Corse – randonnée dans la vallée du Manganello

Il fait un temps superbe ce matin-là et la météo est annoncée presque stable, pour ne pas dire presque pas instable du tout sur le massif alpin. Franchement, avec de tels auspices météorologiques multi-modaux, on ne pas se priver de tenter une des belles randonnées du sud du massif alpin central de la Corse.

Me voici donc en direction de la vallée du Manganello qui arpente en belle partie le légendaire GR20 pour rejoindre depuis le hameau de Canaglia le refuge de Petra Piana. Mais avant ça, je m’arrête au bord de la route, sur les hauteurs de Vivario.

Invisibles les jours précédents, ou noyées par la pluie, les ruines du fort génois de Pasciola agissent comme un énorme aimant sur moi ! Me voici en dehors de la voiture à courir vers elle pour les admirer sous un franc soleil avec tout le massif dégagé, à 360 degrés. Splendide.

Quelques errements de Google Maps plus tard, me voici enfin à Canaglia, hameau du bout du monde où nous sommes accueillis par la truffe curieuse du chien local, bien décidé à gratter une ou deux caresses avant de filer l’air bien fier vers ses maîtres, certain d’avoir gardé le temple de la vallée du Manganello.

Le sentier se promène en lisière de forêt et de fleuve, le Manganello justement, offrant ici et là quelques vues splendides sur les flots parfois agités, faisant souvent office de piscines qui sont autant d’appels à la baignade que l’on ignore sagement pour progresser plus avant sur le sentier.

Le pont de la cascade du Meli est finalement atteint, marquant le moment où l’on rejoint le GR20 pour rentrer en haute montagne et aborder dans un premier temps les bergeries de Tolla. La montée est sèche mais courte, marquant une première étape.

Ensuite, le sentier devient de plus en plus montagnard, offrant de belles couleurs automnales au regard et des piscines incroyables où je promets de me baigner au retour. Le GR20 progresse doucement mais sûrement jusqu’à un nouvel abri gardé par un pin solitaire. C’est à ce moment-là que la pente s’incline un peu plus brusquement.

On rejoint de nouvelles cascades, splendides et la pente prend un nouveau degré, devenant franchement abrupte tandis que le sentier, multiple, n’est plus marqué que par les balises du GR20. Le chaos rocheux que l’on arpente alors, depuis les bergeries sauvages de Gialgo, est une vraie épreuve pour les jambes et les genoux et les bâtons ne sont clairement pas de trop à la montée comme à la descente.

Les nuages, annoncés, sont de plus en plus nombreux et le soleil de plus en plus rare. Le refuge de Petra Piana, rustique à souhait, est atteint, but ultime de cette randonnée. La météo est clairement menaçante, même si elle semble stable. Tout cela sent malgré tout un peu la pluie et décision est rapidement prise d’avaler le déjeuner et de filer illico-presto vers le bas de la vallée du Manganello.

Le ressenti était le bon, bien que tardif… Nous avons eu le temps de franchir la zone la plus abrupte jusqu’aux bergeries de Gialgo et un peu après avant qu’un nuage ne décide à sauter une crête. Ce n’était pas prévu, ce n’était pas dans les prévisions multi-modales mais voilà, un nuage a sauté une crête.

Un déluge s’est abattu sur nous pendant 20 à 30 minutes, sans abri possible si ce n’est de mettre les couches étanches que nous avions embarquées avec nous en prévision du “pire”. Mais à la fin, les mètres d’eau ont eu raison des membranes et tout était mouillé, du boxer aux chaussettes, en passant par les chaussures et une partie du matériel photo.

Au moins, il n’y avait pas d’orage, ni d’éclairs. Juste de l’eau. Les forçats du GR20 que nous avons croisés ce jour-là se demandaient comment ils allaient sécher, après quasiment une semaine de mauvais temps à regarder leurs pieds ; de quoi relativiser notre propre situation, avec notre petite maison et notre chauffage à volonté pour sécher tout le matériel le soir-même.

Il n’empêche, marcher plus de 8 kilomètres sous la pluie, avec un équipement dépassé par les conditions, c’est long et pas bon. Heureusement que les salamandres avaient décidé de sortir de leurs cachettes pour profiter de la météo et nous régaler de leurs robes éclatantes ! J’ai compté, j’en ai vu treize. Comme quoi… c’est aussi un porte bonheur pour qui croît à ces choses-là.

La carte de cette randonnée :