Destination Ténèbres – Frank M. Robinson

Alors que sort aujourd’hui le cinquième tome de A Song of Ice and Fire, il me semblait évident d’une part de l’évoquer mais aussi de publier une petite chronique d’un livre qui m’a très agréablement surpris alors que je n’en attendais pas grand chose, ne connaissant absolument pas l’auteur, ayant simplement lu un petit bout de sa quatrième de couv’.

En mission d’exploration sur Séthi IV, le jeune Moineau dévisse d’une falaise. Très grièvement blessé, il est rapatrié sur son vaisseau-génération, l’Astron, pour y être soigné. Alors qu’il se remet lentement de ses blessures à l’infirmerie, on tente sans succès de l’empoisonner. Guéri, mais amnésique, Moineau ne peut que redécouvrir le monde où il est né : un vaisseau délabré, hanté par un équipage indifférent, voire hostile. Le capitaine de l’Astron est prêt à répondre aux questions de Moineau. Mais cet immortel semble avoir perdu la raison : il veut traverser la Nuit, une partie de la galaxie totalement dénuée d’étoiles, pour aller chercher des signes de vie extraterrestre de l’autre côté. Un voyage de cent générations, qui semble bien impossible pour un vaisseau aussi abîmé que l’Astron.

De la SF pur cru pourrait-on penser : une mission d’exploration de la Galaxie, un vaisseau multigénérationnel, un jeune héros un poil naïf et un capitaine qui a en effet tout d’un Achab à la chasse de son Moby Dick : la vie, extraterrestre, cela va de soi et quel qu’en soit le prix. Il n’en est rien et on s’en rend compte assez rapidement de part la structure de la narration, il s’agit ici bel et bien d’un huis-clos à suspense, une sorte de thriller alors que le vaisseau d’exploration n’est qu’un prétexte à l’étude des tourments humains et de ses ressorts.

De bout en bout, Frank M. Robinson nous promène de coursive en coursive, de zone en apesanteur en planète morte, de la cabine resplendissante du Capitaine aux falsifs qui rendent vivables les cabines. Nul émerveillement toutefois, nul sensationnalisme digne d’un space opéra, nul grossissement des actions et réactions de tout un chacun : on touche ici à la simple nature humaine en espace clos. C’est un poil long, un poil lent parfois. Sauf que la « simple nature humaine » est un peu plus compliquée que cela et les différents leviers que va soulever Moineau au cours de la quête de sa mémoire disparue vont révéler de nombreux coins sombres dans lesquels l’esprit du lecteur s’empresse de s’engouffrer.

C’est là d’ailleurs que réside une grande partie de la maîtrise de l’auteur qui, je le répète, ne cherche pas à nous en mettre plein les mirettes, mais se contente de jouer une partition presque sans fautes quant à l’évolution de son intrigue. De rebondissement en rebondissement, de revirement de sentiments en explosion de violence, Moineau valdingue au gré de l’Astron, entraînant avec lui sa troupe d’amis et d’ennemis, tous lui cachant des informations sensibles qui pourraient orienter le vaisseau dans telle ou telle direction. Bon. Moineau est quand même un bon gros boulet pendant pas mal de temps et il en est presque fatiguant. Fort heureusement, dans ces moments, la belle brochette de personnages secondaires prend habilement le relai.

A côté de cela, l’auteur nous assène une foule de grandes questions restant à l’heure actuelle sans réponse : apparition de la vie sur Terre, ailleurs, quelle probabilité ? L’eugénisme pour un comportement meilleur des humains ? La folie de l’immortalité ? La possibilité d’une société sexuellement libre ? Et tant d’autres qui poussent encore un peu plus loin le roman du côté humain, du côté intrigue et non pas du côté science-fiction, genre auquel il appartient pourtant bel et bien.

En clair, malgré quelques lenteurs et sautes d’humeur, je me suis régalé de ce bouquin qui m’aura même arraché quelques larmes à la fin, preuve de l’attachement qui se crée avec les personnages. Au passage, plongé depuis quatre heures dans le roman sans en sortir, je ne me suis pas rendu compte que j’étais en train de cramer au soleil. Si vous comptez donc le lire cet été et vous retrouver vous aussi absorbés, n’oubliez pas le parasol !

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