Mémoria – Laurent Genefort

Il y a un certain jeune homme qui m’a toujours beaucoup parlé de Laurent Genefort, me vantant son talent et la qualité de son œuvre majeure : Omale. Aussi, et en attendant tranquillement que ladite œuvre soit rééditée chez Denoël Lunes d’Encre, je me suis jeté sur Mémoria.

Il travaille pour le compte des multimondiales qui se partagent l’univers. Il erre de planète en planète au gré de ses contrats. Il est le tueur à gages le plus redouté des mondes humains. Le plus cher, aussi. Nul ne sait qui il est véritablement. Pas même lui. Tel est le prix de son immortalité, qu’il doit à un artefact extraterrestre unique et qui ne le quitte jamais. Tout comme les « crises de souvenirs » qui le terrassent de plus en plus souvent. Des souvenirs dont il ne sait même pas s’ils sont les siens. Des crises qui masquent une terreur secrète, tapie au fond de lui sous la forme d’un cauchemar qui, inexorablement, se rapproche et menace de l’engloutir. Le compte à rebours est engagé…

Laurent Genefort m’a bluffé, m’a retourné la tête, m’a vraiment fait plaisir avec ce roman. Le contexte « space-opera » est tout d’abord parfaitement maîtrisé avec tout d’abord ces d’artefacts extraterrestres assurant les transits de porte à porte, des sauts d’années-lumières dont il faut remercier une vieille civilisation, potentiellement disparue. Les voyages n’étant pas chose aisée et accessible financièrement pour autant, les planètes développent chacune leurs spécificités avec toujours dans leur entourage une de ces multimondiales, parangons futurs de nos multinationales, plus puissantes que des mondes ou de nos jours, que des pays. Si l’on rajoute à cela une belle dose de technologie, ne serait-ce tout simplement que la mallette Mémoria et ses capsules de souvenirs, on a un dosage parfait et tout à fait cohérent et satisfaisant pour le lecteur.

L’intérêt du roman ne réside pour autant pas dans ce parcours de mondes, dans les différentes missions que doit accomplir notre tueur à gages, il se trouve dans l’étude de sa personnalité et de celles de ses hôtes. Car oui, ce qui compte vraiment dans ce roman, c’est la psyché humaine, c’est la puissance des souvenirs, la construction de la personnalité et les différents points majeurs qui nous définissent. Le tueur ne sait pas qui il est, il a changé d’hôtes tellement souvent, s’est abreuvé de leurs souvenirs afin de s’approcher de ses cibles, s’est injecté quelques souvenirs particulièrement agréables qu’il garde dans des petites capsules. Ces souvenirs sont-ils les siens ? Comment peut-il se définir lui-même alors que ses propres souvenirs, il n’arrive même pas à les identifier parmi tous ses cauchemars, ses capsules, ses remontées de souvenirs vieux comme le monde ?

C’est cette réflexion que mène l’auteur tout au long des situations plus ou moins surprenantes, nous plongeant dans les trous obscurs de la conscience du tueur, nous dirigeant peu à peu vers un dénouement que je n’avais tout simplement pas vu venir. Vraiment brillant et donc à lire !

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