Tour Auto 2016, BMW et Ari Vatanen : vis ma vie de navigateur / copilote !

La semaine a été longue, après la soirée de lancement du Tour Auto, très longue. J’ai suivi le remarquable travail de suivi des potes du BlogAutomobile pendant tout ce temps-là, j’ai lu l’article d’Antoine sur son expérience et je trépignais, je trépignais. Vendredi soir, je me suis finalement glissé dans le TGV en direction de Marseille et de ma mission : devenir le temps d’une journée le copilote et navigateur d’une de mes idoles, Ari Vatanen.

Vous l’aurez compris en lisant mon article de lundi dernier, il ne s’agit pas de participer à la course dans une des anciennes engagées en régularité ou en performance mais plutôt d’ouvrir la route. Ari Vatanen est en effet au volant d’une BMW M4 Tour Auto en tant qu’ouvreur et portant par conséquent le 000 caractéristique, suivi d’un A. Autrement dit : nous serons les premiers sur la route ! Faisons le bilan : une idole, un baquet de copilote, une voiture qui crache du feu et une expérience inédite ; tous les ingrédients sont là pour que je vous fasse un “vis ma vie” de copilote / navigateur débutant aux yeux pleins d’étoiles.

Le problème néanmoins, dans toute cette histoire, c’est que je ne viens pas complètement pour prendre mon pied. Bien sûr que je vais le prendre ! Mais il faut assurer, il faut être copilote, être navigateur, ne pas se tromper, ne pas guider la M4 et Ari sur la mauvaise route. Bref, y a du boulot au delà du pur plaisir d’être là. Pour vous donner une petite idée de la chose : j’avais prévu pendant cette journée de faire des snaps, des Periscope, des partages de photos sur Instagram et ainsi de suite. Bilan : j’ai tout publié comme un gros sauvage le samedi soir en arrivant au parc fermé de Cannes. Le reste du temps, je roulais, je guidais, je parlais, je prenais des photos, je m’assurais des horaires et ainsi de suite. Copilote ou navigateur, c’est finalement aussi complexe que le laissent parfois entendre celles et ceux qui courent pour de vrai dans le baquet de droite.

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Allez, on commence la mission à Marseille. Parfois, le copilote a un peu de temps libre et se contente de naviguer en terres de facilité. Ici : un parc fermé, sur le port de Marseille, à deux pas de la Major et du Mucem. Ce parc fermé est à priori le plus beau de tout le Tour Auto 2016 et je n’ai aucun mal à croire celles et ceux ayant exprimé cet avis. La lumière du soir est magnifique sur les équipages fatigués, célébrant le doux succès d’une journée de plus avant un nouveau départ. Mais le travail n’est jamais loin ! On me présente un grand monsieur, blond, d’un certain âge, au visage complètement familier. Bonsoir Mr Vatanen. Bonsoir Vincent ! Quelques phrases échangées, des banalités et quelques blagues et taquineries, déjà. Je pose naïvement la question “Je peux te tutoyer ?”… et il me répond “Il n’y a pas de vous dans une voiture”. Simple, efficace, le ton est posé et on enchaîne aussitôt sur mes capacités de navigateur. Ai-je déjà navigué, qu’est-ce que je fais dans l’automobile, est-ce que je suis prêt ? On dirait presque un entretien d’embauche mais il n’en est rien, rassurez-vous, tout cela se fait avec le sourire et en plaisantant. Je récupère mon casque. Et un roadbook. Un truc plein de mousse d’un côté, un truc plein de notes de l’autre et plein de questions au milieu. On rajoute à cela l’application Twinmaster+ pour le suivi des distances totales et partielles (merci Antoine) et ma foi, tout me semble prêt pour le lendemain. N’empêche, dès le premier soir, l’équilibre s’est fait entre humour, plaisanteries, discussions et sérieux. Dîner au Palais du Pharo, un endroit que je connaissais uniquement de vue… il est plus que temps d’aller dormir pour être en forme le lendemain matin.

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Le lendemain matin, j’ai le droit à une grasse mat’ ! On a vu pire pour démarrer une journée de copilote. Réveil à 5h45, départ de l’hôtel à 6h30, arrivée sur au MUCEM à 6h45. Les voitures sont toutes endormies, seule une Type E a le droit a un préchauffage matinal. La lumière sur la Major et sur le parc endormi est magnifique. Je me dis que Ari ne doit pas être encore là et progresse tranquillement vers le fond du parc, là où m’attend la 000A, casque et appareil photo en mains. Quelle n’est pas ma surprise de voir arriver, fenêtre ouverte et sourire en coin, la BMW M4 Tour Auto ! Je lève le pouce, l’air quelque peu contrit d’être presque en retard. La journée commence pour de vrai à compter de maintenant. Il est 6h50 ou quelque chose de ce genre. Câble USB branché, roadbook sur les genoux, application lancée – je tripote quelques boutons et marche en dehors de la voiture pour comprendre comment faire les sets et resets de distance, l’organisation se met tranquillement en place et on me donne un petit transpondeur en compagnie d’une feuille de pointage. Daniel Elena n’a qu’à bien se tenir ! Comment ça je dis n’importe quoi ?

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7h. Le départ est donné, le convoi d’ouvreurs se met en route dans les tunnels du Vieux Port. Les pots de la M4 Tour Auto et des M2 crépitent, annonçant une journée pétaradante et réjouissante au gré des explosions des six cylindres réunis sur les petites routes de l’arrière-pays marseillais, du côté d’Aubagne et de la Sainte-Baume. La navigation commence maintenant. Je n’ose trop rien dire. Ari est-il matinal ? Ari aime-t-il parler en voiture ? Un pilote et un copilote, c’est souvent une longue relation, un temps pour s’apprivoiser, se connaître, parler, échanger. On a beau être coéquipiers pour une journée et une seule journée, ce temps-là existe et la première question fuse, vient de lui : “Mais au fait, tu fais quoi dans la vie pour être arrivé là ?”. Et c’est parti. Nul besoin pour lui de me raconter sa carrière, je la connais un peu. En revanche je suis un total inconnu de 32 ans et il faut donc prendre le temps de papoter. Sans se perdre. Pause essence, nécessaire. On repart, direction Auriol. Ari sait désormais qui je suis, pourquoi je suis là et comment je suis arrivé là. Il sait aussi que je me débrouille côté freins et je sais qu’il habite en Provence, qu’il se passionne pour les journées simples de jardinage à creuser des tranchées à la mini-pelle pour planter des allées d’oliviers. J’ai bien envie d’aller habiter dans le coin, tiens.

La route continue en direction de la spéciale matinale du jour, sur la D45A puis la D2 depuis Auriol et jusqu’au col de l’Espigoulier ! Premier bout de grande route à multiples voies. 2 / 3 / 4 envolées et avalées, histoire de dérouiller le moteur qui s’échauffe tranquillement et prend une température de fonctionnement normal. Le mode M1 est mis. France Inter aussi. Ari Vatanen a été député européen et en garde une vraie passion pour les actualités du monde, une bonne analyse, très progressiste aussi. Alors on discute, on commence gentiment à refaire le monde tout en parlant justement de la notion de qualité de vie, de la prise de risques professionnelle et d’autres choses. Tout en naviguant et sans se perdre. C’est aussi ça, copilote et navigateur, en plus de basculer du français à l’anglais au gré des expressions ou discussions !

La discussion continue autour d’un café (vous ai-je dit que Ari adore le café et en prend des mugs entier avec lui quand il passe la journée dehors, à s’occuper de son terrain ?) avec les bénévoles du Tour Auto. Amitié, bonne franquette, rires et déjà plein d’autographes et photographies avec Ari. Je crois que je ne me rendais pas compte, j’ai oublié qu’il était une de mes idoles je crois, pour pouvoir vivre normalement ma tâche. Il est temps d’aller en spéciale. Nous sommes encore en tenue de ville alors vite, on se colle derrière la M4 et on se change ! Combinaison pour Ari, pantalon plié comme il le faut dans le coffre, casque, cagoule pour moi et casque, en polo. Oui, j’ai vu Ari Vatanen en slip tout en faisant des blagues sur l’incongruité de la situation. C’est aussi ça être copilote et c’est drôle ! Quelques kilomètres plus loin, nous sommes arrêtés au départ de la spéciale. On attend, tout le monde descend des voitures. François Chatriot est là aussi et vient taquiner Ari. Et que ça se taquine, et que ça rigole, et que ça papote les uns et les autres avec les passionnés venus assister au Tour. Je revois la scène du café, sa disponibilité, leur disponibilité. Ari me le dira plus tard, quand on n’est pas véritablement pressé, c’est honteux de ne pas donner aux passionnés ces quelques secondes d’amitié, de sourire, une signature, une photo, avec sincérité.

Spéciale. Le décompte démarre, on va se lancer à 9h00. J’annonce les 45 secondes. Les 30. Les 10. 9 et ainsi de suite, GO ! La route est splendide, quoique bien étroite ! La BMW M4 Tour Auto, forte de ses 450 chevaux, se jette de courbe en courbe, frôlant les murets et les arbres, sans qu’un seul mot ne soit échangé dans l’habitacle. Le bout de route ne fait que 8.4 km de long mais c’est une grand bonheur d’observer Ari, concentré et détendu à la fois, bondissant dans telle ou telle courbe, après m’avoir dit au départ qu’il allait rouler sans trop attaquer. J’en profite tout de même pour prendre quelques notes en terme de placement d’auto, d’attaque de pédale de frein ou encore de corrections de trajectoires dans ces virages en aveugle. Avantage de la route fermée : on peut exploiter toute la largeur du bitume ! Deux dernières courbes et c’est déjà la fin. Le Col de l’Espigoulier est là, avec sa vue exceptionnelle. Les autres voitures arrivent petit à petit, tout le monde prend la pose. Ari me trolle avec un signe peace sur une photo mais joue le jeu sur la suivante. Les M4 et M2 ont chaud et cliquètent joliment. Il va falloir redescendre, sagement. Pas facile.

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L’étape suivante, c’est le Castellet. Nous arrivons à bon port, après de nouvelles discussions, plus orientées sur le pilotage et le calme nécessaire à la conduite rapide. Ari et moi parlons sécurité routière, je lui raconte à quel point l’expérience en Fiesta WRC avec Latvala m’a marqué et m’a fait prendre conscience d’une chose fondamentale : je ne suis pas pilote. Une expérience qui devrait à dire vrai être obligatoire pour sauver des vies, beaucoup de vies, celles des quelques énervés pas tout à fait perdus pour la science. Pour les autres, il n’y aura sûrement pas grand chose à faire. Mais déjà commencer par un baptême en bonne et due forme avec quelqu’un de reconnu. Il ferait un remplacement à Chantal Perrichon, Ari. Bref : Castellet, Café. Vite avalé, vite grogné contre les Ferrari qui tardent à filer, ce qui me laisse le temps de baver sur cette M6 Gran Coupé de toute beauté et cette M2 intégralement préparée M Perf’ qui balance du gros son ! Toi, il va vraiment falloir que je t’essaie, vraiment. Parce que RS3 et A45 m’ont l’air bien sages à côté de toi.

Deux tours avec Ari Vatanen. Le premier pour découvrir et commencer à glisser. Le second pour faire “n’importe quoi” et entretenir un maximum de glisses ! Ari est taquin, vraiment taquin. Du genre à te taper sur la jambe en lâchement quasiment le volant pendant qu’il glisse à 100 km/h. Il me racontera ensuite qu’il faisait parfois ça à ses copilotes. Je crois que je serais devenu fou, avec lui. C’est bien, la folie. Tu vois la fumée sur la photo du dessous ? Un donut. Au Castellet. NOR-MAL. Il a beau dire qu’il préfère les xDrive pour bien entretenir des glisses et favoriser les pistes plus étroites, Ari Vatanen est capable de t’envoyer une M4 Tour Auto d’un côté à l’autre dans un hurlement de pneus sans trop se poser de questions ! Bonne nouvelle : j’ai pris des notes pour mes futures expériences de drift !

Le passage au Castellet, en plus d’être une occasion de se sustenter (et je le redis après y avoir déjeuné une fois déjà avec SEAT : le buffet est délicieux, continuez ainsi !), c’est aussi une bonne opportunité de voir les plateaux d’anciennes ! Car oui, être ouvreur, c’est aussi ne quasiment jamais voir la course et les anciennes arpentant les jolies routes concoctées par Peter Auto pour ce Tour Auto 2016. Il faut bien que l’expérience soit un peu frustrante, non ?

Il est temps de repartir et il est temps pour moi de découvrir un nouvel aspect de la vie de copilote / navigateur. Avez-vous déjà vu ces images de rallye où le copilote prend le volant pendant que le pilote se repose ? Eh bien voilà. J’ai conduit Ari Vatanen. Et il s’est endormi. Deux fois. Car oui, j’ai du le réveiller au premier péage. Oh, tiens, une sortie de péage avec une BMW M4 Tour Auto en configuration M1. Commentaire de Ari : “C’est bien, tu as gardé un caractère d’enfant.” alors que j’enchaîne les rupteurs. Oui, bon, fallait bien voir ce qu’elle valait, cette série limitée à 5 exemplaires, non ? En revanche, un copilote qui conduit, ça ne regarde pas trop le roadbook et je me demande si ce n’est pas là une stratégie de Ari pour me perdre et me faire rater la bonne sortie d’autoroute ! Qu’importe, arrivés à Nice, je lui redonne le volant, nous faisons le plein et à partir de là, la mission est simple : recoller au roadbook. Bonne chose selon lui : j’y arrive. Un bon navigateur qu’il dit. Je préfère quand même être dans le baquet de gauche, quand j’y pense, parce qu’elle pétarade bien cette M4 ! On retrouve finalement une copine de jeu, arrivée au check-point à peu près au même moment que nous. Le hasard fait bien les choses et nous filons en direction du Palais des Festivals de Cannes.

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Voilà qui sent la fin de l’aventure. La mienne en tout cas puisque je dois rentrer le soir même à Paris. Je ne vivra donc malheureusement pas les spéciales nocturnes en compagnie de Ari ! Nous arrivons et comme aux deux pit stops Optic 2000 visités pendant la journée, la foule est là et “Ari” est sur toutes les lèvres, au Castellet aussi. L’aura du pilote est une chose, sa disponibilité et je le répète une fois encore, en est une autre. Le mot pour rire, le mot pour séduire, la photo, la blague, toujours. Il est incroyable et les gens ne s’y trompent pas, le sollicitent. Tout prend plus de temps avec Ari Vatanen mais il faut croire que les finlandais ont beaucoup de temps et de simplicité, de normalité en eux. Lui en tout cas n’en manque pas et si je dois retenir une leçon, au delà de toutes mes notes de cette journée, c’est ça : la disponibilité, la simplicité, le partage avec les autres, ces petites touches de bonheur distribuées gratuitement, une sorte de contrepartie à tout le succès automobile et professionnel dont il a bénéficié. Un juste retour des choses, redonner un petit bout de passion à ceux qui sont animés par le même amour pour la chose automobile. Nous garons la BMW M4 Tour Auto à l’abri des regards, le temps d’une petite pause. Elle ne sera que de courte durée. Je file de mon côté faire le tour du parc fermé, ma tâche de copilote étant achevée.

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Est-ce jamais terminé ? Sûrement pas. Je me retrouve à indiquer à Ari d’une part mais aussi aux autres l’heure de départ du parc fermé. Je ne serai pas là. Je suis triste, je crois. Je serais bien resté cette soirée complète, cette nuit ici. Tant pis. Les conversations continuent sur la plage, entre Ari et moi. On parle voitures. On parle quatre roues motrices, sensation de glisse, anecdotes diverses et variées, je propose mon baquet à Mme Chatriot qui me dit avoir le même intérêt pour les voitures que celle qui partage ma vie et ainsi de suite. Il est difficile de s’arracher au sable de Cannes, de laisser la BMW M4 Tour Auto, de laisser Ari Vatanen. Mais il le faut. Alors merci, merci pour tout, merci pour ces discussions à bâtons rompus, pour ces blagues et tout le reste, qu’il soit automobile ou pas.

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Voilà, le Tour Auto est terminé et ce fut une expérience enrichissante sur de nombreux sujets ! Apprendre à lire un roadbook, prendre des notes de conduite, parler rallye, voiture et conduite avec Ari Vatanen, refaire le monde économique et politique avec Ari Vatanen aussi, ne pas perdre Ari Vatanen et enfin endormir Ari Vatanen, faire hurler le 6 en ligne de la BMW M4 Tour Auto, admirer comme un gosse tous les grands jouets au pied du MUCEM et du Palais des Festivals, gérer les étoiles dans les yeux pendant tout ce temps là. C’était magique, tout du long.

Il y a un goût de reviens-y dans ce travail d’un jour, alors que cette course est bel et bien terminée (et vous retrouverez le classement ici). Prochaine étape : naviguer pour de vrai, en ancienne. Ou conduire. Bref : revivre encore l’expérience offerte cette année par BMW (merci Sandra, Émilie, Alexandre, Thomas et Pierre-Yves !) et également par Peter Auto (merci Gregory !) avec une organisation toujours éclatante (bravo !) ! Bon, il n’y aura pas Ari Vatanen cette fois, mais je garderai assurément en tête toutes nos discussions pour apprivoiser mon copilote avec autant de succès que lui !