La Tour de verre – Robert Silverberg

Je connais assez peu Robert Silverberg bien qu’il soit l’un des auteurs majeurs de la SF américaine. Aussi, quand j’ai vu ce petit livre de poche au titre assez énigmatique, j’ai un peu hésité. Et puis j’ai lu la quatrième de couverture.

Bientôt, la Tour de Simon Krug s’élèvera dans le ciel de l’Arctique comme un fanal géant à destination des étoiles. De ces étoiles dont on vient  » peut-être  » de recevoir un signal témoignant de la présence d’une civilisation dans la région de la nébuleuse NGC7293. La tour est le symbole de la puissance de Krug. L’homme qui a défié les dieux et créé les androïdes. L’homme qui est pour les androïdes un dieu et le symbole de la tyrannie. Mais peut-on renverser l’homme qui vous a créé ? Et peut-on faire l’amour entre androïdes ?

Un livre sur les androïdes ? Je m’attendais à quelque chose comme le cycle des Robots d’Asimov, cycle qui ne m’a jamais vraiment conquis et pourtant je l’ai acheté et je l’ai lu. Bien m’en a pris puisqu’on est bien loin d’Asimov avec ce livre.

Silverberg aborde avec beaucoup de finesse et de franchise le thème de l’androïde (et non pas du robot, attention ça n’a rien à voir) et de la divinité accordée au créateur. Ce livre, au delà d’être une étude sur un de nos futurs possibles, est une vraie réflexion sur la création des religions, sur leur naissance, leur propagation et les doutes qu’elles font naître en chacun de nous.

La question qui se pose ici est finalement la présence physique du « Créateur » en la personne de Krug, que les androïdes détachent complètement de sa présence immaterielle, pure divinité qui se rapproche alors plus du « Créateur » tel que l’envisagent nos religions monothéistes. Alors, Krug et son fils seraient Dieu et Jésus ? Mais pourquoi Dieu est-il présent sur Terre dans une enveloppe physique dont les pensées sont finalement à l’exact opposé de la divinité ? Car oui, Krug a créé les androïdes, certes. Mais il les a créés comme des outils et non comme des personnes.

C’est autour de cette ambiguïté que le livre se construit et se développe, autour de la fameuse Tour aussi, censée permettre l’utilisation des ondes tachyon pour contacter ce qui semble être une intelligence extraterrestre située à des années-lumières de là. On passe donc de transmat en transmat (la téléportation est une réalité dans ce roman… le rêve !), d’un bout à l’autre de la planète, d’une population à l’autre, la Tour s’élève peu à peu et la révolte gronde peu à peu du côté des androïdes : d’un côté les religieux et de l’autre les politiques qui souhaitent que les androïdes aient les mêmes droits que les humains « nés de la Matrice ». J’ai beaucoup aimé cette terminologie d’ailleurs : « nés de la Matrice » vs « nés de la Cuve », avec une sorte de troisième catégorie, les humains nés in-vitro à partir de gamètes de parents « humains » dont la frustration est intense car ils n’appartiennent à aucune catégorie.

Silverberg développe donc son roman autour de tous ces thèmes. Il y aurait eu de quoi faire perdre la tête à beaucoup d’auteurs mais celui-ci n’est pas comme les autres et mène tambour battant son intrigue, nous abreuvant d’innovations technologiques folles mais répandues sur toute la planète tout en nous faisant réfléchir sur la condition des androïdes.

C’est brillant, ça se lit très vite et c’est à n’en pas douter un excellent roman. A lire.

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