Le monde aveugle – Daniel F. Galouye

Avant-hier soir, après avoir difficilement terminé Arlis, je me suis jeté à corps perdu dans un autre roman : Le monde aveugle, de Daniel F. Galouye. Présenté comme un des multiples classiques de la SF, écrit par un auteur qui n’aura eu le temps de nous donner que cinq ouvrages avant sa mort, ce monde aveugle porte bien son nom.

Depuis que Lumière a abandonné les hommes, personne n’a encore enfreint la loi et franchi la Barrière qui sépare les Niveaux du Monde Originel. Lorsque Jared s’y risque, c’est pour découvrir des monstres qui émettent un son qu’il n’avait encore jamais entendu. Se pourrait-il que ce son ait un rapport avec Lumière ? A moins que ces monstres ne soient, au contraire, les émissaires d’Obscurité, le mal absolu ? Et qui sont réellement les Ziveurs, ces hommes étranges qui se servent de leurs yeux pour écouter le monde ?

Étrange verbiage n’est-ce pas ? C’est justement ce qui m’a plu dans cette quatrième, l’impression que l’auteur avait fait un effort pour inventer un nouveau langage basé sur l’audition, occultant tout à fait la vue dans un monde sans une once de lumière. On retrouve cette volonté de créer un univers de sensations tout à fait nouveau et que l’on arrive sans peine à comprendre bien que les humains qui se baladent dans leurs couloirs aient semble-t-il développé un niveau de précision auditive absolument hors du commun. L’écoute, l’ouïe, tout se base sur ce sens primaire que l’on met souvent de côté à notre époque pour lui privilégier la vue, tellement plus précise et efficace de prime abord. L’odorat ensuite. Et le toucher. Pour s’écouter et se connaître, les humains qui se rencontrent une première fois utilisent un rituel de « dix touches » afin d’explorer le corps de l’autre et aider l’ouïe à figer un profil auditif propre à chaque personne. Le niveau de sensibilité est tel qu’ils peuvent ainsi entendre les subtiles nuances de la peau, des rides, des yeux ouverts ou fermés, la texture de la peau des fauves-souris, variantes de nos chauve-souris contemporaines.

Il y a aussi les « différents » et la manière dont on les traite, puis les Ziveurs que l’on devine être des êtres humains doués d’une vision infrarouge et qui donc ne savent pas entendre comme les humains des mondes Inférieur et Supérieur. Et puis ces monstres, ces créatures qui émettent un son muet que seuls les « yeux ouverts » peuvent percevoir tandis que les chevelus ne perçoivent rien.

De notre point de vue, on comprend bien sûr très vite qui est qui et comment le dénouement va au final se jouer bien que la lumière se fasse assez tardivement (ow ow) sur les termes exact du pourquoi du comment ces gens vivent dans Obscurité depuis des générations. L’intérêt du livre ne réside finalement pas dans son scénario, assez suranné maintenant (il a été écrit peu de temps après la WWII ne l’oublions pas) mais bien dans son univers souterrain et obscur, dans son écriture / langage et dans sa formidable capacité à nous faire ressentir précisément ce qu’entendent et vivent ces hommes.

En bref, un livre dévoré dans la soirée et que je vous suggère de lire à l’occasion, ne serait-ce que pour ensuite vous amuser à fermer les yeux et à écouter plus attentivement ce qu’il se passe autour de vous.

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