Essai – Lexus LS 500h AWD

Essayer un modèle de la gamme Lexus est une rareté en soi. La marque premium est bien sûr bien bien présente et implantée en France mais elle conserve qu’elle le veuille ou non une certaine confidentialité. Si cela est moins vrai pour certains modèles comme l’UX et le NX, ou encore la berline ES que l’on peut croiser assez souvent du côté du transport de personnes, c’est en revanche particulièrement valable pour le sculptural coupé LC que j’avais pu essayer il y a quelques temps déjà. Cela l’est peut-être encore plus (oui !) avec la Lexus LS 500h, le vaisseau amiral de la marque, clairement destiné à un marché de niche, celui des ambassades, du transport de responsables d’entreprises ou d’autres positions associées à un haut niveau de confort, de sécurité et de service.

Je me suis retrouvé ainsi dans la peau d’un chauffeur de limousine pendant quelques jours du mois de Novembre dernier, à l’occasion d’un essai longue distance et longue durée qui devait me permettre de juger des sus-mentionnées qualités attendues d’un tel véhicule, facturé la bagatelle de 143k€ en base et même 155k€ pour mon modèle encore plus richement doté en cuir et revêtu d’une peinture d’un Gris Lune étincelant. Les proportions de l’auto sont forcément impressionnantes, même quand on a l’habitude de sportives à la largeur notable ou encore de berlines généreusement motorisées. Le terme de vaisseau amiral est parfaitement approprié quoiqu’il en soit au moment où je m’intéresse aux détails de cette exotique rareté.

La ligne de la Lexus LS 500h est un mélange du style si particulier de la marque et d’un classicisme rassurant que l’on attend forcément de ce type de grandes voitures, bien souvent parées d’un noir censé être discret ! L’immense calandre Lexus est bien sûr au rendez-vous, parfaitement à son aise dans le bouclier avant là où je peux la trouver assez inélégante et caricaturale sur des véhicules plus hauts. Le L de Lexus trône bien sûr dans sa partie haute, aligné avec le regard acéré en LED, parfaisant la signature visuelle avec sa virgule lumineuse. Deux prises d’air factices en sus dans le bouclier et le tour est joué, il ne faut pas chercher beaucoup plus de détails et apprécier cette simplicité des traits et l’immense capot abritant un désormais rare V6.

Les immenses flancs de l’auto se parent de chromes divers, tandis que les roues de 20 pouces semblent tout à fait gigantesques mais frappent surtout par leur brillance. Plus encore que le gabarit de l’auto ou sa bouche béante, ces roues attirent les regards curieux. Leur dessin, combiné à leur rendu métallisé, interpellent. Plus classiques, les poignées de portières auraient mérité d’être intégrées à la carrosserie pour aller avec la dénomination “Innovation” de l’auto. Les rétroviseurs font leur petit effet, tout comme le bandeau chromé situé en amont des roues arrières indiquant la nature hybride de la Lexus LS 500h.

Les immenses feux arrière sont un peu moins élégants que le reste lorsqu’ils sont éteints, ils le sont un peu plus allumés. Dans l’ensemble toutefois et comme souvent sur ces immenses véhicules, la partie arrière est un peu moins réussie stylistiquement parlant que le reste de l’auto. J’ai apprécie tout de même ici les jeux de courbes et de plis de carrosserie visant à donner une vraie impression de finesse à la poupe. Dans l’ensemble donc, la Lexus LS 500h en impose autant qu’elle se montre discrète. Son gabarit la trahira toujours, tout comme ses roues singulières, mais elle a le bon goût (l’élégance, même) de ne pas trop en faire du côté des chromes ou des signes extérieurs de richesse.

Franchir le seuil de la Lexus LS 500h, c’est en revanche pénétrer dans un monde autrement plus démonstratif et accueillant. L’ultra-technologie un peu froide ou le clinquant luxueux de certaines marques n’a ici pas sa place, la marque japonaise lui préférant un aspect cosy, chaleureux, englobant. Les formes choisies, singulières, tout comme l’excellence de tous les matériaux et leur “douceur” sont un appel au voyage et une invite à l’installation pour une longue pause, que l’on soit conducteur, passager avant ou mieux, passagers à l’arrière ! La séance photo et le nombre de photos ci-dessous furent l’occasion de rendre un brin hommage à la somme de choses qu’il faut noter et expérimenter pour prendre conscience du niveau de détail apporté par la marque à son vaisseau.

Je ne m’étendrai pas sur l’excellence du cuir qui recouvre les sièges et leur confort. En revanche, il faut forcément parler de l’infinie variation de réglages possibles pour trouver la position idéale, sur chaque segment des sièges et ce, pour le conducteur comme pour tous les autres passagers ! Ces réglages sont accessibles via l’interface Lexus, avec son panneau tactile à retour haptique, qui semble à la fois un peu dépassé par certaines interfaces tactiles mais qui s’avère pratique avec le “verrouillage” du curseur sur chaque fonction ou ligne disponible. La découverte de toutes les fonctions des sièges, que ce soit donc le réglage, la ventilation ou le chauffage (accessibles depuis des boutons directement situé sur la console centrale) est indispensable pour se faire sa configuration aux petits oignons et ressortir de l’auto aussi reposé que si vous n’aviez pas conduit.

La partie climatisation se gère de la même manière, avec par ailleurs des boutons de commande situés au centre de l’auto très agréables à manipuler et la possibilité de régler des fonctions d’accueil (chauffage du siège, température personnalisée, volant chauffé, etc.). Le tout-tactile n’a pas sa place dans la Lexus LS 500h et ce n’est définitivement pas un mal avec des commandes aussi bien conçues. C’est aussi vrai du bouton de volume, avec sa double mollette si joliment finie. Les lignes tendues qui entourent le bouton Power teinté du même bleu que le logo Lexus affinent le tableau de bord et rappellent les inserts des portières, également parfaitement finis et assemblés. La marque évite par ailleurs l’usage surabondant des plastiques noirs brillants, splendides quand ils sont neufs et d’une propreté absolue, en privilégiant des plastiques mats de qualité supérieure.

L’écran central intègre bien sûr Apple CarPlay, ce qui permet de faire fi de son interface en retrait de ce qui se fait de mieux dans le monde du premium. L’horloge joliment intégrée à l’écran est un évident clin d’oeil aux codes des véhicules les plus luxueux, détail joliment désuet auquel s’attachent tous les constructeurs. On retrouve aussi les différents retours caméra sur ce grand écran avec les traditionnelles vues caméra mais aussi et surtout une vue 360° qui s’avère bien pratique dans certains parkings ou lors de manoeuvres en environnement serré, l’auto ne bénéficiant pas des quatre roues directrices de certaines concurrentes qui facilitent grandement la vie des conducteurs.

La praticité n’est pas oubliée avec bien sûr de quoi mettre des boissons au centre mais surtout un vide-poche central spacieux et doté de compartiments bien pensés. Là-aussi, sur le long cours, on se rend compte que les détails ont été réfléchis par Lexus afin que la vie à bord de l’auto sur les longs trajets soit la plus douce possible. Le poste de conduite est du même niveau, avec un volant à jante large et épaisse ce qu’il faut, agréable à prendre en main et doté des boutons les plus utiles. On pourra reprocher à Lexus de n’avoir pas intégré plus de fonctions avancées mais celles qui sont implémentées le sont bien, notamment le régulateur adaptatif, très fin dans sa modulation. Pas de limiteur en revanche, malheureusement…

Toujours du côté du poste de conduite, j’ai retrouvé les deux petites “antennes” situées de part et d’autre de la casquette du volant, permettant de basculer d’un mode à l’autre (Eco/Confort/Normal/Sport/Sport+) d’un côté et d’activer certains modes de l’autre (ESC off, mode neige…). Curieuse interface entre l’homme et la machine, singulière et unique dans l’automobile. Cela fait aussi partie de l’exotisme de Lexus et c’est un des aspects que j’aime bien, même s’il n’est peut-être pas le plus pratique ! On n’oubliera en tout cas pas d’utiliser l’affichage haute, bien fait.

Mais en vérité, la meilleure place de la Lexus LS 500h reste l’arrière-droite, celle du passager “Executive” ! Il faut pour s’en rendre compte s’y installer, observer devant soi et commencer à utiliser l’écran central situé dans l’accoudoir rabattable. On peut alors totalement avancer le siège du passager avant et le replier de façon à libérer un maximum de place tout en conservant l’écran bien orienté vers soi. La chose est bien sûr faisable depuis le poste de conduite afin de soigner son passager… qui peut aussi sélectionner les sources audio de la voiture, allonger totalement son siège et se programmer une “relaxation complète”. Ce sera mon seul et immense regret de cet auto, à savoir de n’avoir pas voyagé à cette place de la voiture. Mais clairement, la séance photo et découverte a duré beaucoup plus longtemps que prévu, grâce à une météo maussade. La petite sieste en étant bercé par l’excellent système son Mark Levinson fut parfaite, tous volets déployés pour m’isoler de l’extérieur !

Et la conduite, dans tout ça ? Commençons par la motorisation puisque comme je le disais plus haut, la Lexus LS 500h conserve un V6 3.5L atmosphérique développant 299ch, combiné avec deux moteurs électriques développant 179ch. La puissance cumulée est de 359ch et le couple disponible de 350Nm. Il s’agit bien sûr d’un système d’hybridation légère visant à parcourir quelques kilomètres au maximum en mode tout électrique et épargner au moteur thermique les phases de relance et de démarrage, les moins efficientes en terme de consommation et d’émissions. Au bout des 2100 kilomètres parcourus, je me suis tout de même retrouvé avec une consommation moyenne de 10.6 L/100, ce qui n’est vraiment pas rien… mais a forcément été fortement influencé par les longs trajets autoroutiers et reste largement honorable au vu des 2.3t de l’auto.

Un V6 atmosphérique, c’est forcément un peu glouton et à dire vrai, je pense que Lexus aurait peut-être du jouer la carte du PHEV pour sa LS 500h. Certes, la complexité et le coût des PHEV (deux moteurs à gérer / acheter) est un stade transitoire dans l’industrie automobile mais il a tout de même plus d’avenir que l’hybridation simple dont Toyota est le chantre depuis des années avec succès. Cela fonctionne très bien pour les plus petites motorisations du groupe mais c’est somme toute un peu moins vrai quand on vient toucher à des véhicules aussi grandioses et exclusifs qu’une limousine où le coût final est moins important. Disons que quitte à abandonner le V8 dont elle s’équipait autrefois, autant pousser le bouchon électrique et hybride le plus loin possible.

Car du côté du caractère, c’est un peu morne plaine. Ce V6 se fait parfois (souvent, même) se faire extrêmement discret et ronronnant, satisfaisant à dire vrai ; mais il peut aussi être vraiment bruyant au gré des humeurs de la boîte à variateur, automatique, qui comme sur le Hyundai Tucson PHEV n’en fait parfois qu’à sa tête et gâche clairement un éventuel plaisir. L’insonorisation de la Lexus LS 500h est tout à fait admirable pour ce qui est d’isoler ses occupants des bruits internes et externes mais il aurait peut-être fallu aller au bout des choses en coupant vraiment toute sonorité moteur plutôt que de le laisser s’exprimer parfois de façon brutale et vibrante. Léger décalage donc, qui aurait peut-être pu être gommé par la suralimentation et l’usage du couple à plus bas régimes.

Du côté du confort et des trains roulants, c’est en revanche impérial ! Malgré les immenses roues décrites plus haut, la filtration des imperfections du bitume est excellente. Les modes Confort et Normal sont bluffants de confort sur longue distance, que ce soit sur autoroute ou sur les petites routes sinueuses des Pyrénées-Orientales. Je n’ai en revanche pas trouvé de grand intérêt à l’usage des modes Sport et Sport+ sur un modèle comme la LS. A moins bien sûr qu’on commence à parler d’une LS F ! Mais en l’état, sur une Lexus LS 500h donc, les modes Eco/Confort/Normal sont amplement suffisants et parfaitement calibrés pour l’utilisation.

Limousine oblige, on est tout cas légèrement déconnecté de la réalité, avec une direction qui s’avère souple et précise mais très peu communicative. Ce n’est pas une déception, ceci dit, une fois bien intégrée la vocation de grande routière confortable de l’auto. Les placements restent précis et l’auto ne “flotte” pas trop, y compris sur les routes des Aspres, pourtant pas du tout adaptées à un tel gabarit. C’est d’ailleurs ce gabarit qu’il faut bien avoir en tête car l’auto aborde les difficultés sans peur mais ses 1m90 sans rétroviseurs et ses 5m23 de longueur ne sont pas rien. Méfiance, prudence et anticipation, donc ! Vous serez quoiqu’il en soit bien servis par les freins qui, en utilisation normale, se montrent bien dimensionnés, avec une gestion de la récupération d’énergie plutôt imperceptible.

Au fil des kilomètres, la question du bilan se pose pour la Lexus LS 500h. Ses opposantes sont connues, allemandes, “habituelles” et consensuelles. La limousine japonaise fait le pari d’un exotisme et d’un parti-pris stylistique plus marqué, tout en conservant la discrétion, l’élégance et la classe nécessaires à ce types d’autos. Le contenu technologique, devenu un des plus grands nerfs de la guerre que se mènent les constructeurs, est ici en retrait et Lexus offre de ce point de vue moins que les autres. Est-ce si important que cela finalement, quand on regarde l’excellent niveau de sécurité et de confort atteints sur ce modèle ? Quand on parle d’un marché d’un gros millier d’autos en France chaque année, la singularité a aussi un grand intérêt et les grands décideurs de ce monde auraient tort de ne pas miser sur cette approche japonaise qui a ici le mérite d’apporter une vision différente du monde automobile, moins froide, technocratique et technologique, plus fine, accueillante et reposante.