L’avantage des longs weekends, c’est qu’on peut combiner des activités sympathiques comme par exemple aller voir ses amis expatriés et découvrir un festival dont on a souvent entendu parler sans jamais y mettre un orteil. Vendredi 11 au matin, je me suis donc dirigé vers la fameuse ville de Nantes, l’une des villes les plus actives de France et de Navarre, théâtre d’un bouillonnement créatif, culturel, digital et sociétal. Non je ne force pas le trait, Nantes est véritablement bluffante.
Entre autres balades et marchés, j’ai particulièrement apprécié le petit tour fait au bord de l’Erdre en remontant vers le nord de la ville. Coucher de soleil, eau qui s’enflamme, nuées de mouettes et poules d’eau, splendides maisons et leurs jardins avec accès sur l’Erdre (le rêve), on a envie de prolonger la balade le plus loin possible même s’il faut bien rebrousser chemin, la lumière se faisant de plus en plus timide.
Il y a quasiment un mois, j’ai repris le volant des délicieuses Caterham le temps d’un weekend exceptionnel. Le but était de nous faire redécouvrir la marque Uniroyal (groupe Continental) qui, laissée un peu de côté d’un point de vue communication, n’a pas pour autant cessé d’exister et a continué de produire ce pour quoi elle est (re)connue : les pneus pluie. D’ailleurs, la star du weekend, c’est le RainSport 2, dernier né et haut de gamme de la marque, un savant mélange de technologie sportive et de performance sur terrain mouillé avec ses sculptures en V fortement reconnaissables.
Réveil matinal, Charles de Gaulle et les retrouvailles avec quelques têtes connues, d’autres non. C’est ensuite l’aéroport de Milan qui nous accueille sous ses ors quelques peu déplumés et une petite heure de bus. L’ambiance est studieuse, chacun fait connaissance, blogueurs et gagnants d’un concours organisé par la marque, on s’apprivoise tandis que les montagnes grandissent à l’horizon. Côme pointe le bout de son nez, le soleil aussi. C’est râpé pour essayer le pneu pluie sous la pluie mais en revanche, ce sera parfait pour vérifier que ce RainSport 2 supporte bien les Caterham. Je vous l’ai déjà expliqué, avec ces voitures il n’y a que deux fusibles : le conducteur et le pneu !
Après les essais de la version HDi 110ch et de la version vitaminée THP 150ch, il me fallait bien essayer le petit monstre développé par Citroën Racing pour aller chasser sur les terres de la référence Renault Clio RS. A l’occasion du rallye d’Alsace, gagné par la DS3 WRC de Sébastien Ogier, ce fut chose enfin faite : la DS3 R blanche et noire fut mon petit carrosse le temps d’un weekend dans l’est de la France.
La DS3 est déjà belle à croquer. La DS3 R est un vrai crève-cœur, surtout avec cette robe contrastée, discrète et méchante à la fois, bien plus séduisante à mes yeux que le mélange noir / orange que l’on croise un peu plus souvent. Gueule béante soulignée d’une jolie lèvre noire, chevrons de carbone vêtus et autocollant DS3 sur le capot, la face avant en impose.
Après la visite « Intime » effectuée dans les petits appartements de la Reine en janvier dernier, ce sont ceux du Roi qui nous ont accueillis samedi dernier. Petit groupe, accueil adorable et nouvelle visite privée de lieux méconnus du Château et pourtant accessibles à tous au travers du programme des visites commentées ou thématiques. Je vous invite donc à cliquer ici pour en savoir un peu plus sur ces visites qui permettent de voir Versailles différemment, loin des visites traditionnelles des Grands Appartements.
Cette fois-ci, c’est Nicolas Jacquet, auteur de Versailles Secret et Insolite, qui nous fait la visite et nous mène de pièce en pièce, de recoin en recoin en commençant tout d’abord par une œuvre qui lui est chère située dans les anciennes galeries du musée de l’Histoire de France : la version préparatoire du tableau de Serment du Jeu de Paume, toute de nus académiques et qui, jugée trop choquante à une époque, fut mise de côté au profit d’une nouvelle commande, à savoir le tableau connu aujourd’hui. Nicolas Jacquet s’enflamme, nous nourrit de détails sur les éléments du tableau avant de nous inviter à « passer chez le Roi », tout simplement.
Jean-Louis Fournier, je ne le connaissais pas. Je l’ai entendu le weekend dernier sur France Inter où il venait parler de son dernier livre, « Veuf ». Il y raconte ses pensées après la mort de sa femme, les choses qu’il se dit, qu’il ne lui a pas forcément dites, fort d’une tendresse et d’un cynisme mêlés. Jean-Louis Fournier m’a touché par ses paroles, par la douleur que l’on sent poindre dans ses mots, par son humour cinglant. Le livre était dans mon escarcelle le soir même. Je l’ai dévoré d’un coup d’un seul, m’en suis abreuvé.
« Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre, c’est bien triste, cette année on n’ira pas faire les soldes ensemble. Elle est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Sylvie m’a quitté, mais pas pour un autre. Elle est tombée délicatement avec les feuilles. On discutait de la couleur du bec d’un oiseau qui traversait la rivière. On n’était pas d’accord, je lui ai dit tu ne peux pas le voir, tu n’as pas tes lunettes, elle ne voulait pas les mettre par coquetterie, elle m’a répondu je vois très bien de loin, et elle s’est tue, définitivement.
J’ai eu beaucoup de chance de la rencontrer, elle m’a porté à bout de bras, toujours avec le sourire. C’était la rencontre entre une optimiste et un pessimiste, une altruiste et un égoïste. On était complémentaires, j’avais les défauts, elle avait les qualités. Elle m’a supporté quarante ans avec le sourire, moi que je ne souhaite à personne. Elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie. »Jean-Louis Fournier souhaitait mourir le premier, il a perdu. Sa femme partie, il n’a plus personne avec qui parler de lui. Alors pour se consoler, ou pour se venger, en nous parlant d’elle, il nous parle de lui.
Ce livre, il l’a écrit pour qu’elle le lise, elle qui voit très bien de loin. Il le martèle d’ailleurs plusieurs fois, on sent ce besoin, cette frustration absolue de l’absence de l’autre. Ce livre, c’est la chronique d’un veuvage récent, c’est le constat des plaisirs de quarante années de vie à deux, ce sont les petites piques du quotidien, c’est le bonheur de la construction en commun, c’est l’admiration sans bornes qu’il lui voue et la conscience soudaine d’avoir perdu celle qui le supportait si bien avec tous ses défauts.
J’ai pleuré comme un con, j’ai ri, Jean-Louis Fournier m’a fouaillé les tripes avec ses phrases à la fois simples, délicates et cyniques parfois. La simplicité est là pour la tendresse, on sent l’homme qui peine à trouver ses mots alors qu’il est un écrivain renommé, pas facile de mettre des mots sur des choses qu’il n’exprimait pas de vive voix. Même si c’est selon lui bien plus simple. La délicatesse, ce sont les petits moments qu’il conte, qu’il polit, qu’il patine, qu’il chérit. La beauté de l’amour prend tout son sens ici, pour ses petits bonheurs comme pour les moments difficiles. Le cynisme enfin, celui qui lui fait lire son courrier, celui qui lui fait tancer Mme SFR, celui qui lui fait « mettre à la poubelle » Sylvie dans son téléphone, celui qui sabre les condoléances et les gestes dérangeants des proches et des moins proches face à cette disparition.
150 et quelques pages, autant de sujets, certains récurrents. Quelques plongées dans les abysses, quelques poussées de bonheur coupable, ces quelques lignes de chronique sont bien peu de choses au regard du contenu du livre. La forme, épurée, parfois seulement quelques lignes par page, est là pour renforcer le propos, pour nous obliger à réfléchir. Il nous faut nous gorger de cette rareté de mots, exprimant tellement plus dans nos crânes.
Je me suis retrouvé dans ce livre, j’y ai vu ma mère, j’y ai vu la mort de mon père et les longs mois qui ont suivi. J’ai retrouvé une partie de ma douleur, j’ai fait livrer un exemplaire du livre à ma mère, j’y ai lu quelques phrases qui touchent au sublime. Ce mélange de maladresse des mots doux et tendres, ce cynisme assumé face à la mort et à ce qui l’entoure… Merci Jean-Louis Fournier pour ces beaux mots, cet amour débordant, cette déclaration d’amour. Sylvie est belle et bien vivante dans ces pages et j’aimerais un jour écrire les mêmes phrases. Sauf si je meurs en premier.
La suite...Après l’avoir essayée rapidement à Madrid puis pendant les journées presse, la Ford Focus m’a accompagnée le temps d’un weekend en Charente-Maritime. J’avais déjà fait connaissance avec cette région il y a quelques mois et l’envie d’y revenir était forte ! Après les visites de Fouras, Châtellaillon, la Rochelle et l’île de Ré, cette fois-ci je me suis attelé à Marennes, le port de la Cayenne, Oléron et la partie nord de l’estuaire de la Gironde.
Première balade le soir de mon arrivée à Saint-Palais sur Mer et toujours autant d’amour pour cette petite promenade qui longe la mer et cette côte parsemée de cabanes de boucholeurs. Les couchers de soleil ici sont sublimes, on se cale sur un banc en savourant l’air doux, le parfum des embruns et les couleurs du ciel. Un régal.
Moi, Lucifer. Titre aguicheur n’est-ce pas ? Et que dire de la couverture, un poil bandante ? Après tout, ce n’est pas tous les jours que le Prince des Enfers se retrouve planté comme un con dans une enveloppe mortelle. Pas n’importe laquelle ceci dit !
Prisonnier (par la volonté de Dieu) du corps d’un écrivain fraîchement suicidé et chichement membré, Moi, Lucifer, Ange Déchu, Porteur de Lumière, Prince des Ténèbres, de l’Enfer et de ce Monde, Seigneur des Mouches, Père du Mensonge, Suprême Apostat, Tentateur, Antique Serpent, Séducteur, Accusateur, Tourmenteur, Blasphémateur et, sans contestation possible, Meilleur Coup de l’Univers Visible et Invisible (demandez donc à Eve, cette petite garce), j’ai décidé – ta-daaah ! – de tout dire. Tout ? Presque : le funk, le swing, le boogie, le rock. C’est moi qui ai inventé le rock. Si vous saviez tout ce que j’ai inventé : la sodomie, bien sûr, la fumette, l’astrologie, l’argent… Bon, on va gagner du temps : tout, absolument tout ce qui vous empêche de penser à Dieu. C’est-à-dire à peu près tout ce qui existe.
C’est donc parti pour presque 300 pages d’un grand délire d’ange déchu en pleine réflexion décousue sur son parcours, sa place aux côtés de Papy, sa chute, son emprise sur les maux humains et la pourriture naturelle de cette Humanité qu’il adore et méprise à la fois, son combat permanent pour remporter un maximum d’âmes face au Fiston, à Papy et au Saint-Esprit. Beau programme. Tout commence toutefois par cette proposition de Gabriel, messager de Dieu pour l’occasion : il faut que Lucifer passe un mois dans le corps d’un écrivain plus ou moins raté et nommé Declan Gunn (oh oh) afin d’avoir une chance d’être réintégré avec ses anciens copains en Sa présence…
Challenge accepted comme dirait l’autre ! Après tout, envahir le corps moche, gras et sans intérêt de ce bonhomme, se laisser envahir par certaines de ses névroses, découvrir ses anciennes histoires et puis finalement mener sa propre barque de chair et de sang alors qu’il avait l’habitude de les posséder, tout ça est intriguant. Avec une grande vie assurée par les comptes sans fond des Enfers, Lucifer se prend au jeu de la conquête humaine. Il se met en scène, décide d’écrire son autobiographie au travers des doigts de Gunn, peinant à trouver les mots parfois, veut en faire un film et s’entoure de ceux à même de réaliser la chose, le tout sous l’influence d’un nombre maximal de substances psychotropes et mêlé d’une grosse grosse dose de stupre.
Le livre raconte de manière très décousue ce parcours, il oscille de bord en bord : la biographie et la vie sur Terre dans le corps de Gunn. Ces sauts du coq à l’âne sont autant d’occasion pour Lucifer de nous conter notre histoire, depuis la Genèse jusqu’à notre époque contemporaine. Pédophilie, abus en tous genres, tentative de corruption du Fiston, transformation de la douleur en un système, inquisition, guerres diverses et variées… tout y passe, crûment, brutalement, cyniquement et avec une lucidité détachée à vous coller la gerbe. Lucifer est en cela fidèle à l’idée que l’on se fait de lui même si l’auteur nous réserve quelques surprises sur la toute fin du roman. Une fin étonnante d’ailleurs, qui m’a plu.
Je tempèrerai toutefois mon propos avec quelques (gros) défauts du livre : Lucifer apostrophe le lecteur beaucoup trop souvent, de manière insistante, un effet de style quelque peu usant et contreproductif à la longue. De même, se pose parfois la question suivante : « et tout ça pour quoi faire ? »… car oui ce livre ne sert au final pas à grand chose si ce n’est à nous dépeindre, nous, l’Humanité, tous travers inclus. De plus, comme je le disais plus haut, l’ensemble est terriblement décousu et on peine à chercher une trame puisque c’est après tout ce que l’on fait tous, tout le temps. Enfin moi, en tout cas. Sauf que c’est Lucifer… et qu’on s’y fait, ça colle bien au bonhomme toutes ces digressions.
Bilan ? Un peu partagé parce que j’ai passé de très bons moments à la lecture de ce livre. Je me suis aussi un peu emmerdé parfois, ai sauté quelques lignes, ai ronchonné sur certains effets de style… mais ce qui me reste au final, c’est le cynisme, la satire, la cruauté : c’est sans pitié et j’ai pris mon pied avec ça. Si vous n’aimez pas le cynisme, oubliez ce livre. Mais si comme moi vous aimez les bons mots et un ton bien piquant, ça se lit pas mal.
La suite...Il y a quelques semaines, j’ai enfin pu mettre la main sur le volant de la DS3 THP150, voiture qui me tentait fortement depuis ma location de la version HDi110 ! Citroën m’a donc prêté sa grande sœur le temps d’un weekend et de deux balades autour de la région parisienne, tout d’abord sur les belles routes entourant le circuit de la Ferté Gaucher, enfin sur la route de Chantilly.
C’était aussi l’occasion de découvrir les nouveaux coloris introduits sur la gamme DS3 ! Toit, rétroviseurs et bouchons de roue fuchsia mais aussi le tableau de bord de la même couleur, avec une robe grise et un habillage intérieur noir agrémenté du même autocollant que celui présent sur le toit. Dans le genre voiture voyante, cette DS3 se pose en référence. Je me suis d’ailleurs amusé à observer les réactions des passants et le bilan m’étonne : beaucoup de sourires, de hochements de tête, quelques grimaces quand même mais dans l’ensemble un grand nombre de regards appréciateurs. Surprenant pour une couleur aussi marquée.
En attendant le test de ce jeu tant attendu, petit focus sur un joli évènement vécu il y a deux semaines : la soirée de lancement dudit jeu ! Cela faisait un bail que je n’avais pas mis les pieds dans une soirée de ce genre, pour de multiples raisons, celle-ci m’aura au moins montré qu’on peut encore faire de jolies choses quand il y a du contenu et un univers.
Le Riad Nejma se prêtait à la perfection à la présentation du jeu, tout comme Bella, un splendide dromadaire blanc nous accueillant à l’entrée. Quelques gratouilles, un regard paisible de bestiole énorme, je rentre. Le lieu est étonnant. Je suis passé un nombre incalculable de fois devant ce bâtiment et je ne l’avais jamais remarqué ! Bien planqué derrière une façade « classique », le Riad Nejma se révèle une fois la première porte poussée. Je ne saurais que trop vous y conseiller d’aller y faire un tour, j’ai moi-même prévu d’y retourner sous peu étant donné la qualité du décor et le contenu des assiettes aperçues ici et là.
Enfin bref, je parle du lieu mais le clou de la soirée, c’était bien évidemment Christophe Balestra, l’un des hommes forts de Naughty Dog, le studio créateur de la merveilleuse franchise qu’est Uncharted.
Une démonstration, un rappel de la philosophie du studio et des objectifs recherchés par l’équipe de développement afin de surpasser Uncharted 2 (vaste programme !)… J’ai ensuite pris le jeu en main le temps de deux niveaux et « bim ». C’est beau, c’est propre, c’est toujours aussi cinématique et immersif malgré la quasi absence de son, je n’ai qu’une hâte : jouer au jeu, chez moi, pépère. En attendant, je profite du lieu, de quelques potes pas vus depuis une éternité, je regarde la charmeuse de serpents et ses deux petites bêtes… Il est temps de quitter l’univers d’Uncharted 3 et de savourer les derniers instants d’une bien belle soirée.
La suite...
Voici deux romans que j’avais dans mon escarcelle depuis quelques temps et que je me suis décidé à lire pendant et juste après la semaine sarde en septembre. Comme je vous l’ai déjà dit, Robert Charles Wilson fait partie de mes auteurs favoris, aussi me suis-je plongé dans le premier roman, Spin, avec délectation.
Une nuit d’octobre, Tyler Dupree, douze ans, et ses deux meilleurs amis, Jason et Diane Lawton, quatorze ans, assistent à la disparition soudaine des étoiles. Bientôt, l’humanité s’aperçoit que la Terre est entourée d’une barrière à l’extérieur de laquelle le temps s’écoule des millions de fois plus vite. La lune a disparu, le soleil est un simulacre, les satellites artificiels sont retombés sur terre. Mais le plus grave, c’est qu’à la vitesse à laquelle vieillit désormais le véritable soleil, l’humanité n’a plus que quelques décennies à vivre… Qui a emprisonné la terre derrière le Bouclier d’Octobre? Et s’il s’agit d’extraterrestres, pourquoi ont-ils agi ainsi ?
Que dire de ce roman si ce n’est qu’il constitue l’une de mes plus grosses claques science-fictionnesques de 2011 ? Dans ce livre à l’ambition bien planquée dans les premières pages, on suit le destin de ces trois personnages, l’un extraordinaire, les deux autres orbitant autour de sa trajectoire exponentielle. Jason Lawton est le génie de ce livre, il représente la science. Diane quant à elle va représenter le mysticisme et la religion tandis que Tyler, spectateur et acteur à la fois des actes de ce roman, va s’intégrer tant bien que mal dans les univers de ses amis.
La fable est belle, science et religion s’opposant et se rejoignant à la fois, intimement et intrinsèquement liées mais se déchirant au cour de débats arbitrés à l’aune des faits incompréhensibles qui s’abattent sur la planète Terre. Voilà donc un débat de fond qui structure le roman et les relations humaines, leur évolution. Ce premier niveau de lecture est brillamment mené mais les autres ne sont pas en reste. Le roman se veut aussi une fable humaniste, dépeignant les réactions de l’Humanité face à cet inconnu démesuré, face à une échéance temporelle à l’issue définitive et catastrophique. Wilson verse ici dans une sorte de pré-apocalypse parfaitement décrite et terriblement tangible.
Enfin, il y a la science. Le Spin et tout ce qui va ressortir de son étude… Dans ce livre, Wilson se permet tout simplement de faire un résumé d’un grand nombre des thèmes de la science-fiction : terraformation, espace-temps, réseaux intelligents, exploration spatiale, modifications géniques et ainsi de suite. Un condensé qui pourrait tendre vers la simplification à outrance afin de pouvoir tout traiter. Il n’en est rien car chaque sujet est maîtrisé, décortiqué et tend vers un aboutissement, vers la somme qu’est ce roman appréhendé dans son ensemble. Une vraie grosse claque, un roman qui ma foi mérite une jolie place au panthéon des livres de SF.
M-Sport. Ford. World Rally Championship. Je pourrais m’arrêter là. Rêve de gosse. Accomplissement. Quatre années à bloguer et un évènement qui vient couronner une somme de sensations, de découvertes, d’évènements, de beaux moments. Je pourrais arrêter d’écrire aujourd’hui tant j’estime avoir touché du doigt ce à quoi j’aspirais. Réaliser un rêve, un vrai, au delà des belles expériences que j’ai pu vivre.
Ce rêve, c’était d’approcher une équipe de rallye de niveau mondial, celle de M-Sport, celle qui engage pour Ford les Fiesta RS WRC en Championnat du Monde des Rallyes. Le rallye, pour moi, c’est une drôle d’histoire… Un mémoire de quelques centaines de pages rédigé pendant mon DUT. Un frangin qui a bossé chez la concurrence pendant quelques années. Des candidatures de stages restées sans réponse. Des années de suivi du championnat, de la passion, des émotions, une immersion jamais vraiment concrétisée par de réelles sensations. Ford et M-Sport m’ont permis le temps d’un mardi et d’un mercredi de toucher du bout des doigts ce qui me fait vibrer : la compétition automobile, l’excellence de l’ingénierie, de la logistique, du pilotage. Le tout. Un pack 100% pur plaisir.
Lorsque « La Maison qui glissait » est sorti il y a déjà pas mal de temps, je me suis rué dessus, ravi de retrouver un auteur qui m’a convaincu lors de mes dernières lectures de ses œuvres. Pourtant, bon an mal an, je l’ai laissé de côté avant de finalement le dévorer la semaine dernière, une boule au ventre, celle du doute : allais-je être aussi satisfait qu’auparavant.
Un immense fracas réveille Pierre. Un coup de tonnerre ? Peut-être… C’est l’aube, le jour pointe, la chaleur est déjà étouffante dans le petit appartement qu’il occupe au 13e étage de sa tour de banlieue. Ensommeillé, il entrouvre le rideau de la fenêtre depuis son lit… et demeure pétrifié par le panorama qui se révèle à lui. Un brouillard poisseux recouvre tout, c’est à peine s’il distingue la silhouette de la tour des Tilleuls qui se dresse à quelques dizaines de mètres de là. Un brouillard un 30 août caniculaire…? Ainsi débute le cauchemar pour tous les résidants de cette barre HLM coupée du monde par un mur cotonneux impénétrable qui semble abriter de terrifiantes créatures, une réclusion forcée qui va contraindre les habitants à s’organiser pour faire face à un ennemi invisible et révéler la vraie nature de chacun. Car après tout, le pire n’est peut-être pas dans la brume… Et d’ailleurs, d’où vient-elle, cette brume ?
J’ai aimé ce livre, de cela je suis sûr. En le prenant d’un strict point de vue narratif, l’histoire de cet échantillon humain confronté à l’impossible est bluffante. Jean-Pierre Andrevon décortique avec bonheur les différentes couches sociales, éducatives, financières pour en extraire les réactions des uns et des autres, leur folie, leur abandon, leur courage parfois, leur foi aussi. Il y a bien sûr une certaine somme de clichés étalés ça et là en fonction du point de vue narratif puisque l’auteur se projette dans la tête des prisonniers de la tour afin de donner des points de vue radicalement différents : le gardien, le jeune prof, l’antiquaire échangiste, la vieille prostituée, la vieille dame et son chat, le vieux prof, l’ouvrier, le caissier, le trio de petites pestes, le groupe de racailles… c’est tout un échantillon de la France des trente dernières années qui se retrouve dans une situation intenable.
Des clichés donc. Soit. En même temps, que se passe-t-il dans la tête de chacun de nous si ce n’est une somme de clichés et de réflexions formatées par un conditionnement sociétal ? Voilà. A peu près pareil. Nous sommes des clichés et nous véhiculons / pensons des clichés, je n’ai donc pas été choqué par le propos de l’auteur. J’ai même été plutôt satisfait de la manière dont il arrivait à se tirer de ce qui aurait pu être un mauvais pas : les gentils blancs, les méchants arabes ou que sais-je encore. Non, ici, tout le monde est mis sur un pied d’égalité, à la foi près, le reste étant annihilé par le bizarre de la situation, la nature profonde de chacun pouvant se révéler.
Cette situation, je ne peux absolument pas vous la raconter mais au fil des journées, chaque journée constituant un chapitre majeur du roman, on en apprend un peu plus sur la situation de la tour et son environnement direct. C’est l’occasion pour l’auteur de décimer peu à peu les habitants de la tour, de les plonger dans leurs péchés, dans leurs névroses, dans leur foi… vaste échantillon de réactions et de « bagages », vaste déballage de cruauté, de violence et d’horreur aussi ! Il y a même Adam et Eve, du moins cela y ressemble fort.
Le rythme va crescendo, les chapitres se raccourcissent, s’intensifient et c’est tant mieux car le rythme du roman reste particulièrement lent et j’ai parfois peiné à rester concentré tant certaines réflexions et situations se répètent à n’en plus finir. L’un des aspects les plus négatifs du bouquin d’ailleurs. Le dénouement est en revanche extrêmement brutal et aurait peut être mérité que l’auteur s’y attarde un peu plus même si le déséquilibre entre la relative lenteur des 10 premiers chapitres, le dénouement brutal et le tout dernier chapitre fait qu’on reste en balance, qu’on pense encore au roman bien après la lecture achevée.
Au final, Jean-Pierre Andrevon introduit dans ce huis-clos une grosse dose de fantastique et de SF sous couvert d’une réflexion poussée sur les relations humaines, leurs réactions face aux situations de crise et leur propension à l’auto-destruction et à la destruction de leur environnement. Une lecture intéressante, saignante, crue, humaine. Vous ne regarderez plus jamais vos voisins de la même façon…
La suite...
Commentaires