Serpentine – Mélanie Fazi

« Serpentine »… comme une promesse d’exotisme et de fantastique… puisqu’il s’agit là d’une nouvelle et un recueil ayant reçu le Grand Prix de l’Imaginaire il y a déjà 6 ans. Je suis en retard ! Mais je ne regrette pas d’être enfin tombé sur ce recueil de nouvelles d’une jeune auteure, Mélanie Fazi, traductrice à ses heures, qui s’est lancée dans l’écriture de courtes nouvelles fantastiques avec un talent indéniable dès son plus jeune âge.

Une boutique de tatouage où l’on emploie des encres un peu spéciales. Une aire d’autoroute qui devient un refuge à la nuit tombée. Une ligne de métro où l’on fait d’étranges rencontres. Un restaurant grec dont la patronne se nomme Circé. Une maison italienne où deux enfants croisent un esprit familier…
Tels sont les décors du quotidien où prennent racine ces dix histoires. Dix étapes, et autant de façades rassurantes au premier abord… mais qui s’ouvrent bientôt sur des zones troubles. Car les lieux les plus familiers dissimulent souvent des failles, écho de ces fêlures que l’on porte en soi. Il suffit de si peu, parfois, pour que tout bascule…

10 nouvelles, 10 plongées en eaux fantasques, dérangeantes, troublantes et surtout noires. Chacune de ces nouvelles démarre calmement, doucement, nous plantant un décor où rien ne semble clocher jusqu’à ce que le ton se fasse plus intimiste, que l’écriture migre peu à peu vers l’étrange, vers la confidence et le caractère fantastique du récit prend alors son essor.

J’avoue ne pas sortir indemne de cette lecture qui m’a touché avec autant de force que « Mes Copsa Mica » de Dan Simmons. Mélanie Fazi a un don assez marqué pour nous immerger en quelques pages dans ses univers, dans les névroses et frayeurs qui doivent l’obséder peut-être, ces flammes de phénix, ces âmes perdues du métro, les esprits d’une maison familiale ou encore sa mémoire des herbes aromatiques, fabuleuse. On imagine souvent le fantastique avec un certain folklore même si l’univers peut aussi être glauque. Il n’y a ni l’un ni l’autre ici, simplement un subtil équilibre entre le glauque et l’émerveillement que l’on ressent en découvrant une brèche dans la réalité et on oscille ainsi, les tripes nouées, les mots et le style employés s’attachant parfaitement à entretenir cette sensation de malaise qui prédomine. L’écriture est fluide, dynamique et parfois se hache, nous brutalise un peu pour mieux nous faire ressentir les sensations ressenties.

Je ne veux pas vous détailler les différentes pièces qui composent ce recueil que j’estime brillant voire magique, ce serait gâcher un plaisir de lecture et d’immersion dans l’univers fantastique, torturé et brillant de l’auteur. Je vous invite donc simplement à plonger, comme moi, dans ces courts textes qui permettent une nouvelle fois de montrer que l’exercice de la nouvelle, quand il est bien maîtrisé, dépasse en intensité et en saveur nombre de romans.

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