Séville – Le jour où j’ai assisté à une corrida…

Après la journée passée à Cordoue, revenons maintenant au thème principal de ce weekend en amoureux / d’anniversaire : Séville. Et intéressons-nous plus spécifiquement à un point avant de détailler le reste de la ville : la corrida.

Une dure matinée de voyage dans les pattes, une journée de flânerie dans la ville et enfin, l’arrivée devant l’Arena de Toros. Premier choc : la télé est là, les journalistes aussi, on sent une activité presque fébrile et il n’est pourtant que 15h… on pousse un peu plus avant et on découvre les affiches : il y a bien une corrida à 18h et une autre demain, à la même heure. Y aller. Ne pas y aller. La question va nous hanter pendant une bonne demie-heure avant que nous ne rebroussions finalement chemin pour aller nous renseigner sur le prix des places.

C’est cher… très cher même, alors on se met en hauteur, 34€ la place tout de même. Y aller donc. Pourquoi me direz-vous ? Parce que pour juger, pour se faire un avis, il est toujours bon de voir, de vivre, de ressentir, d’expérimenter. De prime abord, je suis contre la corrida et je me suis réjouis de son interdiction à Barcelone même si ce jugement incluait une belle part de politique d’opposition catalane / castillane… La mise à mort me choque, la danse avec le taureau m’éblouit en revanche tout comme l’ambiance supposée dans l’arène. Alors autant en avoir le cœur net et profiter de ce passage en Andalousie pour vivre une corrida en tant que spectateur et non plus en tant que simple contradicteur ou opposant. Certains jugeront peut-être qu’ils n’ont pas besoin d’y aller pour haïr la chose, je les comprends et grand bien leur fasse mais pour ma part, je suis quelqu’un qui aime ressentir, que ce soit en bon ou en mauvais.

On rentre. On s’installe. L’ambiance est là, la foule échange ses impressions, l’ambiance est encore effervescente tandis que les habitués installent leurs petits coussins sur les gradins de pierre ! On attend… et la tension monte, le cœur bat plus fort, la tête tourne presque. Ambiance de stade. Toujours aussi grisant.

Alors on observe… on observe… La foule, les cercles dans l’arène, on s’interroge sur ce qui va se dérouler en bas, on s’interroge sur les murmures de la foule, mélange hétéroclite d’habitués et de touristes venus là pour se rendre compte comme ce couple polonais-japonais à nos côtés, lui aussi en pleine découverte.

La musique retentit soudain, générant une onde de choc et de poils hérissés dans la foule… Les acteurs rentrent en scène, vêtus de leurs habits de lumière, matadors, peones et leurs capes violacées et picadors sur leurs montures solidement harnachées. La tension monte encore d’un cran en ce qui me concerne, j’ai peur de ce qui arrive.

Jusqu’ici tout va bien comme dirait l’autre… Le spectacle est beau, la foule génère une ambiance électrique tout à fait positive, on piaffe d’impatience de voir le taureau débouler dans l’arène et commencer la lidia. Et c’est bien ce qui arrive.

La lidia, le combat, se déroule toujours en trois phases me suis-je rendu compte (et ai-je vérifié ensuite sur l’ami Wikipédia…) : les picadors viennent piquer le dos du taureau à deux reprises… tandis que les peones « jouent » avec, l’esquivent et exécutent des passes avec la bête encore en pleine forme permettant ainsi au matador de voir le comportement de son adversaire. La première pique qui vient s’enfoncer dans le dos du taureau est un choc. Le sang est là. L’animal ne semble pas souffrir outre mesure, il est juste terriblement énervé et s’acharne sur le cheval ! Sacrée bravoure de l’animal et de son cavalier je l’avoue que d’attendre le choc, s’arc-bouter sur la pique et ainsi repousser le taureau tout en évitant d’être renversé. Reste que ça saigne… et que ça fait mal. Certains picadors se ratent, la foule les hue copieusement…

Seconde partie… les banderilles, appliquées deux par deux et à trois reprises par les peones… Le peone va seul face au taureau, l’appelle, le laisse charger et saute en esquivant tout en plantant les banderilles. Acte de bravoure là-aussi qui nécessite une certaine dose de talent ! Impressionnant… et là-aussi certains se ratent, nouveaux sifflements de la foule. Ou applaudissements… Il y a tout un code à saisir lors d’une corrida et le décryptage des réactions de la foule n’est pas toujours évident.

Enfin, dernière phase. Le matador est seul avec sa muleta (tissu rouge à opposer aux tissus des peones) face au taureau blessé et se doit d’effectuer un grand nombre de passes, enchaînées si possible afin d’avoir le « droit » de la mise à mort et surtout pour obtenir l’accord du public qui n’hésite pas à sanctionner ses manquements d’une bronca. Ce face à face est étrangement beau. Le taureau se bat et pourtant on sent qu’il n’en peut plus. Le matador joue de lui, parade, se rapproche. Ce ballet est beau. Vraiment. Mais la fin… la fin…

La première mise à mort est un supplice, un choc. Quelle violence que de voir l’épée s’enfoncer jusqu’à la garde dans le dos du taureau. Quelle violence de le voir s’agenouiller et mourir peu à peu. Quelle violence aussi de le voir se relever pour combattre de nouveau, obligeant le matador à l’achever avec une autre épée, d’un coup sec et précis… Quelle atrocité de voir l’un des peones achever un taureau agenouillé à l’aide d’un poignard, s’y prenant à dix reprises pour trouver la jointure de la colonne vertébrale, hué par une foule outrée. Et le sang qui s’écoule, la vie qui fuit d’un animal qu’on a vu, 20 minutes auparavant, au faîte de sa forme et de son animalité.

Larmes qui roulent. Mains qui tremblent. Une spectatrice qui s’évanouit juste devant moi tandis que derrière, la belle dame qui m’accompagne et qui voulait elle aussi se faire une idée regarde en l’air, l’air hagard et l’esprit à mille lieues d’ici. Cette première mise à mort est une montagne dans la gueule et pourtant, elle n’était pas spécialement ratée… Ce sont les autres que je relate ci-dessus, les quelques erreurs des picadors, les quelques erreurs des peones et enfin les erreurs des matadors. Sur six toros, seuls deux auront été combattus sans erreur. La mort n’en est pas moins acceptable, tout au plus s’y habitue-t-on et c’est bien ça le pire, la chose qui m’a le plus dérangé : cette nonchalance que l’on acquiert petit à petit, ce détachement. Et les applaudissements que l’on se surprend à exprimer lorsqu’une passe est réussie, lorsqu’un peone fait montre de bravoure face au taureau.

Mais que l’on ne vienne pas me claironner que la corrida est un art. Une barbarie ? Non plus. Ce n’est finalement pas pire que de laisser une SDF crever dans sa pisse dans une grande artère parisienne et tant d’autres choses pour lesquelles nos cerveaux ne daignent même plus produire la moindre étincelle synaptique. C’est un spectacle. Un spectacle que l’on peut apprécier en partie et détester tout à la fois.

Étrange sentiment que celui de sortir de l’arène, barbouillé du sang de ces six animaux qu’on aurait eu plus de plaisir à voir gambader dans la campagne andalouse… J’oscille entre le choc, le dégoût et l’appréciation de certaines belles choses que j’ai pu entrapercevoir. Reste la mort. Intolérable.

Ma sensibilité s’arrête au fait de plonger une épée dans la nuque d’un taureau, à la découpe de ses oreilles, gratuitement, froidement, sous les hourras d’une foule. La corrida n’est finalement que le remugle des jeux du cirque où les gladiateurs distrayaient le peuple et l’empereur… sauf que le gladiateur qui s’en sortait vivant pouvait s’émanciper de sa condition d’esclave. Ici, le taureau est condamné à mourir, qu’il encorne ou non le paon qui lui fait face, épée au poing.

Je ne regrette donc pas d’être allé voir une corrida, une fois dans ma vie. Je n’y retournerai plus, mon avis est fait… Je comprends la tradition, je comprends que cette tradition permet aussi à certaines races de taureau de subsister car élevées pour le combat exclusivement… mais je ne comprends pas la mise à mort, je ne vois pas la combativité d’un taureau, sa soi-disant opposition spirituelle au matador, je ne ressens pas le face à face poétique que certains décrivent. Et je ne m’en porte pas plus mal.

Tags de cet article
,

18 Commentaires

  • Ping : Viinz
  • Ping : Pras
  • Ping : Viinz
  • Ping : herve resse
  • Ping : Lisenn Morvan
  • Lis Hemingway (Mort dans l’après-midi ou Le soleil se lève aussi) afin de mieux comprendre la beauté et la dramatique du spectacle auquel tu as assisté…

    Et de toute façon, lire Hemingway, ça rend moins con….

  • Très beau billet Viinz. Je partage ton sentiment sur la chose. J’ai lu cet article en comprenant le moindre de tes ressentis (que ce soit le doute avant d’y assister, comme la souffrance de voir un animal mourir) et j’estime ne plus avoir besoin d’y aller par moi même.

  • Très beau billet, très violent, très juste. Qui me retourne l’estomac, vraiment. Et me persuade, même si j’en étais déjà intimement convaincue, de la barbarie de ce spectacle…

  • Un magnifique écrit sur la corrida, impartial, ce qui est rare. On est en général aficionado pur et dur ou opposant pur et dur. Moi j’aime tout en étant choquée, c’est un curieux mélange de sentiments, d’émotions. Ni je la défends, ni je la combats. En même temps je la défends et je la combats. Complexe ! En tout cas, merci.

  • Bon.
    Je vais pas ressortir tous les arguments habituels, ils sont sur mon bloug http://bit.ly/bty4wm.

    Juste quelques points…

    Je comprends évidement qu’on puisse être choqué par le spectacle en question. De la même manière que moi, je pense que je serai complètement choqué devant un match de boxe.

    Le conseil de Mr Mechant est interessant. On peut supposer que quelque chose comme la corrida, ne se supporte et ne s’apprécie que si l’on y est éduqué. Y aller « pour voir », ça ne marche pas, jamais. Il faut être accompagné, de gens qui connaissent et qui t’expliquent, ce qu’il y’a avant, pendant, après. Ca n’est qu’à cette condition qu’on peut recevoir ce genre de chose.

    Après dans les détails. Bon, oui on dit souvent qu’on préférerait voir les bêtes gambader dans la prairie. Il faut savoir que dans un contexte « naturel » (et pas d’élevage), tu prends 50 bovins, tu les laisses se démerder entre eux, t’en as un gros 1/4 qui va s’entre tuer à coup de cornes (qui ne sont pas là pour faire joli), la plupart pour des histoires de cul (mâle dominant, tout ça). C’est d’ailleurs une des point les plus délicat pour les éleveurs, éviter que les bêtes s’entretuent.

    Alors oui c’est « pas pareil », c’est la nature, tout ça. Sauf que des races animales qui se foutent sur la gueule pour des histoires de domination, de bouffe, ou de prestige, suffit de faire un saut dans n’importe quel environnement naturel, on en bouffe des palettes. Alors c’est toujours moche/triste, mais ça n’est pas le truc le plus subversif de notre ère (enfin selon moi).

    Outre les arguments liés à l’élevage que j’expose chez moi, on devrait être tout autant choqué par la chasse, la chasse sportive, la pèche de loisir, la chasse aux souris dans le metro, la chasse aux pigeons dans les grandes villes, etc.
    Pour la corrida étrangement, on décide que c’est « plus grave », parce que l’animal est gros, et que c’est un spectacle. Alors qu’une salade de crevette qui décime une centaines d’entités vivantes pour une simple salade qui n’a rien de vitale, ça pose aucun problème.

    J’ajoute que les courses équestres génèrent considérablement plus de mise à mort de chevaux à travers le monde (suite aux accidents), que la corrida, par exemple.

    Mon idée n’est pas de dire qu’il n’est pas légitime de flipper devant une corrida, je crois que c’est naturel et lié à un conditionnement. Mais selon moi ce conditionnement n’a pas beaucoup de sens. On pleure devant une baleine échouée, mais pas devant 800 tonnes de thon rouge dans un filet.

    Pour le prix, la corrida est devenue « chère » parce que rare. Mais le « cher » reste lui aussi très relatif. C’est cher comparé à il y’a 20 ans, mais ça reste un spectacle tout à fait abordable en comparaison à un concert ou n’importe quel spectacle.
    Puis quand tu te fais une feria, tu as des pass pour plusieurs corridas qui sont vraiment rentables, et les amateurs du genre cotisent souvent à des clubs qui permettent d’avoir des entrées bradées.

    Voilà voilà.
    Amen.

  • +1 avec Pingoo… pour l’ensemble de ses arguments que j’aurais développé moi-même si je n’avais pas eu mieux à faire que de taper du texte pour ton blog (même si j’ai une petite idée de chronique qui me trotte dans la tête mais qui demande un effort de documentation et d’analyse)…

    La corrida c’est comme le jazz pour moi… ça ne s’appréhende pas sans accompagnement, sans être guidé par un connaisseur qui te montre les subtilités de l’art et te permet de dépasser ses dissonances…

    Sinon, je réitère mon conseil… Lis Ernest… c’est le plus grand…

  • Pfiouu, moi aussi il m’a retournée ce billet, on s’y croirait…
    Même si je comprends bien évidemment tous les arguments de Pingoo, j’avoue que même accompagnée je ne voudrais pas aller à une corrida, j’avais déjà les larmes aux yeux rien qu’à lire ton billet…

  • Je rejoins pleinement M. Méchant sur Hemingway, par contre attention, n’essaie pas de boire en lisant autant qu’il a fait en écrivant, tu n’y survivrais pas… Lis-le (il doit avoir écrit 8 ou 9 romans, c’est pas la mer à boire, ajoute quelques nouvelles, (au hasard Mon vieux, 50000 dollars et L’invincible, vu ta note). Va aussi chez Scott Fitzgerald, lis Eliot, et je le répèterai inlassablement : lis Steinbeck ! Pour Gertrude Stein et autres perdus, je ne dis rien, je n’ai pas lu tous les livres (et la chair, mon dieu la chair !)

    Sur le sujet central, énormément à dire mais pas le temps. Plus tard peut-être.

  • Pour faire court : Arlésienne par mon père, la corrida a toujours fait partie de mon patrimoine culturel (vu mon premier toro mort à 8 ans etc.) Je comprends que tout ce sang versé pour rien choque, mais ca restera toujours pour moi une tradition et un art (l’habit de lumière, la cérémonie etc).

    Après pour les âmes sensibles, il reste les courses camarguaises, encierros, abrivados … Et autres toros-piscine de touristes.

    Ps: tu verrais les prix aux ferias d’Arles, 34 euro c’est rien.

  • Et oui moi aussi j’ai connu toutes ces sensations il n’y a pas si longtemps, belle description!
    Juste une remarque qui fait que je m’exprime moi aussi contre les corridas telles qu’elles sont pratiquées:
    au portugal si le taureau s’est bien battu il repart libre.

    En fait ce qui m’a le plus déplu, c’est le côté pavaneur des torreador: s’ils piquent le taureau au début ce n’est pas tant pour l’exciter mais surtout pour qu’il se vide de son sang rapidement et soit faible… au niveau du torreador autrement dit… il n’a aucune chance.

    Il y a eu un taureau qui a surpris le torreador et l’a mis à terre, direct trois assistants ont surgi pour l’écarter. Le torreador a fait comme au foot: semblant de boiter et d’etre blessé, et puis il est revenu fier comme tout se pavanner devant le taureau qu’il a en plus mal tué.

    Ce qui m’a le plus ému: un taureau qui blessé à mort avec l’épée jusqu’à la lie, a regardé le torreador, a fait demi-tour, traversé toute l’arène, s’est étendu de l’autre côté à l’ombre, la tête haute, qu’il a maintenu qq secondes puis lentement baissé avant de mourir..

    Allez sinon je ne résiste pas:
    celui là il a réussi:
    http://www.youtube.com/watch?v=kHCShcRX7rs

    celui là un peu moins:
    http://www.youtube.com/watch?v=N161tXvGgM4

    Et puis tiens, je suis contre les salades de crevettes aussi!

  • Bonsoir,
    Je suis arrivée sur cet article tout à fait par hasard. Il met parfaitement en relief nos contradictions intimes. La polémique au sujet de la corrida est déjà ancienne et n’a pas fini de rebondir. Opposer la mort des crevettes ou celle d’une SDF à la mort du taureau me semble, tout simplement, être l’expression de notre révolte ou de notre angoisse devant la mort et la souffrance en général. Je voudrais vous faire partager une expérience : une grande partie de ma famille étant originaire du Midi, j’ai cotoyé des manadiers, des gardians et des aficionados, qui m’ont donné, tôt, le goût de ce spectacle. J’en appréciais l’attachement à une tradition, l’ambiance, le faste, l’exubérance, l’art – oui, l’art ! – des passes et ce culte de la bravoure tant du taureau que du matador. Et puis, un jour, dans les arènes d’Arles, au cours d’un féria où j’avais déjà vu plusieurs mises-à-mort et où il m’en restait encore plusieurs à voir, à la suite de la prestation médiocre d’un matador, alors que j’étais assise dans les premiers rangs, le taureau sanglant, épuisé, s’est arrêté devant moi. J’ai eu l’impression qu’il me regardait dans les yeux. Dans son regard, je lisais une indicible incompréhension. La souffrance à l’état pur. Une sorte d’appel au secours auquel je ne pouvais pas répondre. Et j’ai senti une immense vague d’écoeurement m’envahir. J’étais soudain hors de la houle des cris de la foule, de la musique, des couleurs. L’absurdité de ce « plaisir » a, en quelque sorte, déchiré un voile. Le regard de ce taureau me demandait « pourquoi ? », comme celui de toutes les victimes de toutes les cruautés infligées dans ce monde, que ce soit aux bêtes, aux hommes, à tout ce qui est vivant et que l’on massacre gratuitement, pour le seul plaisir de se prouver que l’on est soi-même vivant. Je ne me suis pas posé de questions. Je n’ai pas cherché d’arguments. Je refuse de polémiquer sur le bien fondé ou l’absurdité de la corrida. Ce que je sais, c’est que ce regard étonné et souffrant m’a poursuivie et que, tout en ne reniant ni mes racines, ni les moments intenses précédemment vécus, je n’ai plus jamais mis les pieds dans une arène.
    J’ajouterai que j’avais lu Hemingway et d’autres auteurs, sur le sujet. Et qu’il est, en effet, indispensable d’apprendre auprès des aficionados ce qu’est réellement la corrida avant de porter sur cet art, si cruel soit-il, un jugement trop hâtif. Il me semble que l’espèce de « révélation » que j’ai vécue et qui m’a éloignée des arènes relève d’un ordre intime, comme la foi ou tout ce qui touche au domaine de l’éthique. Je crois que l’essence même de la corrida, c’est de nous mettre en face de nos propres peurs. Le matador et le taureau en sont nos vecteurs. Se faire spectateur de la souffrance et de la mort, c’est être confronté à l’idée de sa propre souffrance et de sa propre mort. Ce que l’on admire, chez le torero, c’est sans doute qu’il ose faire face à cette peur, qu’il en joue et qu’il en triomphe. Lorsqu’il en ressort blessé – ou mort – c’est à notre propre mort que l’on assiste. Lorsqu’il torée sans élégance, c’est à notre propre médiocrité que nous sommes confrontés. La grande leçon que m’a donné le taureau, ce jour-là, c’est celle de notre appartenance au monde du « vivant » et pas seulement à notre humanitude.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.