Ode à la Vie et à l’Amour

Je voudrais revenir, rapidement, sur les décès ces jours-ci de Maïa Simon et de Dorine et André Gorz … Je ne reviendrai pas sur leurs carrières respectives, sur l'immense respect qu'elles inspirent … je tiens par contre à insister sur leur dernière bravade face à la Mort, ce dernier geste, le suicide.
 
Car il s'agit bien de cela … mais là où le suicide est souvent considéré comme une preuve de faiblesse, de désespoir extrême … j'ai envie de croire que pour ces trois personnes, on touche à la plus grande des forces : celle de choisir le moment exact de sa mort, et surtout celle de la prendre soi-même à bras le corps.
 
On a tout d'abord le cas de Maïa Simon, atteinte d'un cancer incurable, qui a finalement choisir de s'expatrier en Suisse pour bénéficier de ce qu'on appelle dignement là bas d'une fin de vie médicalement assistée, grâce à ce qu'on peut qualifier de loi de liberté. La liberté de mourir, de choisir, de finir sa vie comme on le veut, car on sait qu'on est de toute manière condamné à rencontrer la Grande Faucheuse.
Maïa Simon a fait ce choix, choquant ainsi un pays au moyen d'une interview diffusée post-mortem mais aussi grâce à son message à notre président, post-mortem lui aussi.
Comme elle le dit : "J'ai eu le temps, pendant cette longue maladie, de sentir la dégradation de mon corps (…) et je sens que j'arrive à la limite. Au lieu d'attendre la mort de manière passive et comme j'ai encore de l'énergie, j'organise mon dernier voyage avec ma famille et mes amis" .
 
Bien qu'il ait de nombreux défauts, je souhaite que ce cher petit Nicolas entende le message de Vie qui est implicite au départ de Maïa Simon, du moins est-ce ainsi que je l'interprète : un dernier geste, décidé, choisi, motivé … 
Ce souhait est motivé, car la fin de vie d'un patient, j'y ai été confronté il y a quelques mois. J'ai vu la fin, passive et sans dignité … et je sais qu'il a souffert d'être vu ainsi.
Il, c'est mon père, vous le savez je pense à force de me lire.
Il, c'était tout sauf la passivité, et si la possibilité lui avait été donnée, il aurait choisi cette voie, après Noël, une voie franche et directe, comme lui.
Plutôt que de choisir d'arrêter la dialyse afin de partir plus vite, sans succès. La douleur de son absence n'en serait pas moins grande, ni plus d'ailleurs, mais cela aurait été tellement mieux pour lui.
Vous allez dire que je parle à sa place … mais si je me le permets, c'est aussi parce que j'en ai parlé avec lui. Et aussi qu'il en avait beaucoup parlé avec sa femme, ma mère, et de toutes les possibilités qu'ils avaient envisagées. 
 
Ce qui m'amène au suicide des époux Gorz … lui le grand penseur, le philosophe … elle, sa muse, son amour d'une vie … Elle était atteinte d'une maladie évolutive, dégénérative forcément. On ne saura sûrement jamais ce qu'ils se sont dit, mais ils ont choisi de partir ensemble, allongés côte à côte, dernier voyage et toujours liés par l'Amour.
Je cite André Gorz : "Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien."
Tant d'amour après toutes ces années, et ce choix d'en terminer ensemble … Désolé mais j'en pleure.
Je souhaite pouvoir faire ce choix, moi aussi. En avoir le courage, la capacité. Face à l'horrible vérité qu'est la mort imminente, agir plutôt que subir, se lier une dernière fois, partir ensemble.
 
Voilà, sujet grave et triste … mais si je vous ai parlé de suicide, je voulais surtout vous dire que ce que j'ai vu dans ces trois départs, c'est avant tout de la Vie et de l'Amour.

3 Commentaires

  • Je suis complètement d’accord avec ton point de vue.
    J’ai fait un stage il y a 10 ans dans une unité de soins palliatifs où étaient « soignés » les malades « en fin de vie » comme le dit l’expression consacrée (en guise de soins, il s’agit de morphine et autres anti-douleur puissants permettant d’attendre la mort en souffrant le moins possible) et c’est à partir de cette expérience que je me suis rendu qu’effectivement lorsqu’on le souhaite il serait tout de même préférable de pouvoir abréger ses souffrances (en toute légalité) en gardant une certaine dignité au lieu de subir l’acharnement thérapeutique qui ne fait qu’avilir encore plus jusqu’au dernier moment…

  • Je me rappelle avoir pensé que j’aurais donner ma vie pour avoir le droit de le laisser partir dignement. Un sentiment d’injustice et des cris sourds quand il m’a regardé droit dans les yeux et qu’il m’a dit « debranche »… après 3 jours de silence.
    Les époux Gorz ? Un seul mot : RESPECT.

  • Fressine +> Il faut je pense le « voir » pour comprendre cette nécessité d’en « finir » que peuvent ressentir certains patients. Merci en tout cas pour ta réaction.

    Lizzie +> … il n’y a pas de mots …

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