Wyoming – quatre journées à Yellowstone National Park – partie 1

Après trois journées intenses passées à Grand Teton, il a malheureusement bien fallu quitter la zone. La bonne nouvelle par rapport à ce départ, au delà d’un début de matinée à laver des vêtements à la laverie de Victor et du fait de bénéficier par conséquent de vêtements propres pour la suite du séjour, c’est que c’était tout sauf la fin du voyage ! Direction Yellowstone pour les cinq jours à venir !

Cinq ? Mais le titre en indique quatre, quelle est donc cette diablerie ? Simplement et en vous divulgâchant tout de suite la fin : j’ai considéré que j’avais un peu fait le tour au bout de quatre journées intenses et complètes… et le temps annoncé pour la dernière journée était tout bonnement horrible. Autant donc prendre la poudre d’escampette pour un autre coin, que je vous laisse deviner.


Première journée – de Victor à Emigrant – via West Thumb et Mud Volcano

Mais bref ! Me voici donc sur la route de Yellowstone, sur la 89/191/287 qui traverse du sud vers le nord le parc de Grand Teton et atteint enfin le plus ancien, plus connu et plus visité de tous les parcs américains. On traverse pour ce faire une zone d’altitude transformée en zone protégée et nommée John D. Rockefeller Jr. Memorial Parkway. Un trait d’union entre les deux parcs, voulu par le grand donateur suscité.

Les paysages traversés forcent le respect, mais il faut un temps et une température n’invitant pas spécialement à l’arrêt photo. Je file donc tout droit à travers brumes, averses et nuages ; à plus de 2300 mètres d’altitude, vers le Visitor Center de Grant Village, tout au sud du parc de Yellowstone. Une fois de plus, je me répète : le temps passé dans ces centres d’accueil et de conseil est du temps ga-gné. De quoi prendre un maximum de conseils, d’échanger, de se faire orienter pour passer un séjour idéal sur place.

L’évidence s’impose pour cette première journée grisâtre : quelques balades feront bien l’affaire, car la journée est déjà bien avancée ! Cela commence juste à côté de Grant Village, sur le site géothermique de West Thumb, sur la rive… ouest (!) du gigantesque lac de Yellowstone. Il y a une drôle de foule à une centaine de mètres du parking. Les gens traversent n’importe comment, se garent n’importe où.

Pourquoi ? Parce qu’un wapiti mâle prend la pose à quelques dizaines de mètres de là, avec ses multiples cors de toute beauté, tandis que quelques femelles et jeunes de sa horde broutent non loin de là. Un avant-goût de Yellowstone, dès les premiers mètres !

N’espérez pas être seul et à l’abri de la bêtise humaine, elle est vraiment partout, avec des comportements délirants. De quoi péter un câble et se dire rapidement que le seul moyen de vraiment profiter du parc est de partir en zone “wilderness”. Impression confirmée tous les jours de cette découverte de Yellowstone…

Mais bref, West Thumb, c’est donc un fort joli site géothermique avec nombre de geysers, sources chaudes et autres marmites bouillonnantes aux noms évocateurs : Abyss Pool, Fishing Cone Geyser (on pouvait y cuire les poissons pêchés dans le lac, au bout de la ligne !) et ainsi de suite ; le tout sous le regard de quelques wapitis venus se réchauffer dans le coin. Nota : ne pas sortir du chemin pour les rejoindre…

Cette jolie balade terminée, je prends ensuite la route qui longe le lac. J’avais prévu d’aller faire un tour du côté de Fishing Bridge mais il y avait pas mal de travaux sur la route, fin de saison haute oblige. Pas de détour, donc et bifurcation plein nord le long de la Yellowstone River. Une rapide escale, sans même parler des départs de randonnées que l’on peut trouver dans le coin, au Mud Volcano et Sulphur Caldron s’impose, dans une ambiance grise de fin du monde !

La Dragon’s Mouth Spring bouillonne à foison, tandis que des odeurs bien marquées se dégagent de nombreuses mares plus ou moins bouillonnantes. Un régal, même par ce temps. En fait, il faisait tellement froid que les vagues de chaleur humide et pestilentielle étaient un soulagement… Amusant à plusieurs titres, c’était presque dommage de revenir dans la chaleur très standard de la voiture après ça.

Je file ensuite à travers la Hayden Valley (voir juste au-dessus), un bel espace de hautes plaines où gambadent normalement loups, bisons et autres hauts dignitaires de la faune locale. Personne à ce moment-là, pas même un bison lointain. A croire que tout le monde avait préféré se réchauffer auprès d’un geyser ! Cela valait également pour l’employé.e de Bear Aware au Canyon Village… impossible de louer un spray ce soir-là en vue des prochains jours.

Tant pis, cela sera pour le lendemain car oui, Yellowstone regorge d’ours noirs et de grizzlis, il ne faut pas plaisanter avec ça. En attendant, le soir arrivant vite et les courses restant à faire à Gardiner, direction Norris, puis Mammoth Hot Springs et sa horde de wapitis en pleine ville, avant de rejoindre Emigrant au Montana, là où j’ai donc séjourné pour ces 5 nuits !


Seconde journée – ascension du Mount Washburn, visite des Lower et Midway Geyser Basin et Old Faithful

Le matin se lève sur le Montana, à Emigrant. Pas un nuage. Le beau temps annoncé est au rendez-vous et cela ne saurait vraisemblablement guère durer alors il faut en profiter et se gorger de Yellowstone tant que cela est encore possible ! Je prends donc la route de l’entrée nord du parc où, soit dit en passant, je ne ferai jamais la queue pour entrer ou sortir. Allez, cinq minutes maximum. Après avoir remonté deux soirs de suite des bouchons monstrueux allant vers l’entrée ouest… je suis très heureux de mon choix !

Mais bref : je traverse Mammoth Hot Springs et décide de prendre le chemin le plus “long” vers Canyon Village où je dois toujours louer mon spray anti-ours ! La récupération se fait forcément là, tandis qu’on peut déposer le spray dans l’un des multiples points de collecte sur place. Le remboursement de la caution se faisant au bout de quelques jours. Pratique, efficace et garanti. Content du service.

L’instant conseil étant passé, place au déluge visuel avec la route de toute beauté serpentant entre les montagnes entre Mammoth et Tower-Roosevelt ! De nombreux arrêts sécurisés sont possibles au bord de la route afin d’admirer le paysage des Undine Falls, de Blacktail Pond ou encore de la superbe Tower Fall et des premiers contreforts du Grand Canyon de Yellowstone…

Oh. Et puis un bison aussi, au bord de la route. Qui passe à 10 cm du rétroviseur droit de la voiture alors que la vitre est ouverte et que je suis garé sur un des parkings aménagés sur le bord de route. Nor-mal. On ne parlera pas en revanche du bouchon généré par deux abrutis s’étant garés au milieu de la route pour observer / stresser un ours noir. Pas de photo du coup, mais quelques envies de meurtres.

Après un premier passage au Dunraven Pass, je descends donc à Canyon Village pour aussitôt remonter au col ! La route, d’un côté comme de l’autre, est splendide et offre des vues surplombantes sur toute la caldera de Yellowstone. Car oui, le parc se situe dans la zone d’effondrement d’un gigantesque volcan situé en altitude. Le paysage de Yellowstone n’est donc pas spécialement montagneux bien que situé en altitude… Il constitue en fait une sorte de grande cuvette avec moult creux et replis forgés par l’érosion, le tout observé à bonne distance par de belles chaînes montagneuses, dont Grand Teton.

Le “sommet” de cette caldera, c’est le Mount Washburn, au sommet duquel on arrive après avoir garé sa voiture au Dunraven Pass (ou plus bas, si le petit parking est plein). Arriver tôt est une bonne option… et avoir un spray également car le coin est réputé pour abriter pas mal de grizzlis. Je n’en verrai point, mais les paysages sont en revanche toujours au rendez-vous pendant la courte mais satisfaisante ascension avec ce grand canyon faisant comme une énorme balafre dans le vert de la forêt ! Et la neige avait par ailleurs eu la bonne idée de saupoudrer les alentours le jour précédent…

Vu qu’il est encore tôt et qu’il fait encore beau, je prends la route du sud-ouest du parc, après avoir bu un petit café au Canyon Village. Juste après avoir dépassé Madison, il ne faut pas oublier de prendre à droite sur la Firehole Canyon Drive. Il s’agit d’une petite route à sens unique, donnant sur de belles chutes d’eau et avec de jolis paysages ici et là.

On arrive ensuite à l’un des bassins géothermiques de la Firehole River (qui porte bien son nom) : Lower Geyser Basin, avec là-aussi une route à sens unique donnant sur de nombreuses merveilles naturelles, Firehole Lake Drive. Au menu, le Great Fountain Geyser (qui crache rarement mais sûrement, juste, pas quand j’étais là, il fallait attendre 5h sur place…), Firehole Lake, Pink Cone, White Dome, Surprise Pool, Black Warrior Lake, etc. Tout cela est tout de même diablement plus beau sous le soleil !

Juste en face, il y a donc le Lower Geyser Basin, avec sa “star”, le Fountain Paint Pot. On n’oubliera pas non plus le Clepsydra Geyser toujours actif, la Celestine Pool, le Jelly Geyser ou encore le Red Spouter ! Des noms toujours colorés et imaginatifs, qui vont bien avec ce lieu décidément fascinant. Cela a beau être en quelque sorte répétitif, difficile de s’en lasser tant les infinies nuances de couleur ne cessent de capturer les rétines, tandis que les arbres pétrifiés m’émeuvent par leur triste mort.

Il est ensuite temps d’aller rendre une visite à l’une des plus grandes stars de Yellowstone : le Grand Prismatic Spring, dans le Midway Geyser Basin. Il y a là la bouillonnante Firehole River bien sûr mais aussi de belles piscines, Turquoise et Opal Pool. Enfin, l’Excelsion Grand Geyser impressionne par sa taille surréaliste. Mais tout s’efface devant Grand Prismatic Spring, avec ses plus de 110 mètres de long et 36 de fond. La seconde plus grande source chaude au monde, aux couleurs irréelles, aux hordes de touristes aussi, dont on fait gaiment partie. Sauf que nous, on ne marche pas hors des passerelles, non. Respectez-vous, respectez les lieux, bordel (pour rester poli).

On pourrait se satisfaire de cette vue au ras du sol mais il faut en fait parcourir quelques kilomètres de plus en voiture pour rejoindre le parking suivant, celui des Fairy Falls. Il s’agit là d’une jolie petite randonnée conseillée sur Yellowstone, mais c’est aussi un point d’accès à une passerelle construite sur les hauteurs de la colline donnant sur Grand Prismatic Spring. Une courte marche et vous y voilà…

Il est l’heure de terminer la journée, alors que le soleil descend bien vite derrière les montagnes voisines. Vite, vite, vite, rejoindre Old Faithful ! Le fameux geyser, ponctuel au possible, est entre deux éruptions ou éructations. On attend là, religieusement presque, sur les planches ceinturant le géant. Il fait un peu frais, l’ambiance est agréable et il n’y à dire vrai plus grand monde à cette heure-là ; que je vous recommande, donc.

Soudain, l’air s’électrise, des bruissements… derrière moi. Pardon ? Je me retourne et découvre un bison qui passe nonchalamment au milieu de la foule, qui garde tant bien que mal ses distances, observant la queue du bison comme un marin scrute son baromètre. Elle ne se dresse pas mais frétille un peu, il faut s’éloigner et respecter l’autre géant, massif. Certains tentent leur chance en se mettant sur le chemin de l’animal pour prendre une photo. Cela ferait un beau Darwin award si l’animal n’était pas aussi patient.

Le spectacle est terminé, c’est comme s’il était passé pour nous faire patienter les dernières secondes car la terre bouillonne devant nous, la cuvette déborde par moments et enfin, le jet jaillit. Bon. C’est sympathique, mais quand tu es allé en Islande, c’est… sympathique. Suis-je blasé ? Peut-être un peu. C’est que toutes ces piscines, pots bouillonnants et autres menus geysers m’ont rassasié et celui-ci, aussi célèbre soit-il, n’est finalement que la petite cerise sur le gigantesque gâteau qu’est Yellowstone.

Je reprends la route du nord, dépassant à hauteur de Madison un beau bouchon tournant vers West Yellowstone tandis qu’une queue de plusieurs kilomètres (5 ou 6 de mémoire) s’étendait de l’autre côté, entre Madison et Norris. Il n’y a personne dans mon sens et je fais bientôt la route seul ou presque, jusqu’aux portes du parc. Un bison solitaire paît tranquillement. C’est ça, aussi, Yellowstone. C’est peut-être surtout ça, cette proximité immédiate avec des animaux légendaires, en grand nombre.


Les cartes de ces journées à Yellowstone :