Essai – Audi RS4 Avant

Ce n’est pas que j’étais fâché avec Audi ou que j’en avais marre, c’est juste qu’après de nombreux essais des autos de la marque, j’avais envie et besoin cette année d’aller voir ailleurs, de varier les perspectives, les expériences, les approches… La pause aura duré quasiment une année, le temps ayant cette fichue tendance à filer plus vite que prévu, au gré des changements personnels et professionnels qui plus est !

Le fait est que la marque aux anneaux n’a pas chômé dans l’intervalle, dévoilant les nouvelles A8, A7 (bientôt à l’essai), A6, un gros Q8 aussi (j’avoue être curieux – un peu comme pour le SQ7), de plus petits Q, une R8 propulsion et puis la nouvelle petite A1. Bientôt un gros SUV électrique aussi et ainsi de suite. Bref, ça bosse sec et ce n’est pas tout puisque l’Audi A4 et l’Audi S5 essayées en 2016 et 2017 se sont vues dotées de grandes sœurs tonitruantes : les nouvelles Audi RS4 Avant et RS5.

J’étais à dire vrai resté un peu sur ma faim lors de mon dernier essai RS. Audi Sport m’avait fait bien plaisir avec la S1, m’avait déjà un peu enthousiasmé avec le TT S et m’avait laissé tout à fait éberlué avec sa volcanique RS3. Alors j’attendais sûrement un peu trop du TT RS et j’avais été… déçu ? Pas vraiment ça, mais un peu chiffonné par le manque d’amusement et d’engagement demandé par l’auto, portée en revanche par un moteur décidément phénoménal et un excellent châssis.

Alors voilà, l’Audi RS4 Avant (B9), héritière du premier modèle RS, la RS2 Avant (B4), avait un peu de pression sur les ailes au moment de démarrer son V6 biturbo et de 450 ch et 600 Nm ! Pour la peine, le modèle essayé a aussi mis les « petits » plats dans les grands, avec le pack Dynamique RS apportant châssis Sport, différentiel quattro Sport et contrôle dynamique de l’assiette. Facture finale : 118k€ au lieu des 92k€ d’origine. Faut ce qu’il faut.

Les évolutions extérieures par rapport au TT RS sont sensibles bien que l’air de famille RennSport soit indéniable. Toutefois, là où le TT RS ajoutait une belle couche de muscles à la ligne déjà vive du petit coupé, elle n’en restait pas moins proche des TT et TT S. Les designers Audi ont décidé qu’à l’avenir, un modèle RS se devait d’être encore un peu plus extrême et l’Audi RS4 Avant en est le premier exemple !

La face avant atteint des sommets en terme de méchanceté avec les classiques ouvertures béantes sur ses côtés, désormais « ouvertes » et liées par un becquet d’un noir de jais. De petites ouvertures NACA permettent d’alimenter en air frais le moteur et les freins tandis que la calandre se fait toujours massive et noire, elle-aussi. L’Audi RS4 Avant fait vorace, elle semble plus large qu’elle ne l’est et vous ouvre le passage sur l’autoroute avec une facilité déconcertante.

Le capot, affleurant aux ailes sur les A4 et S5, ne peut contenir l’élargissement des trains roulants, qui chaussent pour l’occasion de belles roues optionnelles en 20 pouces. Restent en revanche quelques gimmicks faussement aérodynamiques, placés sur les côtés du joli regard en éclairs et leur pendant sur les feux arrière. Pas convaincu…

Pour le reste, c’est un sans fautes, les flancs étant surlignés en leur bas d’un joli trait noir mettant en évidence le creusement des flancs et l’élargissement des ailes des deux côtés de l’auto. Mention plus que spéciale d’ailleurs au joli coup de crayon marquant ledit élargissement !

On retrouve enfin à l’arrière la traditionnelle double sortie tandis que la splendide ligne de break est juste agrémentée d’un petit becquet surligné du même noir de jais. Le diffuseur ? Pour ainsi dire inexistant. Merci Audi de ne pas en avoir fait des caisses de ce côté-ci.

L’équilibre général est pour ce qui me concerne idéal ! Impossible de la rater quand on la voit de face ou de derrière. Les blasons, les échappement et cette méchante gueule ne tromperont pas le connaisseur, tandis que le chaland pourrait tout de même passer à côté sans se douter qu’il frôle un missile sol-sol capable tantôt de la plus grande discrétion, tantôt de massacrer le bitume en feulant.

Après quasiment une année de sevrage germanique (oui, j’ai aussi fait l’impasse sur Mercedes-Benz et BMW ces derniers mois), force est de constater que malgré les progrès et alternatives offertes par d’autres constructeurs (Volvo, Lexus, KIA, notamment), Audi est toujours sur une autre planète en terme de qualité perçue, de qualité… réelle d’assemblage et matériaux et enfin d’ergonomie. La plateforme servant à l’Audi RS4 Avant n’étant par ailleurs pas toute jeune, je m’attends à une claque assez monumentale en essayant l’A7 le weekend prochain !

Je ne vais pas m’attarder outre mesure sur cet habitacle déjà bien connu et détaillé dans deux autres de mes essais. Si l’on excepte un petit manque de carbone (j’aime bien le carbone…), cette Audi RS4 Avant brille du côté de l’habitacle avec des baquets coqués de toute beauté et dotés d’un maintien réglable idéal tout en étant très confortables, de l’alcantara en veux-tu en voilà, d’un volant Sport agréable à manipuler et bien sûr du système Virtual Cockpit qui fait encore référence dans le milieu.

On n’oubliera bien sûr pas l’affichage tête haute (option à 1190€), le joli toit panoramique (1750€), la compatibilité Apple CarPlay (pas tout à fait bien bien intégrée au Virtual Cockpit tout de même), des places arrière plutôt spacieuses, des caméras un peu partout et ainsi de suite… L’offre technologique, en sus des assistances, est tout à fait complète à défaut d’être la plus à jour du marché. Pour cela, il va falloir attendre que ce qui a été introduit sur A8/7/6 descende sur la future A4/A5 B10 !

Il reste désormais à savoir si ce bien joli plumage extérieur et intérieur est amusant à emmener de courbe en courbe et non pas uniquement dans de longues lignes droites. Les lignes droites, l’Audi RS4 Avant n’en a clairement pas peur avec son V6 gorgé de couple et qui se dote qui plus est d’une jolie sonorité, feulant vers le haut des tours sans atteindre l’intensité d’un moteur atmosphérique mais masquant assez bien sa nature turbocompressée de ce point de vue (nota, j’avais l’option échappement Sport à 1500€, m’est avis que sans, ça doit être bien trop calme !).

Le 0-100 est tombé en 4.1 secondes, le 0-200 est… rapide et surtout, surtout, les relances sur les rapports 2, 3 et 4 sont à couper le souffle. Si le moteur est linéaire, tout comme il l’était sur la S5, il a gagné en vivacité, c’est un gros élastique sur lequel on s’amuse à tirer, que ce soit pour un dépassement, une extraction de rond-point ou toute autre situation banale et qui devient soudain source d’amusement.

La boîte et sa gestion électronique sont de ce point de vue irréprochables, prouvant à qui en douterait que Audi maîtrise ses gammes de mise au point. En sus de la douceur attendue au quotidien et d’une rapidité impressionnante, elle se dote surtout d’une belle intelligence dans la réactivité et l’adaptation aux gestes du conducteur. La boîte réagit très vite aux impulsions mais également à l’arrêt des impulsions.

C’est un vrai régal, que ce soit en D ou en S, que de hausser soudainement le rythme pour l’abaisser dès la belle série de virages passée et de la voir nous accompagner sans à-coups, sans rester coincée en 3 alors qu’on n’aspire désormais plus qu’à dérouler en huitième… jusqu’au prochain enchaînement sympathique !

La suspension n’est pas en reste. Le DRC allant avec le pack Dynamique RS est un régal de régulation et de maintien de la caisse. Surtout, malgré l’adoption des roues en 20 pouces, la qualité de roulement et le silence à bord sont une réalité. Je m’attendais à un confort assez dégradé et il n’en fut rien, y compris à l’arrière et à l’exception bien sûr de quelques jointures un poil sèches. Il n’empêche, l’Audi RS4 Avant est prévenante en utilisation quotidienne, sachant être un vrai break à tout faire quand on lui demande.

Le mode Individual reste toutefois appréciable car les modes de conduite les plus doux allègent considérablement la direction, que je trouve alors sans consistance. Alors certes, quand on n’attaque pas, nul besoin d’avoir un rasoir en mains, mais tout de même, c’est trop de démul’ et trop de filtration dans ce que l’on ressent du train avant et de l’auto. En tout cas, pour en revenir à la suspension, c’est en ce qui me concerne un sans-fautes, de même pour la partie freinage sur une utilisation routière intensive mais pas trop longue.

Pour le circuit… je ne sais pas. Mais franchement, qui va sur circuit avec un RS4 ? L’auto pèse tout de même pas loin de 1800 kg. Pas vraiment le genre de poids plume que l’on emmène sur un circuit sinueux, ni l’avion de chasse qu’est une R8 sur un parcours plus rapide. Bref : l’Audi RS4 Avant est foutrement à l’aise sur les petites et moyennes routes, offrant ce qu’il faut d’endurance au freinage et surtout offrant une tenue de caisse de haut vol !

Vous l’aurez compris : ça va vite ! Très vite, c’est Audi, on a l’habitude. Mais est-ce qu’on s’amuse ? Voilà qui est nettement plus rare chez les anneaux et la réponse est « oui » ! Alléluia, enfin, ils ont trouvé la recette ! L’Audi RS4 Avant est engageante, avec une direction qui laisse bien sentir ce qu’il se passe sur le train avant et un train arrière qui s’enroule autour du centre de gravité.

A la sortie des courbes serrées, en appui et en exploitant la largeur de la route quand celle-ci l’autorise, la poussée du train arrière se fait sentir et sans contrebraquage nécessaire, on se retrouve un brin de travers, à sentir le V6 claquer tout ce couple disponible dès 1800 tr/min ! Bluffante, je vous dis, les sensations sont enfin au rendez-vous et bien loin de la neutralité de l’Audi RS6 Avant essayée il y a quelques années.

La polyvalence de cette Audi RS4 Avant n’en apparaît soudain que plus réelle, faisant un grand-écart stupéfiant entre ses deux visages les plus extrêmes. D’un côté, un break familial capable d’offrir un réel confort, une praticité quotidienne et des consommations raisonnables (je finis à 14.3 l/100 sur un essai peu sage de 450 km, avec des 8-9 l/100 vus ici et là sur des trajets calmes). De l’autre, une sacrée joueuse qui aime les courbes, se montre affutée à l’inscription en courbes, ne se vautre pas dans un sous virage caricatural et se montre même capable d’enrouler façon propulsion.

Cette auto s’approche donc encore un peu plus de la perfection, gommant certains défauts qui étaient en quelque sorte la marque de fabrique Audi pour se rapprocher un peu plus de la notion d’engagement du conducteur. L’efficacité générale quattro reste évidemment présente, tout comme le sérieux général dans la présentation et l’approche technologique mais il y a un désormais un supplément d’âme que l’on peut ressentir.

En fait, cette RS4 est une RS, c’est à dire une furieuse machine qui vous arrache des rires nerveux par ses capacités de mise en vitesse. Mais c’est aussi la première RS capable de vous coller un sourire après un enchaînement de virages où vous aurez joué avec son équilibre et son châssis presque comme avec une BMW M ou une hot hatch puriste. Le cap est donné, pourvu qu’il tienne car cela fait du bien de voir Audi prendre cette orientation !

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