Cher ami volcan…

Comment te dire… ? Premièrement, tu m’excuseras de ne pas t’appeler par ton prénom, il est tout simplement imprononçable, voire inintelligible. Mais bref, il se trouve que la semaine prochaine, jour pour jour, je devrais en théorie être à bord d’un assemblage improbable de tôles appelé communément « avion » pour aller rendre visite à l’un de tes cousins actifs, l’Etna, en Sicile. J’imagine que vous vous connaissez bien, que vous avez même surement du échanger quelques chopines de lave et sniffer quelques cendres le long d’une plaque tectonique, alors ma visite auprès de lui devrait forcément te ravir !

Tu l’auras compris, cher ami volcan, j’aimerais bien que tu descendes un peu en température dans les jours à venir histoire qu’Easyjet puisse faire décoller son coucou. Pour ce qui est du reste, libre à toi de faire comme tu l’entends (ce que tu fais très bien depuis quelques jours), je suis même tout à fait disposé à ce que tu me bloques en Sicile pendant quelques jours. Pas bégueule, le Vinz, pour ce qui est de rester un peu plus dans un endroit où l’on mange et l’on vit bien.

L’Etna (© Image Science and Analysis Laboratory, NASA-Johnson Space Center)

Enfin, tu noteras tout de même que tu as fait quelques dégâts dans les moteurs de F18 finlandais… voilà qui n’est pas très urbain, surtout que cela risque de faire peur à nos chers gouvernements ultra-sécuritaires. Comme me le disait hier ce cher ami Bôôh (qui n’est pas un volcan, quoique), avec bien évidemment beaucoup d’humour, de vulgarisation et surtout aucune vocation à me fournir une information d’ingénierie de qualité (bref prends ça avec des pincettes) :

Je n’ai pas trop suivi les explications dans les infos (de toute façon 95% bullshit comme d’hab) et mes connaissance en motorisation aéro remontent au DUT (putain 5 ans !). A mon avis le problème c’est l’abrasion. Les particules émises doivent être très abrasives, l’exposition à une forte concentration (et/ou pendant une longue durée, on essaie de faire en sorte que les flottes soient en l’air 60 à 70% du temps environ, parce qu’un avion au sol ça coûte très cher et ne rapporte rien) peut user prématurément les organes mécaniques des turboréacteurs/turbofans. Un réacteur c’est (en vulgarisant violemment) très simplement un ou une série de compresseurs (donc des hélices) en amont d’un injecteur de kérosène. Si tu abîmes les hélices, tu peux te trouver avec un air moins comprimé que la normale, ou une compression moins régulière. Un trou de carburation  sur une voiture ça va, elle reste sur ses roues, sur un bus volant ça craint plus. Surtout qu’un trou important ça coupe le réacteur, et ça ne redémarre pas d’un coup d’alternateur, ça prend un peu de temps, il faut avoir rejoint une zone d’air pur, et en attendant il y a moyen d’avoir abîmé les tuyères, les compresseurs, le fan, etc…. donc rendu difficile le redémarrage. Dans ce cas là il vaut mieux être sur un long courrier. A380, A340 et B747 sont des quadriréacteurs, et en théorie on peut les maintenir avec 3 des 4 en rideau.
Dans un premier temps la sécurité aérienne a  même du imaginer qu’une très forte concentration pouvait encrasser et enrayer les turboréacteurs, mais je ne pense pas que le blocage complet soit réellement possible. Déjà ce genre de jouet c’est capable d’avaler un poulet congelé (bon parfois ça explose, faudra que je remette la main sur les vidéos d’essais poulets d’airbus, c’est surprenant), ensuite c’est pas comme une voiture : pas de filtre entre arrivée d’air et moteur, donc pas d’encrassement du filtre.
Un avion c’est plutôt bien fermé. En dehors des réacteurs, il n’y a pas grand-chose d’exposé. Les capteurs (p.ex. les pitot incriminées dans le crash du Paris-Rio) ça prend des blocs de glace, du dégivrant (éthylène glycol, légèrement agressif…) sans broncher. Enfin s’il y avait des problèmes, ça pourrait se voir sur ces sondes plus vite que sur les moteurs je pense (avis de non-expert totalement mon-petit-doigt-m’a-diesque). Les parties mobiles (volets, cages de trains, etc.) bouffent du skydrol (liquide hydraulique ininflammable, extrêmement corrosif) toute la journée, c’est plus robuste que fin ce genre de trucs.
Après, si un zinc passe directement dans le flux de cendres (à mon avis moins de 5 bornes à la ronde), ça doit être chaud (air dilaté, donc moins de portance) et opaque (si tu passes près du volcan c’est que tu es à basse altitude, donc en phase de décollage ou atterrissage -ou détresse-, opérations plus aisées à faire à vue qu’uniquement aux instruments. C’est quand-même pour ça qu’on a été obligés d’articuler le nez et le pare-brise de Concorde, prouesse technique s’il en est).
Personnellement, je ne vais pas leur reprocher d’avoir tout mis en veille en attendant d’estimer les risques mais à mon avis ils vont rapidement déterminer des seuils d’exposition à ne pas dépasser qui comme par hasard seront inférieurs aux taux détectés sur les routes aériennes les plus exposées aux cendres… S’il y a réellement danger avec les concentrations qu’on trouve en ce moment dans les cieux européens, ta meilleure chance c’est le vent, au printemps les flux changent souvent et il suffit que ça s’oriente autre chose que sud-sud-est pour qu’on soit relativement tranquille en France et Europe-du-Sud.

Enfin, cher ami volcan, je voulais te dire que tu es très beau. Voilà, tu me rappelles ce fabuleux livre d’images « Des Volcans et des Hommes » de Philippe Bourseiller et Philippe Durieux paru chez La Martinière il y a quelques années. Alors je me délecte de ces images sur Boston Big Picture et j’aimerais être à tes côtés pour tenter de t’immortaliser ou à défaut j’aimerais assez pouvoir photographier ton cousin du sud qui a comme toi la chance de vivre sur une île.

(© REUTERS/Lucas Jackson)

Et je ne résiste pas non plus à te montrer cette vidéo de poulet congelé, je sais que tu apprécieras…

[youtube y2OS2pwrZTI]

Mais tout de même, rappelle-toi que je vais voir ton cousin la semaine prochaine, ne l’oublie pas…

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