Le Déchronologue – Stéphane Beauverger

Difficile de rater le Déchronologue sur les piles d’un libraire ou d’un supermarché du livre tant il est bardé de prix : Grand Prix de l’Imaginaire, Prix Bob Morane, Utopiales et Prix du Lundi. Rien que ça. Du coup on se dit qu’il ne peut décemment pas être mauvais mais on reste toutefois un minimum circonspect et prudent en lisant les premières lignes.

On comprend alors tout de suite que l’on a affaire à une plume. Peu importe l’histoire au tout début du livre, ce qui choque, c’est la qualité du propos, la maîtrise du jargon nautique et des argots de bord, le phrasé de l’époque, les joutes verbales : tout se goupille pour créer un univers réaliste dans lequel on nage avec bonheur. Mais ce qui est bien, c’est que cette qualité va rester constante tout du long du livre ! Mais l’histoire ?

« Je suis le capitaine Henri Villon, et je mourrai bientôt. Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends ». Ainsi débute le récit du capitaine Villon. Il lutte avec son équipage de pirates pour préserver sa liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Son arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. »

Du temps ? Sérieusement ? Oui. Et si le navire tire du temps pour découdre le canevas de ses ennemis, il en est de même de l’auteur qui nous balade au gré des décennies, dans un ordre qui semble tout ce qu’il y a de plus arbitraire. 1653, 1640, 1646 et ainsi de suite, les périodes de la vie de Villon s’enchaînent, on s’y perd un peu et puis la structure apparaît tandis que les révélations se dévoilent au gré des époques et des situations que traverse le capitaine à la langue bien pendue et au sabre souvent au clair.

Le Temps est bien sûr le personnage principal du roman même si Villon lui tient tête tout comme nombre de personnages secondaires vus et rencontrés au travers de sa lorgnette. Le propos m’a aussi rappelé pourquoi ce livre avait été publié chez la Volte : l’auteur et Villon à travers lui est nettement un volté… Je ne peux pas décemment trop en dire sur ce qui se passe dans le roman et ni sur la façon dont il s’achève, ce serait vous gâcher un plaisir que je vous annonce énorme. La lecture de ce roman est un régal et je l’ai dévoré les yeux ronds, le cerveau en ébullition pour comprendre la structure du roman, ses personnages, assimilant tant bien que mal l’ambition de l’auteur.

Réussite en terme d’écriture. Réussite en terme de plongée historique. Réussite en terme de vision de la science-fiction. Ce roman mérite clairement tous ses prix et mériterait surtout une place sur nombre d’étagères, y compris celles d’écoliers et d’amateurs de la flibuste et de l’histoire des Caraïbes. Merci donc, Stéphane, pour cette plongée dans mon adolescence amoureuse de flibuste sans pour autant me faire renier mon amour pour la science-fiction.

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