Roi du matin, reine du jour – Ian McDonald

Un peu comme Christopher Priest, je ne connaissais pas Ian McDonald avant que Denoël ne m’envoie son Fleuve des Dieux et que je tombe sévèrement sur mon postérieur. Aussi, quand l’opportunité de découvrir un peu plus avant l’œuvre de cet auteur, je n’ai pas hésité bien que l’on m’ait clairement signalé que ce « Roi du matin, Reine du jour » n’avait strictement rien à voir avec l’œuvre sus-citée.

Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d’autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu’i imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d’on ne sait où.

Ah oui quand même, rien à voir. Si l’on excepte le fait qu’au lieu de toucher à la mythologie et au panthéon de l’Inde, c’est cette fois-ci l’Irlande, le pays d’Ian McDonald qui y vit depuis ses 5 ans qui est mis en lumière. Et quelle lumière.

Trois énormes chapitres, chacun dédié à une des trois femmes nommées sur la quatrième de couverture. Trois chapitres liés, connectés, aux personnages récurrents et à la symbolique de plus en plus moderne tout en restant profondément ancrée dans les mythes irlandais et ses personnages légendaires.

Ian McDonald déroule ici le destin extraordinaire de ces quelques représentantes d’une longue lignée de femmes capables de donner vie aux mythes, de les entretenir, de les construire ou de les détruire. Les phages sont légion, le Mygmus, ce pays du mythe, tient à son existence pourtant bien proche du néant car fruit des rêves, des colères, des bonheurs et des fantasmes de tout un pays.

Si le chapitre est un peu longuet, son caractère oppressant nous tient en haleine de bout en bout et même si certains fils d’intrigue semblent se délier, nous sommes encore bien loin de nous douter de la trame qu’a tissé l’auteur, fidèle à son Fleuve des Dieux en terme de complexité et d’interconnexions. Le second chapitre, plus court, plus dynamique et intense à la fois, est source de rires, de questionnements, de réponses aussi mais encore parcellaires et frustrantes tant on touche la vérité. Il faut attendre les révélations du troisième chapitre et son univers moderne (1991 te voilà) pour enfin prendre l’entière mesure de l’univers qu’a tissé l’auteur autour de l’Irlande, de sa retranscription du pays (qui donne d’autant plus envie de s’y rendre) et enfin des mythes qui font partie intégrante d’elle.

Voici un livre pas toujours évident à lire, pas forcément facile à appréhender quand on se plonge dedans à 7h du matin au fin fond d’un métro mais qui nous amène en tout cas à reconsidérer ce qui nous entoure, quand bien même on ne vit pas en Irlande. Bref, s’il n’atteint pas l’excellence et la maîtrise du Fleuve des Dieux, ce roman, l’un des premiers de l’auteur, est à lire et à garder dans un coin de sa bibliothèque pour son écriture et son univers fortement dépaysant. Prochaines lectures : Desolation Road et État de rêve, dénichés comme celui-ci dans les stocks du Salon du Livre !

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