fois la route, croise quelques vignes, longe des maisons isolées bénéficiant d’un panorama fabuleux.

Comme vous pouvez le voir, le jour n’a pas encore franchi la crête et l’ensemble d’El Golfo (ou presque) baigne dans l’ombre. Il fait bien frais à l’attaque de la montée, pour être honnête ! Mais la route devient chemin et s’enfonce dans la verdure alors que la paroi devient abrupte au dessus de nous. On rentre dans le dur des 900 mètres de dénivelée positive et la température augmente soudainement…

La végétation est luxuriante ; les verts, profonds. La falaise est une face nord et agrippe souvent les nuages, bénéficiant ainsi de beaucoup de rosée, de brouillard et de pluie. Le chemin grimpe toujours, progressivement, parfois avec un peu plus de vigueur. La tentation est souvent grande de couper l’effort pour se retourner et admirer le paysage.

Le sommet arrive enfin, rapidement presque ! Les 900 mètres ont été avalés sans difficulté particulière. Alors certes, je commence à avoir un peu l’habitude et j’ai déjà quatre journées d’échauffement derrière moi mais il faut aussi dire que le chemin est remarquablement bien tracé, entretenu et progressif.

Enfin voilà, là-haut, un canadien d’un certain âge nous attend. C’est l’occasion d’admirer le paysage nettement moins embrumé que quelques jours auparavant tout en taillant le bout de gras avec un grand voyageur ayant traversé l’Atlantique à la voile, faisant escale aux Açores, à Madère, aux Canaries, avant de filer au Cap Vert et de filer dans l’autre sens vers les Caraïbes ! Tout ça à soixante et quelques années… On signe où ?

La suite du parcours n’est pas extrêmement évidente à trouver, le sentier n’étant pas balisé plus que ça. Il faut emprunter la route HI-120 qui fait la jonction avec la HI-1 pendant quelques dizaines de mètres et bifurquer à droite, à travers champs sur un sentier de 4×4. Le chemin file ensuite à travers les arbres et herbes, à peine visible. Qu’importe : il suffit de grimper le long de la crête pour finalement tomber sur une sente bien tracée.

D’un côté, El Golfo. De l’autre, les hauts plateaux de San Andres et les multiples cônes volcaniques explorés les jours précédents. C’est décidément toujours aussi beau et l’endroit est simplement parfait pour déjeuner avant d’entamer la suite de la balade. On dépasse quelques zones nettement plus dépouillées de végétation, là où la croûte terrestre n’est décidément pas formée sur la roche volcanique.

On croise également un vieil observatoire, un peu dans son jus, croquignolet. Quelques oscillations de crête plus loin, c’est un paysage vraiment volcanique que l’on découvre enfin, insoupçonné ! La Hoya de Fileba est une superbe cratère situé en plein sur l’arête dorsale de l’île de El Hierro, pour ainsi dire invisible depuis El Golfo.

Le paysage, d’un côté comme de l’autre du cratère est superbe et joliment boisé. D’ailleurs, en parlant de bois, un petit sentier en boucle (il y en a plusieurs, suivez la version 1.1/1.2 et non pas le SL-EH1 complet, trop long) part du mirador de Fileba pour s’enfoncer dans la belle forêt d’altitude qui couvre cette partie de la dorsale. C’est l’occasion de prendre un peu l’ombre après avoir gentiment cuit au soleil !

Une fois revenu sur la route principale, on la remonte jusqu’à la bifurcation avec la HI-45. Il y a là un petit parking et un petit bout de chemin grimpant à travers les arbres en direction de l’un des plus beaux miradors de l’île de El Hierro : le mirador de La Llania. Celui-ci est tout à fait central et offre un panorama pour ainsi dire parfait sur El Golfo.

La suite est moins agréable, le GR longeant pendant un temps la route HI-45 avant de bifurquer à droite en direction de l’Ermita San Salvador. Le chemin traverse alors une zone désolée de toute beauté, traçant un sillon au milieu de la roche volcanique. Le petit ermitage est charmant également, pouvant être une halte sympathique pour le déjeuner ou le goûter, selon que l’on monte ou descende d’un côté ou de l’autre.

On emprunte à compter de ce point le camino de San Salvador, une bien longue descente à travers bois et sans grande visibilité sur la plaine. Quelques percées ici ou là permettent d’avoir un aperçu mais la vue ne se libère vraiment qu’à l’approche des sentiers et routes menant aux maisons isolées des hauteurs de Tigaday.

Le chemin suit alors la route, passant d’un champ à une parcelle de vignes, d’une maison abandonnée à une autre, idyllique avec sa vue enchanteresse, descendant doucement vers la civilisation toute relative du “centre” de El Golfo.

Au bénéfice d’une ultime bifurcation assez peu évidente à trouver, on débouche enfin en surplomb du campanile aperçu au petit matin, dans l’ombre. La butte désolée est désormais baignée par le soleil, éclatant d’un rouge sanguin sur fond d’azurs marin et aérien.

Les jambes sont un peu lourdes mais le plaisir d’avoir bouclé cette boucle est réel. S’il y avait bien un parcours à tenter lors de cette visite de l’île d’El Hierro, c’était celui-ci ! La baignade était doublement méritée…