Test – Canon EOS M5 + EF-M 11-22mm

A l’occasion de mon voyage en Écosse, il y a un an et demi, je m’étais questionné sur mon utilisation des reflex et de ma sensibilité au produit hybride. J’avais été plutôt convaincu par le Pen-F mais n’avais pas pour autant craqué, étant fidèle à Canon depuis des années.

Canon, justement, était un peu à la traîne sur le marché des hybrides, n’ayant pas vraiment pris le train au bon moment et peinant depuis à rattraper son retard. L’année 2017 a vu cet état de fait changer quelque peu puisque est apparu le Canon EOS M5.

Alors que mon 7D était mourant et que je m’interrogeais une nouvelle fois sur mon envie de changer de boîtier, voire de technologie, son arrivée tombait parfaitement et l’idée d’un essai fut validée avec Canon France pendant mes congés du mois d’août, en randonnée dans les Alpes.

Dans le kit d’essai venait donc le petit boîtier hybride mais aussi de quoi l’équiper avec l’EF-M 11-22mm f/4:5.6 IS et une bague d’adaptation EF-M / EF + EF-S. Avant de parler plus avant du boîtier et de son objectif dédié, je vais m’attarder sur ce que je pensais être une bonne idée mais qui s’est avéré en être une mauvaise ! Vous voyez, j’utilise mon 7D avec un 24-70 f/2.8 L et je comptais l’utiliser également sur le M5 via la bague d’adaptation, me dotant ainsi d’une plage 11-22+ 24-70…

Je n’ai opéré ainsi que deux fois, une petite heure à chaque fois, pour ne plus jamais le refaire. Le système fonctionne parfaitement, mon problème n’est pas du tout là. Le pilotage de l’autofocus ne pose aucun souci, tout comme le passage d’un objectif à l’autre. Le vrai souci reste l’encombrement et le poids d’une optique L sur une boîtier comme le M5. C’est tout à fait démesuré pour du shoot « normal » et on l’impression d’avoir un 600mm fixe sur un 5D MkIV.

Le Canon EOS M5 m’est apparu pendant tout mon essai comme un boîtier robuste. Une fois le 24-70 monté, j’avais tout simplement peur de tenir l’ensemble par le boîtier de peur de déformer la bague du boîtier ou l’une des bagues de l’adaptateur. Je me retrouvais donc à tenir l’ensemble par le 24-70 et non pas via le boîtier ou sa sangle.

En bref donc, je pense toujours que cette bague d’adaptation est une excellente idée mais il faut bien réfléchir à l’objectif que l’on accole et à l’utilisation qui va suivre. En balade / randonnée, les grosses séries L sont de mon point de vue à proscrire.

Passons maintenant au boîtier et à son aspect extérieur. La première impression en ce qui me concerne fut le sérieux et une certaine solidité, avec une filiation nette avec la gamme reflex pour ce qui du rendu général. La poignée recouverte d’un plastique rugueux, les molettes et commande et les différentes dénominations de touches sont autant d’indicateurs que le canoniste reconnaîtra et que le profane appréciera.

Du côté gauche, on retrouve le contacteur ON/OFF et la traditionnelle molette de sélection de modes, dotée d’un bouton de verrouillage toujours bienvenu et apprécié quand on est habitué comme moi à son absence agaçante sur le 7D ! On y retrouve les fonctions habituelles, de la plus automatique aux modes personnalisés comme sur les « grands » reflex. Pas de distinguo donc de ce point de vue et même combat aussi au centre avec le flash intégré et la griffe pour flash et accessoires Canon. Le Canon EOS M5 fait comme s’il n’était pas plus petit que les autres.

Côté droit, c’est un peu plus chargé mais là-encore très reconnaissable en terme d’ergonomie pour un habitué de la marque. On récupère le déclencheur à deux niveaux de pression ceinturé ici d’une molette de réglage crantée, pratique et du plus bel effet. La molette de réglage d’exposition se trouve en retrait, directement accessible au pouce et très agréable à actionner en terme de résistance à la rotation. Une deuxième molette peut se commander au pouce,  couronnée par un bouton DIAL FUNC que l’on peut paramétrer.

En dessous de l’appareil, on trouve une double trappe et le classique pas de vis pour les trépieds et consorts. La trappe abrite la carte mémoire SDXC (pas vraiment l’emplacement le plus pratique et logique…) et la batterie, qui offre une autonomie raisonnable tant qu’on n’oublie pas comme moi de couper le WiFi et le BlueTooth et qu’on règle bien la mise en veille de l’appareil. Je me suis fait avoir les premiers jours et me suis retrouvé sans batterie à plusieurs reprises dès la mi-journée. Frustrant.

Passons devant l’appareil pour retrouver l’objectif. Cet EF-M 11-22 est doté d’un petit bouton de verrouillage qui m’a perturbé au début, n’y étant pas habitué. J’ai finalement appris à l’apprécier, la chose permettant de bien verrouiller l’objectif et d’éviter qu’il ne passe son temps à bouger voire qu’il subisse des dégâts lors de chocs.

On retrouve de l’autre côté le bouton permettant d’activer ou de couper la fonction de retouche du point AF en cours de visée, accessible main droite ou gauche, selon ses préférences du fait de son positionnement assez bas. Je l’ai laissée désactivée pour ma part, mon nez ayant tendance à faire le boulot à la place de mes doigts…

Vous noterez sur la photo ci-dessus à droite la présence d’un beau choc sur l’objectif… il est de mon fait ! Je me suis fait surprendre par la lanière de l’appareil, très fine et ayant tendance à glisser sur l’épaule. C’est en réalité plus un tour de cou mais je détester porter mon appareil ainsi. Le problème avec la lanière d’origine du Canon EOS M5, c’est donc qu’elle est bien trop fine pour tenir correctement en mouvement sur l’épaule.

Bilan, l’appareil qui glisse, un rattrapage in-extremis pour lui éviter le ravin mais un beau choc… sans le capuchon d’objectif. J’ai eu de la chance dans mon malheur, la lentille n’a rien pris et j’ai pu voir pendant les six jours restant que l’objectif était robuste, n’ayant pas souffert de la chute.

Dernier point, au delà des connectiques présentes sur le côté gauche (micro, télécommande, miniHDMI) : l’écran et le dos de l’appareil. Le premier est orientable en vertical « uniquement », cela permet en tout cas de viser à la volée très facilement. C’est franchement un très bon point, d’autant plus que la visée est de bonne facture, avec une résolution convaincante et une réactivité au doigt au top.

Les boutons situés à sa droite sont facilement accessibles mais placés de manière assez compacte. Mes gros doigts ont eu du mal pendant toute la durée de l’essai à manipuler la roue crantée et à bien choisir tel ou tel bouton de sélection de collimateur ou de sélection MF/ISO/Flash/Poubelle en doublon de la molette. Ne parlons pas non plus du bouton Q, pas toujours évident à actionner. En clair, je me dis que Canon aurait pu rogner un peu sur les bords pour agrandir au maximum toutes ces commandes.

Il n’y a pas de problème d’emplacement, l’ergonomie étant tout à fait bonne pour moi et pour un habitué Canon qui plus est. Le problème est la taille, d’autant plus dommage que la poignée texturée offre une excellente prise et qu’on a envie de garder l’œil dans le viseur et d’utiliser le Canon EOS M5 comme un reflex plutôt que comme un appareil où l’on vise à l’écran.

Je me suis aussi parfois retrouvé à lancer l’enregistrement d’une vidéo alors que je souhaitais appuyer sur le bouton INFO ou pensais seulement poser mon doigt juste au dessus de la molette, à un mi-chemin photographique et logique pour moi entre les boutons de collimateur/exposition et la molette. Tant pis, mais si je me suis globalement bien habitué à tout ça en dix jours, je n’étais pas encore tout à fait à l’aise.

Le dernier point, c’est justement le viseur électronique, dont l’écran est d’excellente facture. Il est aussi pensé bien différemment de celui du Pen-F et je suis bien en peine de choisir celui que je préfère. La réactivité du Canon m’a paru en deçà mais pas sa qualité de résolution et sa luminosité. Plus ennuyeux en revanche, le capteur de présence situé à sa droite est trop peu sensible et se déclenche quand on lâche l’appareil.

Exemple, vous prenez votre appareil pour prendre une photo au viseur. Vous la visualisez et vous relâchez l’appareil en bandoulière, pensant que l’appareil va se mettre en veille rapidement, en quelques secondes. Problème, les allers et retours en balancier que va faire l’appareil en s’approchant et en s’éloignant de votre hanche ou ventre vont en permanence activer le viseur / le désactiver, retardant d’autant la mise en veille de l’appareil.

Autrement dit, pour éviter tout problème de batterie et en sus de couper les fonctions sans fil la plupart du temps, j’avais tendance aussi à mettre l’appareil sur ON/OFF à chaque fois que je souhaitais prendre une photo ou le reposer à mon flanc. Pas idéal pour la réactivité même si l’appareil démarre en un peu moins d’une seconde mais il vous faudra en revanche le prendre à deux mains.

Je chipote beaucoup, j’en ai bien conscience ! Ce sont en réalité de petits détails d’utilisation mais si certains sont personnels, comme par exemple la taille des boutons au dos de l’appareil, d’autres comme ce fonctionnement du viseur sont à mon sens problématiques. Au global toutefois, l’ergonomie d’appareil est sans reproche, tout comme sa robustesse et sa qualité de fabrication et d’assemblage.

J’avais peur de me retrouver avec un appareil un rien fragile mais Canon a livré avec son EOS M5 un bel objet, classique dans la réalisation puisque faisant l’impasse sur le retro que tout le monde adore mais fabriqué avec beaucoup de sérieux pour mériter son prix. En clair : le Canon EOS M5 souffre encore de quelques petits défauts mais reste une machine tout à fait aboutie.

En fait, ce petit boîtier hybride est le meilleur jamais produit par la marque et comblant bien son retard en embarquant le WiFi, le BlueTooth, le capteur APS-C 24.2 Mpx du 80D avec AF Dual Pixel et tant d’autres. Plus encore, il m’apparaît comme étant plus un reflex de milieu de gamme qu’on aurait miniaturisé en faisant un minimum de compromis et de sacrifices.

Chapeau donc, il y a de quoi être convaincu en première approche. Pour ma part, le point bloquant restera l’absence de tropicalisation et ne pourra donc en faire mon boîtier principal ! En revanche, en boîtier secondaire, c’est un grand « oui ».

Du côté des menus, c’est du connu, du Canon en somme. Les réglages rapides sont faciles à paramétrer soit directement sur les bords de l’écran, soit via la touche Q. Il y a aussi une belle dose de conseils qui s’affichent, rappelant le pourquoi de telle ou telle fonction.

Les différents modes AF sont également sélectionnables et on retrouve ensuite, en creusant dans le menu classique les réglages habituels des reflex Canon, disposés de la même manière. En somme, l’ergonomie souffre des excellentes qualités de ce à quoi je suis habitué chez Canon ! D’autres critiqueront, pour ma part je suis en terrain connu et apprécié.

Au delà des considérations de réglage, d’ergonomie et de praticité sur lesquelles je me suis déjà assez largement étendu, il faut parler de qualité d’image. De ce point de vue et dans les conditions de mon essai, je n’ai pas pu tout tester ! La photo de rue, la photo de nuit ou en faible luminosité n’ont pas eu de chance, je les ai ignorées au profit d’un essai 100% balade, randonnée et paysages. C’était le but, de toute façon : voir si le Canon EOS M5 pouvait remplacer mon 7D.

Voici donc une sélection de photos dans les Alpes, toutes shootées avec le Canon EOS M5 ! Bilan : je suis pleinement satisfait du rendu colorimétrique de l’appareil et de son capteur, clairement typés Canon. Si lors de mon essai du Pen-F, je ne m’étais pas toujours senti en confiance au point de ne pas faire un double shooting Pen-F / 7D, j’ai ici complètement abandonné ce dernier pour ne plus utiliser sur le M5. C’est je pense une bonne preuve de ma relative adoption de la bestiole.

En guise de conclusion, il est évident que le Canon EOS M5 comble une belle partie du retard de la marque sur le marché des hybrides à capteur APS-C, se rapprochant des cadors que sont Fujifilm ou Sony, présents depuis bien plus longtemps sur le marché. Il a par ailleurs une splendide carte dans sa poche avec sa compatibilité avec la gamme d’objectifs EF et EF-S, compensant un peu la faiblesse encore réelle de sa gamme EF-M.

Il n’en reste pas moins que pour l’acheteur encore vierge de toute dépendance ou affection à tel ou tel constructeur, l’EOS M5 ne pourra pas être le premier choix d’un point de vue performances ou technologie pure. Les autres font mieux, il ne faut pas chercher à le nier.

Reste l’argument, valide, que le Canon EOS M5 pourrait bien constituer pour beaucoup un premier pas dans un écosystème qui a fait plus que ses preuves depuis plusieurs décennies et pour d’autres un excellent second boîtier, léger et compatible avec leur investissement en parc optique.

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