Essai – Citroën C3 110 Shine

La Citroën C3, ancienne du nom, n’éveillait à dire vrai rien chez moi. Rien de rien. Pas une émotion, pas un haussement de sourcil, rien. Je la savais bonne auto, pratique, conviviale et sympathique mais elle n’évoquait rien pour moi si ce n’est une certaine forme d’ennui et de praticité citadine. Pourtant, j’aime la marque, j’aime son blason et son fondateur, ce qu’elle véhicule comme valeurs et comme image, encore plus depuis la refonte du Groupe PSA en trois marques.

Si l’abandon de DS par les chevrons pour en faire une identité dédiée m’a quelque peu chagriné et me chagrine encore du fait d’une gamme obsolète et souffrante, le renouvellement de Citroën et l’arrivée du C4 Cactus m’ont fait frémir. C’est simple, ce dernier m’avait donné de l’essayer et de participer aux essais internationaux alors qu’il n’était en rien une sportive, mon domaine de prédilection auquel j’accorde quelques rares congés payés dans l’année. Je n’avais pas été déçu.

J’attendais donc avec une certaine impatience l’arrivée de la nouvelle Citroën C3 mais là, manque de chance, je n’ai pas pu libérer l’une de ces fameuses journées ! Il était en revanche certain que je me devais de l’essayer, pour la confirmation stylistique et technologique qu’elle représente pour la marque mais aussi pour l’adieu en fanfare qu’elle peut être en compagnie du C3 Aircross à la désormais vieillissante plateforme BVH1 du groupe.

Alors me voilà, en attendant CMP, à côté d’une version « lancement », une Citroën C3 de nouvelle génération, motorisée par un petit trois cylindres essence, turbocompressé, développant 110 ch. La finition est le niveau Shine, la boîte est mécanique et je suis donc à dire vrai devant le haut de gamme du modèle, avec un niveau d’équipement tout ce qu’il y a de plus complet.

Alors ? Eh bien j’adore. Je l’avais vue au pôle tertiaire à Poissy dans mon autre vie et avais déjà été conquis. Elle était pourtant statique et dans un hall d’accueil. Là, sous le soleil de la vallée de la Maurienne, elle est craquante au possible. Citroën confirme le « coup » du Cactus et le facelift du C4 Picasso, pourtant un brin à part de la gamme, avec un design rondouillard séduisant en diable car ne sombrant pas dans l’excès.

Les volumes et formes sont ceux de la nouvelle identité de la marque mais n’enflent pas outre mesure. Le gabarit est pourtant assez « imposant » pour une petite auto, surtout si on la compare par exemple à la petite sœur 208. La philosophie du modèle est très différente, il faut dire, enfin ! Après des années à se marcher l’un sur l’autre, Citroën et Peugeot ont enfin des arguments singuliers pour se vendre à qui voudra les entendre.

Citroën C3 est familière, douce, gentiment affutée du côté du regard. Les petits rappels de couleur lui donnent un zeste de dynamisme et de contraste sans que cela ne dégueule de couleur. J’ai croisé dans la rue et sur les usines du groupe un bon nombre de configurations et à l’exception de quelques ratés désespérément sombres, je me suis à chaque fois retrouvé conquis par les assemblages toit/carrosserie que j’ai vus, qu’ils soient pétillants, pastels ou plus classiques.

Vous allez me dire que j’en fais trop pour une auto de seulement 110 chevaux quand j’ai essayé des pompes à feu de 400, 500 ou 600 chevaux. Non, je suis vraiment séduit ! Le regard à l’avant, les jolis globes à l’arrière, le dessin discret des protections de roues, les petits airbumps bien dimensionnés (pas forcément au mieux de leur force de protection mais bon), le toit et son dégradé sur l’arche arrière, la jolie calandre aux touches de couleur, j’aime tout, même les roues au design un brin rétro. C’est… c’est chou.

Cette voiture est chou, voilà, c’est aussi simple que ça. D’aucuns la trouveront sûrement un peu trop grande ou trop ronde, certains n’aimeront pas le regard étagé de la face avant, pour ma part je la trouve équilibrée et séduisante, à la fois très fun et pétillante, sans oublier d’être d’une normalité rassurante. Les kilomètres à la regarder ou à la conduire ne s’annoncent vraiment pas désagréables.

L’intérieur est à l’avenant. Je le disais en introduction : la nouvelle Citroën C3 est le dernier modèle complètement nouveau à sortir sur la plateforme BVH1, en compagnie de l’Opel Crossland X et du C3 Aircross. Il est assez incroyable de pénétrer dans cet habitacle et de se dire que la plateforme et ses composants maîtres sont nés à l’époque de 206 et 207 ! C’est assez fou ce qu’arrive encore à faire PSA sur cette base, en livrant sur la Citroën C3 un habitacle tout à fait actuel et joliment équipé.

Dans cette version Shine, la C3 se montre très agréablement finie et dessinée. Les sièges tissu se parent d’une décoration élégante et sont d’un confort et d’un maintien à belle épreuve. Les portières reprennent la forme des protections extérieures et se dotent d’une petite poignée type maroquinerie qui fait toujours son petit effet. Rétroviseurs électriques, lane assist, détection d’angle mort, caméra de recul, limiteur et régulateur de vitesse sont bien sûr de la partie, permettant à la petite dernière d’être tout sauf distancée en terme d’équipements.

Bien sûr, en regardant dans le détail, on voit que certains plastiques et tolérances d’assemblage datent d’une autre époque. C’est dur, noir et ça se raye facilement si l’on n’y prend pas garde mais l’essentiel de ce qui est sous les yeux est de qualité et surtout, joliment dessiné, y compris du côté du volant et des compteurs, singuliers et séduisants à mes yeux.

Les rappels de couleur rouge n’y sont pas non plus pour rien, habilement positionnés à côté du volant, sur les sièges ou encore sur la planche de bord. Celle-ci, épurée et reculée vers le pare-brise, laisse une belle place au passager qui ne se prendra d’ailleurs pas la boîte à gants sur les genoux comme chez un certain losange. En bref : l’ergonomie est soignée et tout est à sa place, tombant bien en main.

La zone centrale n’est pas en reste avec l’écran déjà vu sur EMP2, ramené sur BVH1 via le C4 Cactus et ici dans sa dernière version. On retrouve donc une compatibilité Apple CarPlay ou Android Auto, du BlueTooth, du WiFi, des affichages simples mais bien faits à défauts d’être au mieux de ce qui se fait aujourd’hui. Sur une petite voiture de cette taille et à ce prix, c’est en revanche tout simplement excellent.

La praticité n’est pas tout à fait oubliée non plus avec un vide poches de bonne taille, tout comme ceux des portières, dans lequel on peut notamment positionner convenablement un smartphone branché sur le port USB. Un second port aurait d’ailleurs été le bienvenu pour le passager. Tant pis. Dernière chose : la tablette, si elle semble quelque peu ressortir de la planche de bord, est aisément manipulable sans que les épaules quittent le siège pendant la conduite, un très bon point.

Vous m’aurez compris : la nouvelle Citroën C3 se situe pile à mi-chemin entre le déluge technologique dont on ne sait parfois que faire sur les dernières belles productions allemandes ou suédoises et le dénuement d’une puriste. Cette version d’essai était bien sûr joliment dotée mais on y retrouve tout ce qui est aujourd’hui nécessaire dans une automobile moderne, sans trop en faire et avec suffisamment de marge en terme d’ergonomie, de réactivité et de « simplicité » pour être à jour pour pas mal d’années.

Cette Citroën C3 est donc équilibrée, avec une sorte de sobriété et d’intelligence technologique qui devrait je l’espère, à l’extérieur comme à l’intérieur, la prémunir de vieillir prématurément. J’ai véritablement apprécié d’être à son bord, avec une position de conduite un rien haute mais pas trop, bien calé en terme de confort, le levier de la BVM 5 tombant bien en main et toutes les fonctions facilement accessibles en un menu mouvement de bras.

Mieux encore, ma passagère, pourtant guère loquace sur la chose automobile, l’a plébiscitée au même titre que le MX-5 qui peut par conséquent se faire un peu de mouron. Décidément, Citroën vise juste sur beaucoup de choses avec cette auto, offrant une sacrée synthèse de tout ce que le groupe PSA et la marque savent faire de bien, dehors comme dedans et avant même de parler de conduite. Chapeau.

La conduite, du coup, il faut bien en parler. Si Peugeot est synonyme de dynamisme et DS de « premium » (on attend de voir de quoi ils parlent sur DS 7 Crossback), Citroën se veut confortable, pratique mais aussi vivant et vivable. La synthèse, le compromis… un truc mou ? Pas si sûr.

Le premier point est une réalité. La nouvelle Citroën C3 est confortable, vraiment. Là-aussi, je reste impressionné par ce dont sont capables les équipes liaison au sol du groupe sur une même plateforme, livrant ici une auto résolument douce dans son toucher de route, sans flotter pour autant ni prendre de roulis comme une vieille barrique avinée.

Sur autoroute, la filtration est pour ainsi irréprochable, sans trépidations, sans flottement, avec des bruits de roulement et d’air tout à fait acceptables pour le gabarit et le tarif demandés. Sur petites routes, je m’attendais un peu à une saucisse, il n’en est rien. Dans les grandes courbes des cols des Alpes comme sur les petites routes de seconde zone que personne n’emprunte et où il fait bon augmenter le rythme, c’est à défaut d’être un régal, un vrai plaisir !

Vous m’avez bien lu : j’ai pris du plaisir au volant de cette petite citadine à la vocation tout sauf sportive ! A dire vrai, je me suis même surpris à commencer à attaquer à la montée et à la descente du Galibier et de l’Iseran, laissant dans mon sillage de nombreuses autos et motos, sans vraiment forcer ni faire quoique ce soit de répréhensible en terme de vitesses et comportements. Bluffant.

Si Citroën (et DS) a bien sûr toujours été connu pour la qualité de son amortissement, c’est encore tout à fait vrai que la nouvelle Citroën C3 qui montre donc un typage bien différent de celui d’une 208, d’une DS 3 ou des petits SUVs du groupe. C’est à mon sens une belle synthèse, tout sauf fainéante, de ce qu’on peut faire aujourd’hui en terme de confort sans sacrifier le dynamisme et sans adopter une coûteuse et pesante suspension pilotée.

La direction est en revanche quelque peu moins exempte de défauts, souffrant pour sa part d’un point milieu collant et flou à la fois. L’assistance est sensible, un peu trop à dire vrai et la précision n’est pas tout à fait au rendez-vous. Ce n’est bien sûr pas rédhibitoire sur une telle auto mais il y avait peut-être une once de tuning à faire, sans sacrifier la facilité de manœuvre en ville, pour trouver un compromis un rien plus précis, même si le train avant suit sans broncher les injonctions du conducteur.

On n’en dira en revanche pas autant de l’ESC, incroyablement présent, y compris sur les bosses. Les précharges et déclenchements ABS sur routes bosselées étaient pénibles, trahissant ici un défaut historique de la BVH1, à savoir la présence d’assistances bien trop présentes et pas toujours bien senties, au contraire de ce qui est fait sur EMP2. Là-aussi, rien de rédhibitoire, mais cela pourra assurément perturber quelques conducteurs (ou passagers, comme ce fut le cas ici !).

Le freinage, très agréable pour ce qui est du pedal feel, s’est montré endurant sur mes quelques attaques à bon rythme. Pas sûr qu’il tienne beaucoup plus en utilisation intensive mais ce n’est de toute façon pas la vocation de l’auto ! Pour le conducteur standard ou un rien énervé, le job sera plus que largement rempli.

Il faut aussi dire que le moteur est un petit pousse au crime. J’ai déjà passé quelques kilomètres au volant d’une C3 essence de 82 chevaux et… c’est creux, très creux. Le petit 1.2 turbo poussé à 110 chevaux et 205 Nm est parfait pour l’auto, qui pèse quelque chose comme 1050 kg à vide. A défaut d’être caractériel et explosif, il délivre une poussée bien franche de 1500 à 5500 tr/min, permettant une exploitation à quasiment tous les régimes.

On en a donc pour tous les goûts, que ce soit du roulage paisible sur le couple ou un brin de dynamisme en tirant sur les rapports de la BVM à 5 rapports que je n’aime décidément pas beaucoup. Collez la BVM 6 sur cette auto et vous aurez un sacré ensemble, sûrement moins bon en terme d’émissions et de consommation bien sûr. Ou alors le même moteur en 130 chevaux et la boîte 6 ? Allez…

D’ailleurs, en parlant consommation : 6.6 l/100 sur les 1600 et quelques kilomètres de mon essai pendant cette semaine de vacances dans les Alpes ! Le mixte Citroën est annoncé à 4.6 l/100, mes 6.6 l/100 me semblent bien raisonnables au vu de la zone d’utilisation (coucou le dénivelé et les jolies routes) et de mon rythme.

Il faut toutefois noter un côté un brin rugueux en ville pour ce petit moteur comme pour son petit frère en 82 chevaux, limite pénible à l’usage. Le 110 via le turbo apporte ce qu’il faut de couple pour ne plus se retrouver le nez dans le volant à chaque lâcher de pédale d’accélérateur. Salvateur, même si la facture pour se l’offrir avec une jolie personnalisation comme ici grimpe vite à 20k€ !

Bon. J’ai comme qui dirait fait le tour de la petite dernière, là. Cet article ressemble à s’y méprendre et à quelques exceptions près à une critique dithyrambique et je peine à lui trouver plus de points noirs ou décevants tant elle est polyvalente et offre un excellent rapport qualité / technologie / prix. C’est un peu le problème avec mes essais puisque j’essaie exclusivement des voitures qui me font envie ou m’interpellent… mais là, je ne m’attendais pas à ça.

J’avais peur d’une saucisse, industrielle. Une belle robe, un intérieur séduisant en apparence et puis une fois en bouche plus rien, une chair molle, sans grande saveur, du compromis en veux-tu en voilà. Une âme ? Sacrifiée sur l’autel de la spécialisation de la marque. Eh bien non, cette nouvelle Citroën C3 a bel et bien une âme, celle des chevrons qu’elle porte et tant pis pour DS, elle porte le symbole avec fierté et c’est réussi.

Le design séduisant est là, l’habitacle est accueillant et bien conçu et la liaison au sol si chère au groupe qui l’a conçue est au rendez-vous, servant un compromis tout à fait convaincant et parfait à vivre au long cours. Cet essai terminé et cette belle période de dix jours à son bord achevée, je comprends soudainement mieux pourquoi, au delà de mon attrait originel pour elle, j’en croise beaucoup dans la rue…

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