Quelques privilégiés

Happy Few, d’A. Cordier est un film de trentenaires. Comme tous les films français de ces x dernièes années, et même si la mode s’est calmée, on ne se débarasse pas si facilement de certains poncifs. C’est un film sur les doutes relationnels desdits trentenaires et les errances qui en découlent. Bis repetita : film français, poncifs… Mais c’est aussi un film très nu. Ah. Quand un genre s’essouffle, une fesse qui traîne ne fait pas de mal. Là ce n’est plus une fesse, mais 4 corps (dont un bout de bout de Nicolas Duvauchelle) qui s’affichent.

Tout ça ne donne pas nécessairement envie. Pourquoi on y est allé alors ? Ben justement, à cause du nu. Pour le bout de bout de Duvauchelle qui dépasse (furtivement il faut avouer), et pour les fesses des quatre, car si Nicolas Duvauchelle s’en sort bien sur ce plan, les trois autres protagonistes – Marina Foïs, Elodie Bouchez et Roschdy Zem – pourtant moins connotés acteurs « physiques », ne sont pas en reste.

Le pitch : c’est l’histoire d’une rencontre, d’une vie à deux et d’une rupture. Oui mais pas entre deux personnes, vu qu’ils sont quatre, mais entre deux couples. Evidemment tout ce joli monde est du genre sans difficultés financières mais vivant dans le 93 (on ne fait pas de films français avec de la bourgeoise neuilléenne ni de film de trentenaires avec des rsastes dionysiens). Ils ont bien sûr des métiers cools : créateur de bijoux ou de sites web, naturopathe (manque l’écrivain, encore que Franck). Ils sont bien sûr bien élevés, sains, sportifs,et ont tout le packaging classique pavillon de banlieue gamins monospaces abonnement au club de squash villa de famille à la campagne. Plus un petit pét’ et un petit peu trop de vin, pour l’inévitable côté bons vivants.

Donc Rachel est mariée à Franck. Elle rencontre dans le cadre de son boulot Vincent qui lui est marié à Teri. Rapidement ils sympathisent, rapidement les deux couples dînent, très (trop ?) rapidement Franck et Teri cherchent à savoir si le vin est meilleur dans la bouche de l’autre. Mais Franck est un homme droit, alors il va rapidement mettre les deux autres dans la confidence. De la part rapidement une relation croisée. Pourquoi je répète autant rapidement ? Parce-que tout ceci se déroule dans les cinq premières minutes du film. D’où une certaine difficulté à adhérer au schéma qui se met bien vite en place.

Puis le film s’installe, trouve son rythme, construit une relation qui devient plausible. On entraperçoit les difficultés qu’engendre un schéma relationnel non-conventionnel : jalousie, gestion des enfants, doutes, etc. Une transposition assez intéressante du couple dans le couple (c’est clair comme concept ?). Et du cul, parce-que c’était quand-même la promesse de départ, ce qui devait rendre intéressant les énièmes déboires amoureux des n*4èmes trentenaires du cinéma français.

Mais tout ceci ne peut durer qu’un temps, et dans la troisième partie du film, quasiment aussi expéditive que la première, les fissures se creusent en crevasses. Comme l’équipe du film n’est pas idiote, le départ si rapide trouvera finalement son explication dans le renversement final.

Au final, à voir ou pas ? Quelques oui et quelques non :

  • Même si on finit par l’expliquer, la brutalité de l’entrée en matière peut empêcher de se laisser emporter par l’histoire.
  • Les voix off (alternativement Rachel et Teri) qui rabâchent les sentiments de chacun et cassent les ellipses. C’est un peu lourd.
  • Certaines scènes font clairement office de remplissage. Et je ne parle pas que des scènes de cul qui globalement trouvent leur place.
  • Quelques autres scènes sont simplement parfaites. Notamment la scène sonore avec les téléphones (ça donne pas envie ?).
  • Si l’on excepte le timbre légèrement couinant et agaçant de Marina Foïs moins adapté à Happy few qu’aux Robins, le quatuor d’acteurs réalise une performance très honorable, campant sans cliché ces personnages qui se débattent entre les conventions et leurs désirs.
  • Les films français ont ceci de bien qu’il n’y a pas un truqueur derrière le réalisateur pour gommer à la palette le moindre bout de téton (il aurait eu du travail avec Marina Foïs). Et des gens plutôt beaux qui baisent plutôt beaucoup, c’est dispensable mais pas désagréable.
  • L’ensemble est au final cohérent, effleurant une ou deux questions intéressantes sur la sortie des schémas conventionnels. Dommage que la réflexion ne soit pas aussi osée que la forme.

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