Essai – Audi SQ5

L’Audi SQ5, ce drôle de SUV sportif diesel, je l’avais essayé lors d’un aller et retour au Mans, le temps d’une prise en main de quelques dizaines de kilomètres. Je m’étais alors surpris à l’apprécier un peu, à avoir envie d’y jeter un œil un peu plus complet. Les multiples mois ont passé et l’occasion s’est finalement présentée de l’essayer, le temps d’une balade de 500 km ; de quoi faire plus ample connaissance en somme, alors que le modèle a été restylé et s’approche tranquillement de sa fin de vie.

Il paraît que la marque en vend comme des petits pains, annonçant des délais en revanche quasiment rédhibitoires qui le pénalisent par rapport aux concurrents. Car oui, il y a des concurrents, même s’ils sont discrets, comme le BMW X3 35d xDrive. La fiche technique et l’allure du SQ5 sont quoiqu’il en soit sans équivoque. V6 diesel biturbo, ou BiTDi comme on dit chez les anneaux, 313 poneys et quelques 650 Nm pour ce qui est du couple. La silhouette du Q5 a donc été sculptée en conséquence pour adopter le moulin et le badge S. Calandre singleframe élargie au jonc d’aluminium, regard revu à la mi-vie, entrées d’air en nid d’abeille massives intégrant les anti-brouillards, rétroviseurs alu et grandes roues abritant des disques ventilés pincés par des étriers fixes frappés du SQ5. Même combat à l’arrière avec une quadruple sortie d’échappement comme on en a l’habitude avec les « S » de Audi, un diffuseur plus marqué et de manière générale, une ligne abaissée et des hanches et jupes élargies. L’allure est plus dynamique et sportive que le Q5, indubitablement ! Cela reste un Q5 pour la base et c’est donc bien massif néanmoins… On ne peut pas faire de miracles avec une armoire normande mais cela reste une armoire normande qui a sacrément de l’allure.

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Passons à l’intérieur où au même titre que la récente S1, l’Audi SQ5 souffre un peu de son âge par rapport aux dernières créations de la marque (par exemple le TT) ou des concurrents. Les matériaux sont encore et toujours d’excellente qualité et parfaitement assemblés mais c’est l’interface homme/machine et tout le système infotainment qui prend un coup de vieux, comme c’est souvent le cas dans toute la production automobile. Le volant, les portières et leurs commandes, la console centrale, tout respire la bonne ergonomie et la bonne qualité mais le bouton de commande central n’est pas doté de la reconnaissance tactile des dernières versions et la résolution de l’écran inséré dans la planche de bord n’est pas des meilleures. C’est « normal ». L’Audi SQ5 a déjà un certain âge et il est évident que le gap technologique des trois dernières années en terme de systèmes embarqués ne lui fait pas du bien. Sur une voiture à 60k€, ça pique forcément un peu.

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Tous ces grognements de ma part, je le répète, ne remettent en revanche pas en cause l’ergonomie, que je trouve quasiment parfaite. Les boutons du volant ont des fonctions que l’on comprend de manière très instinctive et la redondance écran des compteurs / écran du tableau de bord permet de ne jamais vraiment lâcher la route des yeux tout en ayant accès à l’ensemble des fonctions de la voiture : média, téléphone, informations diverses et variées, sans oublier la navigation. Alors oui, le SQ5 vieillit mais il vieillit bien et si l’on oublie le fichu câble propriétaire et l’absence d’USB standard, c’est une voiture parfaitement dotée et complète en terme de vie à bord. Rien à redire ou presque.

Bon, et la conduite, sinon ? L’Audi SQ5 se dote bien évidemment d’un sélecteur de modes de conduite, disponible sur la console centrale et venant jouer sur les cartographies de direction assistée, la suspension pilotée, les lois de passage de boîte ou encore celles du moteur. En mode « normal », la boîte 8 à double embrayage sait se faire oublier et la tentation d’utiliser les palettes est proprement inexistante. La direction est douce, presque trop d’ailleurs et l’Audi SQ5 se fait tapis volant grâce à une suspension parfaitement dosée, à la fois suffisamment ferme pour limiter les mouvements de caisse et absorbante pour gommer les défauts de la route. Les kilomètres s’enchaînent à bon rythme, sans fatigue, le conducteur et le passager bien posés dans des sièges enveloppants et servis par un volant au méplat sympathique. Voiture à faire des kilomètres ? Assurément. Le contraire aurait été décevant de la part d’un Q5, tout S qu’il soit ! Reste la consommation, un rien élevée avec un 9.7 L/100 de moyenne, mais il faut bien déplacer les 2 tonnes de l’engin.

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Alors oui, on roule, on déroule, tranquillement. Le moteur souffle une sonorité de V6 essence, voire de V8, un brin rauque et atténué ce qu’il faut. Essence ? Oui, tout cela est bien artificiel et sort des hauts-parleurs intérieurs et extérieurs de la voiture. Gênant ? Pas du tout ! Cela apporte une sonorité finalement sympathique à la voiture et le seul moment où rien ne va, c’est à l’allumage du moteur à froid ou au start&stop. La vraie nature du V6 TDI se dévoile alors, avec vibrations et bruit de casserole dans l’habitacle et en dehors. Une fois à température et le S&S désactivé, on se surprend à se laisser bercer par le ronron des HP, jouant sur le couple dantesque et le velouté du moteur pour survoler la circulation des gens normaux. C’est finalement là l’exploit de ce SQ5 : une tonne d’agrément.

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L’autre tonne est censée être dans le S de SQ5 mais elle s’ajoute à la première. Emmener deux tonnes à gros rythme est un exercice complexe et je ne me suis jamais senti vraiment à l’aise dans le sinueux avec cette voiture. Certes, la météo n’était pas vraiment idéale lors de mon essai pour avoir un gros grip sur le train avant mais même en chargeant ce dernier au maximum, j’ai eu tendance à pas mal sous virer, les pneus atteignant vite leurs limites. La voiture pèse lourd, est pataude sur ses changements d’appuis et malgré le bon travail des suspensions, on est loin du dynamisme d’un X6 50i par exemple. C’est efficace mais ça a ses limites et si toute la chaîne de traction quattro fonctionne à merveille, la masse suspendue du bouzin bloque ses aspirations sportives et les laisse bien en deçà de ce à quoi la marque m’a habitué.

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Déception ? Oui. L’Audi SQ5 mérite son S mais n’en est pas totalement digne non plus. Son dynamisme est réel, son efficacité aussi et son comportement demeure très sain. Toutefois, il souffre de son poids et d’une définition de trains roulants peut-être pas assez extrême pour le compenser et rééquilibrer le compromis agrément / performance. L’Audi SQ5 a placé le curseur plutôt du côté de l’utilisation au quotidien et la polyvalence, deux domaines dans lesquels il excelle, bien servi par un V6 onctueux. L’utilisateur de ce quotidien sera tout à fait à même de déposer en ligne droite un grand nombre de véhicule mais il devra garder en tête la masse de son véhicule avant de s’engager dans les virolos s’il ne veut pas devenir tout blanc et se mettre à sévèrement transpirer d’inquiétude quant à l’intégrité de son véhicule. Dommage, car le postulat de base, en rupture par rapport au reste de la gamme et en avance sur la concurrence, était intéressant. Un SUV. Sportif. Diesel. Autant de concepts plutôt éloignés les uns des autres et qui pourtant, servis par des hauts parleurs, étaient mêlés par Audi dans cette voiture singulière. Une part de succès. Une part de déception. Gageons que la prochaine génération existera bel et bien et viendra surtout corriger ce léger manque de sportivité. Pour le moment, je me contenterai de dire que le SQ5 est « dynamique », ce qui est excellent en soi mais ne mérite pas vraiment un « S » dans le patronyme.

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