Girard-Perregaux et son atelier – exposition chez Christie’s

La haute horlogerie est un domaine qui m’a toujours fasciné parce qu’aux côtés de la très belle maroquinerie, des briquets, stylos ou autres petits objets, elle représente une quête de la perfection, du délicat et de la grâce qui me touchent. Ces objets ne répondent pas aux standards actuels qui sont ceux de l’obsolescence programmée, ils se transmettent de génération en génération, représentent un legs familial, ont une âme dont la flamme brille de plus en plus avec les ans et la patine.

Vous me direz, que vient donc faire cet article sur Girard-Perregaux, grand nom de l’horlogerie depuis 1791, dans la rubrique « Technophilie », emplie quant à elle d’objets obsolescents ? Paradoxe en effet, mais l’horlogerie est aussi un domaine de haute technologie et technicité, facette qui me fascine tout autant que l’objet fini. J’ai donc parfaitement trouvé mon compte dans l’exposition itinérante de la marque, installée chez Christie’s pendant seulement quelques jours et retraçant la riche histoire de ses mouvements mais aussi des époques dont ils compté les secondes, les heures, les mois.

Trop court, trop court, GP aurait du prolonger cette remarquable exposition gratuite une ou deux semaines de plus, déjà pour me laisser le temps d’écrire (très mauvaise excuse) mais aussi parce qu’elle le méritait vraiment (vraie excuse). Le parcours commence par l’époque napoléonienne, l’évolution des montres et mouvements étant mise en parallèle avec celle d’un objet à la fois basique et indispensable : la chaise. Ambiance musicale, mise en avant de certains choix techniques et quelques modèles exposés ici et là afin d’obtenir un agréable équilibre entre un cadre historique qui pourrait s’avérer rébarbatif seul et une simple exposition de montres, là aussi sans grand intérêt.

Les époques s’enchaînent ainsi avant de s’orienter dans une autre salle vers les montres modernes et quelques-unes des thématiques qui ont compté et influencé l’horlogerie : le parcours du monde et la délicate gestion des horaires sur le globe et en mer, ou encore l’avènement de la montre comme un objet social et esthétique avec toutes les excentricités qui en découlent.

Girard-Perregaux avait aussi pensé à mettre en place de quoi toucher au rêve pour celles et ceux qui ont toujours écarquillé les yeux en voyant tel ou tel reportage sur un atelier d’horlogerie : un atelier à deux pas de l’exposition, accessible gratuitement sur réservation (vous vous doutez bien que toutes les places se sont écoulées à la vitesse de l’éclair !).

Assis très bas, les coudes posés sur les bords de la table, le menton posé délicatement sur un poing fermé avec trois petits doigts gantés, charge à nous d’écouter les conseils et la marche à suivre pour démonter le mouvement posé devant nos yeux et n’attendant plus que nos mains tremblantes. Petit monoculaire grossissant coincé au coin de l’œil si nécessaire, on sort un tournevis, une petite pince en bronze ou encore cette drôle de pointe en plexiglas… et on dévisse, doucement, en retenant sa respiration quand les doigts se font hésitants. Il s’agit de ne pas riper et de ne pas rayer les pièces d’orfèvrerie placées à quelques centimètres de nos pupilles.

Quelques minutes plus tard, le mécanisme est désarmé, la machine est démontée. Le pont, l’ancre, les trois roues dentées sont mis à part avec leurs vis, morceaux esseulés. C’est l’occasion pour moi de les observer de près, d’admirer les merveilles d’ingénierie et de qualité de fabrication qu’ils sont. Quand je vous disais que c’est à la fois un rêve de gosse amoureux des beaux objets et un fantasme d’ingénieur…

Le temps de me remettre de mes émotions, il faut tout remonter, tester au fur et à mesure les mécanismes et leur bon positionnement dans les rubis synthétiques leur permettant de bouger… le tout sans forcer à moins de vouloir briser certaines pièces. Bouffée de stress, respiration à calmer et mains à stabiliser au moment du dernier tour de vis et de la vérification du bon déplacement de l’ancre. Mission accomplie. Il fonctionne. Il bat tel un cœur. Tic, tac. L’or, le rubis et leurs amis les matériaux nobles s’agencent, se touchent, échangent leurs forces pour marquer le temps qui passe tandis que le regard se perd dans le doux mais rapide mouvement des rouages. Merci Girard-Perregaux pour ce doux moment de contemplation béate.

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