La Zone du Dehors – Alain Damasio

 Il y a des livres qui vous retournent. La tête, les tripes, les convictions, la façon d’appréhender les choses qui nous entourent. La Zone du Dehors fait partie de ces livres que l’on devrait déclarer d’utilité publique afin d’éveiller les consciences, de volter un monde qui s’affaisse et enfin de donner un peu de liberté de réflexion et de pensée dans un système solidement verrouillé par une morale et une définition bien/mal antédiluviens.
Alain Damasio a ce talent unique et rare de jouer avec la musique des mots, de savourer chaque terme, chaque accord, chaque néologisme intégré au carcan de la langue française… Il écrit peu, La Horde du Contrevent me l’avait appris, m’avait à l’époque déjà touché et retourné mais la portée de la Zone du Dehors est toute autre, moins accessible, moins facile à lire et à comprendre mais tellement plus puissante, assénée qu’elle l’est par la force d’une quatrième de couv’ et de deux postfaces tranchantes, sans compromission, le tout enrobant un livre d’une perfection rare.
2084. Orwell est loin désormais. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social-démocratie. Souriez, vous êtes gérés ! Le citoyen ne s’opprime plus : il se fabrique. À la pâte à norme, au confort, au consensus. Copie qu’on forme, tout simplement. Au cœur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous : la Volte. Le Dehors est leur espace, subvertir leur seule arme. Emmenés par Capt, philosophe et stratège, le peintre Kamio et le fulgurant Slift que rien ne bloque ni ne borne, ils iront au bout de leur volution. En perdant beaucoup. En gagnant tout. Premier roman ici réécrit, La Zone du Dehors est un livre de combat contre nos sociétés de contrôle. Celle que nos gouvernements, nos multinationales, nos technologies et nos médias nous tissent aux fibres, tranquillement. Avec notre plus complice consentement. Peut-être est-il temps d’apprendre à boxer chaos debout contre le swing de la norme ?
Voilà pour le cadre. Copies qu’on forme. C’est ce que nous sommes déjà, ce 2084 dépeint par Alain Damasio m’a semblé atrocément, terriblement, viscéralement proche, possible, réaliste et surtout déjà présent pour une bonne part des concepts de gestion abordés dans le livre. Alors oui, j’ai peur. Vraiment. Ce livre, c’est une volution pour tout un chacun, il FAUT le lire, se l’approprier, apprendre, comprendre et réaliser à quel point tout cela est bel et bien en train de nous arriver. Et décider si oui ou non, on approuve ce système car il ne s’agit pas d’être révolutionnaire, simplement de garder conscience de ce que l’on est.
La Volte, c’est la Vie, le bouillonnement des idées, des petites et grandes folies, la volonté de créer du nouveau en permanence, c’est tellement loin de cette blogosphère qui ressasse et se branle sur sa vacuité aussi. Et pourtant, c’est aussi là qu’il y a des choses à faire. Je ne pense pas être capable de vous faire saisir tout cela, mais bordel, lisez ce livre et on discutera ensuite de notre petit monde, de notre petit Google, de notre petit Sarkozy, du marketing appliqué à la politique, de la gestion statistique et du fait qu’on puisse me dire que quand une personne se fait tailler par dix autres, c’est à elle de se remettre en question…
Prendre conscience. Se prendre une volution dans la gueule par ce volté qu’est Damasio, même s’il s’en défend, se déclarant comme déjà perdu car né trop tôt… Il pense à nous en écrivant tout cela et merde, ça cogne fort…
Alors lisez ce livre. Vite. Très vite.

10 Commentaires

  • Ping : Viinz
  • Bon ben, je crois qu’il y a une Fnac à côté de mon taf.

    (C’est un peu comme parler de vodka à un ancien alcoolique ça, non ?)

  • Geïst > Tu m’en diras des nouvelles… 🙂
    (et oui, c’est ça)

    Calou > Pareil, hâte d’avoir ton retour !

  • Bon ben pareil, Fnac à 10 minutes. J’imagine bien le troisième épisode de 1984 (le deuxième étant 99F).
    Par contre je suis assez convaincu que les sociétés ont toujours été comme ça: une immense majorité plate de suiveurs avec quelques gens par ci par là qui réfléchissent.
    Sauf que maintenant, avec la culture de masse (vote/pub/multuinationales), ben ça se voit 🙂

  • Non rien à voir avec une prétendue suite de 1984. C’est également ce que je pensais en lisant le résumé, mais le contenu est fondamentalement différent. On pourrait même dire après coup qu’il rend 1984 obsolète par la modernité du discours. Alors certes il reste encore quelques bastions isolés, comme la Corée du Nord, où le parallèle avec 1984 semble évident, mais l’actualité du propos est indéniable, notamment dans nos sociétés occidentales. Big Brother a changé de visage pour se farder de démocratie.

  • Ping : Viinz

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