Cygnis – Vincent Gessler

Cygnis est le premier roman de Vincent Gessler et derrière ce titre un peu étrange, pas vraiment identifiable se cache en fait une petite perle, certes non exempte de défauts, mais une petite perle quand même.

Pour vous mettre dans l’ambiance, voici la quatrième de couv’ qui a hautement participé à ma décision d’achat :

Est-ce le ciel ou la forêt? Un fourmil­lement frémit à la limite de son champ de conscience, sensation familière associée au danger. Il se redresse à demi et s’empare de son fusil. Ses oreilles bourdonnent. L’œil à la lunette, il fait défiler différents modes de vision. Au-delà de l’espace délimité par l’ouverture de l’abri s’étend la forêt. Et au milieu, bien droit sous la pluie, un robot solitaire. Il n’a pas d’arme et se contente de regarder Syn dans les yeux.

C’est l’histoire de Syn, un trappeur accompagné de son loup au pelage greffé de bandes synthétiques, dans un monde de ruines technologiques. La menace est partout, une guerre se déclare mais Syn ne veut plus tuer ses semblables…

Seule la science-fiction peut nous donner ce vertige d’être des archéologues du futur. Dans une langue raffinée, Vincent Gessler réussit son pari de nous envoûter par son récit âpre et exaltant de l’éternelle recherche des origines.

Et c’est exactement cela. L’auteur nous plonge dans son univers, tout à fait novateur et confondant de réalisme même s’il reprend finalement des ingrédients existants dans nombre de romans de SF de qualité : les robots, la ruine de l’Humanité, la survie de petites poches plus ou moins civilisées, l’évolution d’un monde libéré de l’Homme (cf. Le Monde enfin, hein, ou celui que je lis actuellement, les Chants de la Terre Lointaine)… Mais ici, Vincent Gessler les mixe avec habileté pour nous confondre et nous attraper dans son univers. On se retrouve à lire un « banal » roman d’aventures, d’exploration, de vie à la dure telle qu’ont pu la connaître les pionniers de la Conquête de l’Ouest… mais il plane une drôle d’ambiance, délétère, la menace permanente des diasols, les diables du sols, ces robots qui errent dans le seul but d’exterminer les humains sur lesquels ils tombent. Sans même parler des mythiques épouvantails… Clairement, pour ce qui est du cadre, pour un premier roman, on a un véritable équilibre entre respect des genres et création d’un mélange tout à fait personnel et séduisant.

Pour ce qui est des personnages, il manquent un peu de profondeur même si on est loin de l’abysse de certains livres et que les relations entre les différents êtres humains sont parfaitement gérées, tout comme la relation entre Syn et Dek, ou encore la présence des femmes et leur rôle fondamental auprès des deux trappeurs. De même, la relation de Syn avec Ack, son loup, est touchante, prenante… En fait, le livre se déroule parfaitement bien à ce niveau là jusqu’aux toutes dernières pages, là où l’intrigue bifurque soudainement dans une direction que je n’avais pas du tout vu venir, du moins pas de cette manière ! Je ne vous en dis pas plus mais la rupture est beaucoup trop brusque par rapport à la lenteur consommée du début du livre, toute en intensité. Du coup, les personnages passent complètement au second plan et deviennent de banals faire-valoir, leur psychologie est bâclée au profit du récit, c’est bien dommage…

Mais le bilan reste très positif, surtout si l’on considère ce livre comme un premier roman ! Vincent Gessler nous livre donc sa vision d’un monde apocalyptique, combinant les différents éléments narratifs avec brio mais nous laissant un peu sur notre faim quant au développement en profondeur des personnages, Cygnis aurait peut être mérité une cinquantaine de pages supplémentaires, tant pis, ce sera pour le prochain roman.

Mais d’ici là, je vous suggère fortement de le lire !

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