Sylvain Tesson – Petit traité sur l’immensité du monde

Il y a des gens qu’on entend dans sa télévision, on trouve qu’ils parlent bien, on apprécie le phrasé, la musique des mots, le choix des intonations. On aimerait les lire. Aussi ai-je découvert au travers d’un cadeau que Sylvain Tesson écrivait, qu’il était même plutôt prolifique et avait signé ce « Petit traité sur l’immensité du monde », essai sur ces personnages qui traversent le monde à pied, qu’il nomme les wanderer, foulant le monde sans rien en attendre si ce n’est d’être toujours source de vie, de découvertes et d’enchantement.

Pour ralentir la fuite du temps, Sylvain Tesson parcourt le monde à pied, à cheval, à vélo ou en canot. Dans les steppes d’Asie centrale, au Tibet, dans les forêts françaises ou à Paris, il marche, chevauche, escalade aussi les monuments à mains nues. Pour mieux embrasser la terre, il passe une nuit au sommet de Notre-Dame de Paris, bivouaque dans un arbre ou sous un pont, construit des cabanes. Cet amoureux des reliefs poursuit le merveilleux et l’enchantement. Dans nos sociétés de communication, il en appelle à un nouveau nomadisme, à un vagabondage joyeux. Ce Petit traité sur l’immensité du monde est un précis de désobéissance naturaliste, une philosophie de poche buissonnière, un récit romantique contre l’ordre établi.

L’auteur à la plume toujours leste et agréable à mes yeux signe une série de textes relatant tant ses expériences que ses réflexions sur ce vagabondage volontaire emprunt de poésie et d’une certaine forme de romantisme réaliste. De la définition du wanderer en passant par une traversée du Baïkal tout sauf « by fair means », sans oublier un texte d’une violence extrême sur la conditions des femmes dans le monde, on se prend à apprendre, à écrire, à réfléchir avec lui. On ne peut aussi s’empêcher de revoir sa façon de voyager, de s’imaginer faire de même. Difficile. Tellement à contre-courant de nos habitudes, de mes habitudes. Toujours pressé, voulant toujours voir un maximum de choses, cherchant l’émerveillement à tout prix.

J’ai aussi beaucoup apprécié ses réflexions sur la géographie, la topologie et autres sciences du paysage : un régal. Que dire aussi de ce texte sur ses expériences de grimpette sur les différents monuments et cathédrales si ce n’est qu’il est un appel à faire de même tant ses descriptions font envie. Le texte dans son ensemble est court, très court, trop court. C’est le principe d’un essai me direz-vous… mais j’aimerais savourer encore et encore la jolie musique de ses mots et son ton parfois docte, acerbe ou poétique.

Ce livre n’aura pas fait long feu mais je crois que j’ai bien envie d’en faire mon livre de chevet lorsque je parcourrai le monde. Non pas pour faire comme lui, je pense qu’il faudrait que j’accomplisse une petite révolution interne pour ce faire, mais au moins pour tenter d’injecter dans mes pérégrinations quelques uns des leçons que j’ai apprises en dévorant ce livre.

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