Corse – ascension du Monte Sant’Angelu et roadtrip en Castagniccia

Cette journée est ma dernière dans le “nord” de l’île, la fin de la première semaine que j’étais censé passer en majeure partie dans le massif alpin central… Vous aurez compris à la lecture des articles précédents que mes plans ont été quelque peu chamboulés par une météo atroce ayant complètement éliminé la possibilité d’arpenter la haute montagne corse et l’ascension de ses plus hauts sommets !

Qu’importe, malgré quelques moments de baisse de moral ou de ronchonnerie prononcée, j’aurai finalement fait contre mauvaise fortune bon coeur. Cela fait plus de dix ans que je voyage “beaucoup” et pour ainsi dire jamais la météo ne s’était à ce point montrée mauvaise. Beaucoup de chance à chaque fois, alors je ne vais pas me plaindre car il y avait malgré tout matière à apprécier le séjour.

La dernière journée en est d’ailleurs le parfait exemple avec une nouvelle fois une météo remarquable annoncée en Castagniccia. Je dois être le soir-même à Sartène, ce qui fait une sacrée trotte mais n’est pas incompatible avec une rapide randonnée et l’exploration itérative des plus jolis coins de la Castagniccia. C’est parti pour un programme royal pour une belle journée d’au-revoir à la Haute-Corse.

Je me retrouve à Silvareccio, en plein coeur de la Castagniccia, pour démarrer ma randonnée vers l’autre sommet panoramique de la région, situé pile à mi-chemin entre mer et montagne. Le Monte San Petrone trône un peu plus loin dans les terres, splendide comme hier.

Le sentier traverse d’abord un gros bosquet de noisetiers sauvages qui fera mon bonheur au retour, avant de grimper rapidement vers un col, à travers bois, fougères, ronces et gros bazar. Pas le sentier le mieux balisé du monde, mais la trace GPS sur la montre compense et on ne peut pas vraiment rater la calotte du Monte Sant’Angelu.

Après ce rapide passage à découvert, on reprend le chemin de la forêt, cette fois-ci majoritairement composée de châtaigniers appétissants. Le sentier rejoint alors une ancienne bergerie qui semble servir encore de coin pique-nique pour les locaux, pour bifurquer ensuite à droite à travers les chênes rouvres vers le sommet.

Un troupeau de chèvres squatte le sommet et se plaint bruyamment de notre présence. Nous sommes les seuls humains sur place, à dire vrai… on les comprend ! Cela ne les empêchera pas de nous rejoindre un peu plus tard au niveau de la croix panoramique du sommet, au moment au pique-nique. Viles profiteuses… on ne sait jamais ce qui pourrait tomber des gamelles, n’est-ce pas.

En attendant, la vue depuis le Monte Sant’Angelu est à couper le souffle avec l’ensemble de la plaine de Bastia à portée de vue, les contreforts de la Castagniccia bien visibles avec les villages perchés sur les éperons plus ou moins acérés, les îles italiennes à l’horizon et bien sûr le Nebbio et le Cap Corse qui m’appelle avec force pour que j’y revienne. Avec la Castagniccia, ma région de Corse préférée…

Une fois la montagne descendue, il était temps de passer à la suite : soit une longue route sans grande saveur vers Sartène, soit quelques arrêts gourmands en terme d’histoire et de paysage sur la route, avant de filer à travers la plaine et la montagne pour arriver tard le soir. La question, elle était vite répondue.

La première étape, c’est l’ancien couvent Saint-Antoine de Casabianca, niché sur un col de basse montagne, avec ses grands murs austères en bel état de conservation. On se faufile au gré d’un portail au pied des murailles, tandis que la menthe sauvage embaume les lieux. Le couvent et la nef de son église ont été transformés en cimetière, donnant aux lieux un caractère bien singulier.

On s’y perd et on y flâne volontiers en pensant au fait qu’en 1755, c’est ici que Pasquale Paoli, natif de la Castagniccia, fut élu général en chef de la nation corse. Cet héritage, ce passé si singulier, résonne en ces murs et l’histoire fascinante de cette île prend une toute autre mesure, devenant tout à fait tangible.

L’étape suivante sur la route est partiellement religieuse, il s’agit du village de La Porta, niché au dessous du Monte San Petrone. Son église majestueuse trône au centre du village, avec un campanile incroyable culminant à 45 mètres du sol. Son intérieur, baroque, abrite quelques beautés, dont l’orgue du XVIIIème et un tableau “donné par l’Empereur”, tout simplement.

L’étape suivante est un nouveau couvent, dans un état de conservation nettement moins remarquable, ce qui est assez étonnant ici au vu de l’importance du lieu. Le couvent Saint-François d’Orezza (oui, comme l’eau, dont les sources sont en contrebas) a en effet abrité Bonaparte et Paoli lors d’une réunion de tous les chefs corses ! C’est ici aussi qu’on décidât de la légitimité de la révolte contre Gênes (qui mena la Corse à la France…) et c’est ce couvent que firent sauter les allemands en 1943 aussi. Les ruines sont instables, émouvantes au possible. Elles méritent d’être sauvées. Pourvu que le projet voit le jour à un moment…

Je m’arrête ensuite rapidement à Piedicroce, un peu frustré de n’avoir pu immortaliser cette incroyable église perchée sur son promontoire, la route ne s’y prêtant pas. L’église est toujours là heureusement, une fois garés à distance respectable. Classée et dotée d’une superbe façade du XVIIIème, elle abrite aussi et surtout des orgues de toute beauté.

L’ultime escale avant de filer vers la superbe Sartène se nomme Carcheto. Le village a plusieurs visages, d’abord celui d’en enchaînement de bâtisses montagnardes corses austères, parfois désolées ou abandonnées, accrochées à leur éperon majestueux. Cela suffisait déjà à en imposer…

Il y a en sus de toute cela une église incroyable, tout au bout du village. Au contraire de la plupart des églises de la Castagniccia, celle-ci est restée dans son “jus” historique. Les peintures n’ont jamais été retouchées, tout comme les décors et c’est comme si l’église tombait doucement en désuétude depuis le XVIIème siècle, malgré la ferveur des locaux. Je parlais de romantisme un peu plus haut, ici on est encore un peu au dessus.

Je quitte la Castagniccia avec un sentiment mitigé. D’un côté, j’ai le sentiment de l’avoir nettement plus explorée que prévu, d’avoir saisi un bout de son âme, d’avoir compris un peu de ce sentiment corse si particulier. De l’autre, j’ai la certitude qu’il faut que je revienne, au même titre qu’il faut que je revienne dans le Cap Corse. Il y a ici un morceau d’identité corse qui n’attend que d’être compris, vécu, accepté et adoré pour tout ce qu’il représente, avant, pendant et après Paoli.

La carte de cette randonnée :

La carte du roadtrip en Castagniccia :