Mytale – Ayerdhal

Ayerdhal. Un des noms de la science-fiction française associé à cette génération « maudite » n’ayant pas bénéficié d’une visibilité immédiate et justifiée, et pourtant… il y a déjà de nombreuses années, mis sur le cul avec ses « Etoiles Mourantes ». Un roman qui encore à l’heure actuelle, quelques centaines de romans lus plus tard, reste parmi mes favoris. Aussi ai-je commencé Mytale avec beaucoup d’attentes, avec l’espoir de retrouver le bonheur des Etoiles Mourantes…

2000 ans après que l’Imperium a abandonné les colons sur Mytale, la Fédération Homéocrate y expédie deux cents agents surentraînés : Audham est l’unique survivante du massacre qui les accueille.
Sans espoir de retour, seule étrangère sur une planète luxuriante gouvernée par les mutations génétiques, Audham refuse de se plier aux règles d’un monde de castes et d’esclaves, dépourvu de technologie et verrouillé par une poignée d’immortels…

Le roman, Mytale, est en fait une sorte de guide de survie en milieu hostile pour reprendre les mots qui ont été employés pour me le décrire… Pour faire survivre son héroïne et tous les personnages qui gravitent autour avec plus ou moins de bonheur, Ayerdhal emploie une écriture ciselée, précise, enlevée et surtout soutenue sans être dénuée d’argot, d’expressions communes et de tout-venant : un équilibre instable et parfaitement représentatif de ce qu’est Mytale, ce malstrom de mutations et de modifications génétiques, à la fois en perpétuel mouvement et aussi stabilisé pour le cas de certaines castes. Au final, l’ensemble est maîtrisé et on savoure chaque mot, chaque phrase et chaque pointe d’humour, de cynisme et de vulgarité que distille Ayerdhal tout au long de son guide de survie !

L’histoire n’a pas pour autant été oubliée et c’est même un univers complet que l’auteur a créé sur sa planète, terrifiante de beauté et de violence non maîtrisée. L’agent Audham, par sa non-appartenance à la planète, agit comme un catalyseur sur l’ensemble des personnages et populations qu’elle rencontre, qu’elle croise et auxquelles elle s’intègre sans jamais renier ses origines, bien que profondément modifiée par les mutagènes. Elle est en fait un témoin privilégié des monstruosités qui gangrènent la planète : une aristocratie complètement ancrée et dictatoriale, un système de castes et d’esclavage d’une inhumanité fondamentale, l’utilisation de l’eugénisme en guise de contrôle de populations… sans que cela sombre dans le manichéen primaire. Face à cela, des alternatives dont Audham pourrait être le salut et pour lesquelles elle incarne donc le pion ultime, le personnage qui pourrait précipiter le destin de la planète.

Mytale est donc un mélange d’aventures rocambolesques, de plongée dans un monde luxuriant et profondément dépaysant mais aussi une brillante intrigue politique et sociale, doublée de réflexions sur l’intolérance, sur le contrôle des masses et enfin sur le contrôle des mutations. Mytale est donc à l’image de la planète sur laquelle il se déroule et qui porte son nom, un énorme mix de thèmes qui nécessiteraient à eux seuls une palanquée de romans mais Ayerdhal arrive à trouver et à conserver un équilibre parfait qui fait que le roman se dévore, s’avale et s’insinue dans nos veines, tel un doux mutagène. A lire.

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