Visite de l’usine de recyclage de La Hague – Areva ouvre sa communication

Après avoir lancé il y a quelques mois un tout nouveau site comportant notamment une partie dialogue, Areva continue sa politique d’ouverture et de communication pour trancher avec un passé marqué par une certaine forme d’obscurantisme et d’imperméabilité tout sauf bonne pour son image et plus généralement pour l’image du nucléaire et de ses dérivés.

Alors, j’en vois déjà dont le poil est en train de se hérisser… Soyons donc très clairs dès le début : je ne suis pas opposé au nucléaire, je ne suis pas pour autant un pro-nucléaire, j’ai tout simplement conscience que pour l’instant et pour les années à venir, en attendant que le renouvelable trouve enfin grâce aux yeux de tous (autrement dit que les lobbies et compagnies pétrolières s’écroulent…), c’est une solution tout à fait performante, recyclable (je reviendrai dessus) et durable (attention, je n’ai pas dit renouvelable) qui représente je vous le rappelle environ 80% de notre consommation électrique en France à raison d’environ 1 réacteur pour 1 million d’habitants et donc 58 réacteurs en activité. Que tous les anti-nucléaires arrêtent donc de consommer de l’électricité si le nucléaire les débecte tant… Je me mettrai alors à les respecter pleinement.

Bref, je ne suis pas ici pour vous peindre un tableau parfait d’Areva, je ne suis pas là pour discuter des diverses polémiques sur lesquelles j’ai bien évidemment mon avis, je ne suis pas là non plus pour convaincre le monde que le nucléaire, c’est bien. D’ailleurs, Areva n’est pas là non plus pour ça : ils connaissent leurs défauts, ils sont bien contents qu’il y ait une véritable opinion publique dans notre pays, ils ne cherchent pas à convaincre leurs pourfendeurs (ils savent qu’ils n’y arriveront pas et réciproquement), ils cherchent simplement sur le long terme à “ouvrir” au maximum leurs structures, leurs chiffres, leur politique, etc.

C’est donc dans ce cadre bien particulier que j’ai eu l’occasion de visiter l’usine de recyclage de La Hague, sise non loin de Cherbourg et qui emploie la bagatelle de 5000 personnes. La Hague appartient à Areva qui s’en sert pour recycler les combustibles qu’elle vend à ses clients (EDF en tête) mais dont elle n’est bien évidemment pas propriétaire. Mais on va d’abord se faire un petit cour de nucléaire… Une centrale nucléaire, c’est un réacteur d’environ 500kg d’uranium enrichi à 5% (pour créer 100kg d’enrichi, on utilise donc 800kg d’uranium qui se retrouve quant à lui appauvri) qui s’use au bout de quelques années. Ce combustible usé est alors composé de 95% d’uranium à nouveau appauvri (à 1%), 1% de plutonium et entre 3 et 5% de produits de fission. Que fait donc La Hague de tout ça ? Elle les stocke en piscine pendant 6 mois et ensuite s’occupe de séparer les différents éléments : uranium d’un côté, plutonium de l’autre et enfin produits de fission. La Hague utilise pour cela deux usines en activité (tandis qu’une troisième est à l’arrêt et sera démantelée peu à peu) qui en font le premier centre de traitement et recyclage de combustibles usés face au Japon et à la Grande-Bretagne.

Et donc, “recyclage” m’a-t-on dit ? Oui. Même si ce sont des matériaux et substances radioactives, on peut en effet parler de recyclage. L’uranium issu du processus de séparation peut ensuite être ré-enrichi pour une nouvelle utilisation tandis que le plutonium est utilisé pour des combustibles hybrides MOX fabriqués dans le Gard. C’est toute la chaîne de séparation que j’ai eu l’occasion de remonter à La Hague. Passée une première étape d’habillage et de récupération d’un dosimètre (pour info, j’ai absorbé une dose horriblement mineure de radioactivité, du genre tellement moindre que celle que je me prends chaque jour en baladant dans Paris…), nous avons pu accéder à la zone d’ouverture des caissons qui transportent le combustible usé. Ces caissons sont manipulés en zone étanche (pressions différentes, murs d’1m d’épaisseur, verre plombé de 1,20m d’épaisseur, etc.) pour en sortir les assemblages de crayons qui constituent le combustible. Impressionnant, de base.

Une fois le combustible sorti, il est ensuite conduite à une chaîne de cisaillage qui va le découper en petits morceaux de 35mm de long qui seront ensuite passés dans une solution d’acide nitrique porté à 90°c. C’est à ce moment que se produit donc la séparation des différents éléments. Je n’ai bien évidemment aucune photo à vous montrer cet endroit puisqu’il s’agit en fait d’un sarcophage complètement hermétique de murs de béton d’épaisseur monstrueuse, empli de machines conçues pour résister de manière durable à la radioactivité : alliages nobles, coefficients de sécurité *10, etc.

Cette solution est ensuite purifiée, filtrée pour en extraire d’un côté l’uranium qui sera envoyé et stocké à Pierrelatte, le plutonium, envoyé quant à lui dans le Gard et enfin les déchets ultimes qui sont donc les résidus de la réaction de fission mais aussi les petits bouts de métal des crayons et autres “fines” issues de la purification des deux autres éléments. Ce sont ces déchets qui posent essentiellement “problème” aux anti-nucléaires puisqu’ils sont à ce moment des déchets purs et durs, absolument pas recyclables. Il faut donc les stocker. Et stocker des conteneurs d’un mètre de haut emplis d’un mélange vitrifié de déchets radioactifs ne se fait aisément. Pour l’instant, l’ensemble de la production nucléaire française depuis 40 ans est stocké à l’usine de La Hague dans trois hangars tout à fait ridicules en terme de taille… Donc la place n’est pas vraiment un problème. Le problème est bel et bien de trouver un site stable géologiquement, composé d’une gigantesque couche d’argile dans laquelle l’eau ne circule que très lentement. En effet, le seul danger avec ces déchets vitrifiés (au delà de s’approcher d’eux d’un peu trop près hein…) est qu’ils soient touchés par l’eau qui se charge alors en radioactivité et va polluer les alentours… Tant qu’un tel site ne sera pas près, les déchets resteront à La Hague et j’ai pu visiter un de ces hangars. Sous les pieds de Luc, deux tubes de 10m de profondeur, l’équivalent de la production d’un réacteur français…

Voilà pour tout le circuit de recyclage et de stockage des déchets. Mon avis sur tout ça ? Eh bien en tant qu’ingénieur, j’ai été complètement bluffé par ce site dantesque, hautement sécurisé, aux normes antisismiques les plus strictes, très sévère sur le contrôle des choses qui entrent et sortent sur le site, attentif aussi aux différents éléments qui ont pu être soulevés par les ONG “concurrentes” et désireux de montrer son irréprochabilité en terme d’impact environnemental au travers d’études complètement indépendantes. Après, en tant que citoyen (dira-t-on), j’avoue avoir été rassuré sur le site de La Hague qui véhicule toujours et encore une sale image, image qui a coûté tant au site qu’à l’ensemble de la région pourtant magnifique et préservée si je ne m’abuse. D’ailleurs, je vous invite à télécharger ces deux documents : et pour vous documenter un peu. Et bien sûr je vous invite aussi à consulter ce qui se fait ailleurs, il est important de varier les points de vue pour se construire une opinion. Alors, bilan ? Je félicite Areva pour sa volonté de transparence, de communication et d’ouverture pour tout ce qui se passe sur le territoire français, je pense qu’ils le méritent amplement quand on voit ce qui se fait sur le site de La Hague.