Notre-dame-aux-écailles – Mélanie Fazi

Après la lecture d’Arlis des Forains qui m’avait un peu laissé sur ma faim, j’avoue que j’avais un peu peur d’attaquer ce recueil de nouvelles de Mélanie Fazi, peur de ne pas accrocher, peur de ne pas retrouver l’énergie de Serpentine qui m’avait fait découvrir une plume remarquable.

Suite à un commentaire sur le billet d’Arlis, je me le suis pris et je l’ai dévoré dans la foulée et c’est avec un grand soulagement que je vous annonce que je suis réconcilié avec Mélanie Fazi (dont je lis d’ailleurs de très bonnes traductions dans « Petite cuisine du diable » de Poppy Z. Brite) !

Ce recueil reprend certains codes de Serpentine et nous fait voyager, nous fait rêver, nous fait un peu parfois mais dans tous les cas il nous enchante. On commence par une vision de Venise tout à fait délicieuse car subversive et à contre-courant des visions que l’on en a en tant que touriste traditionnel. La ville prend ici un visage sombre, sale, glauque et oppressant. Comme toutes les villes ayant une histoire et on se prend à imaginer Paris avec ce même regard. Je n’ai pas encore visité Venise. Je sais désormais que ma découverte future sera marquée par cette lecture, au même titre que Calcutta restera marquée par Dan Simmons et son Chant de Kali.

« En Forme de Dragon » est quant à elle une ode au génie créatif des dessinateurs et à la puissance contenue dans un dessin parfait, qui s’anime, qui gagne une âme et vient ronger celle de son auteur mais aussi celle des dessins environnants. Magie ? Un peu. Une réflexion amusante sur l’influence de la musique sur la création artistique et sur les liens qui existent entre les oeuvres.

« Langage de la peau » est une vision très particulière d’un mythe de nos sociétés. Je vous laisse la découvrir pour ne pas gâcher le plaisir mais j’ai ressenti toutes les émotions, tous les parfums que Mélanie Fazi décrit, ces pulsions qui parfois nous laissent pantelants et nous font partir à la recherche de l’autre. Nouvelle excitante et enivrante.

On continue avec « Le train de nuit » qui parle de nos tentatives d’abandon de la vie, de mise en pause, autant de choses qu’on aimerait mettre en oeuvre parfois et qui sont rendues possibles par ce train. « Les cinq soirs du lion » est une splendide nouvelle sur la naissance de la magie chez une jeune femme, sur son origine, sa puissance et la manière de l’activer. Où comment les choses sombres qui sommeillent en nous, cachées, oubliées, masquées, peuvent être au final notre plus grande puissance. « La danse au bord du fleuve » est elle aussi délicate, sensuelle, mystérieuse. Puissance de l’onde, personnification du fleuve, sensualité, autant d’éléments dont on s’abreuve pour en ressortir un peu différents et nettement plus contemplatifs de ce qui nous entoure.

Et puis « la villa Rosalie », une drôle de maison hantée. Ensuite « le noeud cajun », paranoïa, folie, plongée dans les profondeurs de l’âme humaine et de sa capacité à voir le mal même chez l’être aimé. « Notre-dame-aux-écailles » enfin, poétique et onirique sur fond de cancer, de maladie qui nous ronge et dont on souhaite se débarrasser, se soulager.

« Mardi-gras » nous plonge dans la Nouvelle-Orléans post-Katrina. Un drôle de carnaval, une histoire de maisons marquées, de perles et de morts qui se mêlent aux vivants pour leur apprendre l’autre visage de la ville. Difficile de ne pas faire le lien avec Poppy Z. Brite en lisant cette nouvelle mais dans le bon sens du terme. Peut-être la plus belle nouvelle du recueil en ce qui me concerne, pour l’ambiance, pour la description de la ville. Recueil qui s’achève sur « les noces d’écume » et les « fantômes d’épingles », deux nouvelles qui m’ont laissé pantois, notamment la dernière, tellement juste, tellement réelle et à laquelle je me suis identifié.

En claire, Notre-dame-aux-écailles est un recueil d’une qualité égale, varié, juste, envoûtant. J’ai retrouvé l’énergie de Serpentine, la plume de Mélanie Fazi qui vole de phrases en phrases et nous emmène ailleurs en quelques lignes seulement, construisant des univers en une dizaine de pages, nous y emmenant avec bonheur.

Un régal à lire absolument.

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