Sa Majesté des Mouches – William Golding

Dix ans que je dois lire ce bouquin, si ce n’est plus ! Je ne me souviens plus qui me l’avait conseillé mais j’en ai toujours gardé le souvenir dans un coin de mon crâne avec un rappel lancinant : « lis-le, lis-le, lis-le » ! Et ceci étant désormais fait, je comprends maintenant pourquoi ce livre est considéré comme un classique, comme une oeuvre culte à lire et à relire.

William Golding nous emmène sur une île déserte sur lequel un avion s’est écrasé, avion rempli d’enfants d’âges variés, disons de 6 à 12 ans, laissés ainsi à leur propre sort, sans adulte pour gérer quoique ce soit ni organiser la vie de survivance sur l’île. Le postulat de base est donc surprenant et on voit venir une sorte de nouveau Vendredi ou la vie sauvage se profiler, mais il n’en sera au final rien.

Car ces enfants vont tenter de reproduire leur vision de la société anglaise de l’époque, élire un chef que l’on écoute, tenter d’organiser les tâches et de maintenir une certaine cohésion dans le groupe. Tout cela est bel et bon, mais tellement inadapté à une vie de groupe en confinement sur un espace fini. Et la tension va monter, peu à peu, l’ambiance devenir de plus en plus pesante au fil des pages. L’auteur entrouvre peu à peu les vannes de la folie, libère les monstres et les peurs qui sommeillent dans chaque enfant, ausculte les angoisses de tout un chacun et le lecteur est pris au piège, forcé de continuer sa lecture mais mal à l’aise.

Sa Majesté des Mouches est en fait une ode à la folie humaine, à la folie des enfants qui n’ont pas encore complètement développé leur système de valeurs, une étude de la sociologie des groupes dans un cadre si particulier, c’est une petite perle que l’on devrait lire dès le plus jeune âge, pour sensibiliser à l’horreur qui sommeille derrière chacune des cruautés gratuites dont sont si friands les enfants.

9 Commentaires

  • Ping : Viinz
  • Je crois que c’est à peu près à cette époque qu’on me l’avait conseillé !!! C’est dire si j’ai attendu pour le lire…

    (ouaiiiis un commentaire sur une de mes critiques de bouquins ^^)

  • Les bouquins, j’aime, mais c’est comme les films, je ne sais pas en parler… mais celui-là m’a vachement marqué quand j’étais môme.
    Cette confrontation avec une certaine violence primitive chez des enfants, c’est hard-core quelque part.
    Ma prof de français de l’époque était trop géniale et anti-conventionnelle, je la remercie… c’est grâce à elle que j’ai eu envie d’écrire !

  • Dans un autre style, il y « La nuit des enfants-rois » de Bernard Lenteric. Un peu moins de profondeur littéraire peut-être mais tout aussi perturbant ! A ne pas confier entre les mains de tous les gamins, sans accompagnement en tout cas (mais là, c’est la documentaliste qui parle…).

  • Han ?! tu ne l’avais pas encore lu ? 🙂

    C’est un des livres qui m’a le plus marqué. C’est même le seul livre que j’ai lu 2 fois, au collège puis au lycèe.
    Le fait de le lire à des ages différents était assez amusant car j’en ai vraiment eu 2 lectures différentes :

    Vers 12-13 ans je révais d’être avec eux sur cette ile, au côté (ou en fait à la place) de Ralph. Je voyais l’aventure, la liberté… pas du tout les problèmes de société car c’était au contraire à l’image même de ce que je vivais (j’habitais dans une residence privée où tous les enfants étaient très proches et formaient vraiment une bande de 10-20 gamins qui passaient leur temps ensemble. Les parents nous laissaient beaucoup de liberté et au fil des ans nous avions justement créé un genre de clan avec ses propres règles, ses projets etc. et j’étais justement un peu la chef de cette bande ^^)

    Mais vers 17-18 ans j’ai vraiment pu apprécier le style de l’auteur, comprendre tous ses parralèles à la société humaine… voir s’exprimer à travers ces enfants, ces comportements primaires qui sont au fond de chaque être humain, et qui ne sont en fait bridés à l’age adulte que par l’éducation reçue, la prise de conscience de ses limites… et par le fait d’être confrontés, soumis, au regard des autres en société.

    Comportement qui tend à régresser d’ailleurs dans la société actuelle (et ca se ressent encore plus chez les enfants), car celle ci ne fixe/promeut plus ces limites, voir au contraire va mettre en avant des comportements débridés, toujours à la limite des « fruits interdits » (principalement hélas à cause des médias… il n’y a qu’à voir les pubs et les journaux TV d’aujourd’hui…)

  • je l’ai lu il n’y a pas si longtemps, et j’avais adoré… cette idée de recréer un système de valeurs inadapté à la situation, mais déjà intégré par des enfants si jeunes… et puis aussi cette cruauté qu’on dirait innée… une livre fort mais aussi fort cruel…

  • Puisqu’on est dans les conseils, moi c’est le gérant écossais d’un pub de Bristol qui me l’a conseillé. Bristol ça devait être 2005, je ne l’ai toujours pas lu…

  • Je crois que c’est de ce livre que je tiens ma méfiance viscérale envers les enfants et les pouvoirs institutionnalisés.
    Blague à part, c’est un livre qui résonne bien avec le « les enfants sont des monstres » de Freud. Et merci à toi d’en parler, c’est un classique qu’on ne doit pas oublier.

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