Maine-et-Loire – visite du château de Brissac-Quincé

Pour terminer le weekend, richissime, il fallait une conclusion en apothéose, un festival de mobilier, un lieu exclusif, quelque chose qui en impose. Après Serrant et les deux Plessis, Macé et Bourré, je ne pouvais pas rentrer sur Paris avec la persistance rétinienne d’un lieu mineur. Je me suis souvenu du mois de novembre, où j’avais longé un château à la prestance indubitable et j’y suis retourné.

Le nom est connu, très connu : le château de Brissac-Quincé. La famille Cossé-Brissac en est propriétaire depuis 500 ans… c’est tout à fait remarquable, d’autant plus que la famille fait vivre le lieu avec passion et enthousiasme. On entre dans le parc avec une certaine excitation, heureux d’assister à la visite guidée des lieux.

Tandis que l’on attend quelques minutes l’arrivée de la guide, on observe la façade, superbe et étrange à la fois. Le château fut bâti au XVème siècle puis reconstruit au XVIIème siècle. Sauf qu’il ne fut jamais tout à fait achevé, avec pour résultat la rémanence des tours du château médiéval sur la façade Renaissance.

Ce qui choque aussi, en tout cas interpelle, c’est la hauteur du château. Alors qu’on attend que la porte s’ouvre, ce ne sont pas moins de cinq niveaux qui nous surplombent, tandis que deux autres se situent sous nos pieds. Voici donc le château le plus haut de France avec 48 mètres de pied en cap. Au total, 204 pièces…

On ne visitera bien sûr pas l’intégralité des pièces, cela doit faire un joli terrain de jeu pour quiconque se retrouverait enfermé volontairement ou involontairement sur place ! J’adorerais errer des heures en ces lieux si singuliers. Enfin, pour la visite, ce sont quelques dix pièces que l’on arpente, nourris de détails et anecdotes par une guide stagiaire passionnée !

La cuisine se laisse entrevoir à droite à l’entrée, tandis qu’à gauche se trouve un superbe salon doré avec plafonds peints et de nombreux portraits de la famille. De l’autre côté, longeant la cuisine, on trouve la grande salle à manger avec son estrade à musiciens, déroutante. Enfin, pas plus que tous ces trophées faisant autant d’épines dans les murs.

A l’étage, on découvre une jolie vue vers l’esplanade privée du château, comme un havre de paix supplémentaire dans un domaine déjà grand. Une pause dans la pause, l’intime dans l’intime, avec cette délicate statue au centre.

La grande galerie que l’on traverse alors donne sur une remarquable chambre aux tapisseries tout aussi notables. Louis XIII est passé par là… tout comme la Veuve Clicquot que l’on retrouve plus haut encore, en compagnie de la duchesse d’Uzès, première femme à avoir eu le permis et une contravention à l’aube du XXème siècle. Sacrée famille, vous dis-je.

La balade se termine dans le théâtre, rare au possible lui-aussi, construit au XIXème siècle… Quelle vie, quel autre monde, que l’on imagine renaître de temps à autre quand le lieu reprend vie pour quelques représentations.

Retour à l’extérieur pour une balade dans le parc, pour ainsi dire désert. On découvre après une courte ascension un joli panorama, la vigne des cinq siècles toisant le château de sa jeune existence. Comme une promesse de tenir, encore et encore.

Plus haut encore, un mausolée familial domine la colline, visible du château, avec une belle vue sur la rivière et le parc en contrebas, grâce à une trouée dans la forêt. Là-aussi, une promesse, un défi pour les actuels propriétaires et héritiers. Faire perdurer l’Histoire.

On pourra bien sûr arguer que tout cela n’est que noblesse, l’héritage d’un passé pas tout à fait décapité. C’est certain et on ne peut le nier. J’ai toutefois tendance à croire que ces héritages, ces héritiers, disparaissent s’ils sont mal nés au sens de l’intelligence, dilapidant la richesse familiale.

500 ans d’histoire, cela ne se nie pas, cela s’admire un brin, beaucoup même. Avoir su perdurer à travers les siècles, réussir à entretenir un lieu si coûteux à une époque si peu encline à ce type de dépenses et envisager et développer l’avenir, c’est la marque d’une réelle intelligence. Pourvu donc que le château de Brissac-Quincé perdure encore.

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