Une Journée de Légende(s) avec Renault Sport

Il y a des RTT qu’on prend sans hésiter, plusieurs mois à l’avance, sans même connaître le programme. Pour cela, il suffit de prononcer quelques mots magiques, par exemple « Renault Sport ». Vous le savez, la gamme RS a une place très chère dans mon cœur, depuis mes premiers émois face à la Williams, à la Clio Ragnotti ou encore mes premiers tours de roues avec la R26R et la dernière Megane RS. Depuis, Clio III RS, Twingo RS et la mouture 2012 de MRS me sont passées entre les mains et je n’en démords pas : ce sont les meilleures tractions de la production automobile, capables de tenir la dragée haute à leurs concurrentes mais aussi à quelques autres voitures bien plus méchantes. Ces gens sont des sorciers et les rencontrer ne pouvait être qu’une folie, une journée remarquable, un moment qu’on garde gravé dans sa mémoire pour de longues années. Compte-rendu d’une journée de Légende(s).

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Cela commence par un shooting photo en compagnie de la nouvelle Clio RS 200 EDC et nous faisons connaissance avec les autres blogueurs, français, allemands, anglais, italiens, présents pour l’occasion. Les sourires sont légion, il y a même un petit gars tout juste revenu de Malaisie où il coule des jours paisibles, souriant, débonnaire, pas avare en blagues. Cet homme, c’est Jean Ragnotti. Je l’avais croisé il y a… oh, longtemps ! C’était à l’occasion des Grands Prix de l’Âge d’Or à l’Autodrome de Montlhéry. Je me souviens de lui faisant cracher des flammes à la première Renault F1 devant les stands, serrer des mains, distribuer des sourires et des bons mots. Il n’a semble-t-il pas changé.

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On continue du côté de l’Atelier Renault pour un dîner en sa compagnie. Petit bonheur du placement, je vais finalement passer ma soirée à ses côtés, à discutailler rallyes, F1, GT, sport automobile, limitations de vitesses et autres anecdotes totalement folles de sa carrière. Un moment rare que celui de discuter avec un monstre du sport automobile français, à la bonne franquette et c’est aussi un plaisir que de découvrir que le personnage, débonnaire et facétieux, est aussi sympathique qu’il en a l’air.

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Une courte nuit de sommeil plus tard, le réveil est matinal et picote un peu. Direction les Ulis, le centre de développement de RST. J’y suis venu il y a dix ans, c’était d’ailleurs dans le cadre de mes activités professionnelles. Il paraît que je bossais sur la direction assistée de la Clio III RS ! J’avais en tête le souvenir d’ateliers propres et bien rangés, de grands hangars peuplés de merveilles, mes souvenirs étaient bien réels… La visite s’est articulée autour du lien compétition / série avec notamment l’un des mulets de la nouvelle Clio Cup, remplaçante de celle qui est semble-t-il la voiture de compétition la plus vendue au monde (quelques 700 exemplaires en circulation). Châssis revu, triangles alu rotulés, suspensions totalement réglables, traverse arrière renforcée, suppression de l’amplification du freinage (<3), boîte robotisée SADEV spécifique, échappement libéré, étriers Brembo et disques AP, la « Cup » gagne ainsi 20 ch et 30 Nm par rapport à sa sœur civilisée, la RS 200 EDC, le tout pour 40k€. Vous m’en mettrez deux. Merci. L’arceau est soudé et non plus boulonné… il ne manque donc rien pour décliner cette petite bombe en version R3. Wait and see.

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On continue la visite en tournant la tête. On reste calme, on prend une belle inspiration et on laisse partir le sourire qui démange. Bonjour Megane RS N4, bonjour Megane Trophy V6, coucou Twingo R1… Oh mais quel pied. Il faudrait les mettre toutes ensemble sur une piste, ça ferait une belle vidéo Garage des Blogs non ?

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Fin de la visite, c’est l’occasion de parcourir les ateliers où furent assemblés et optimisés les 40 mulets nécessaires au développement de la nouvelle Clio RS 200 EDC. Très peu de moyens d’essais en revanche, RST utilisant les moyens d’essais de Lardy et Aubevoie. L’espace est compartimenté en plusieurs espaces : moteurs, mesures électroniques, mesure du centre de gravité et derrière une cloison, les développeurs… Tiens, ne serait-ce pas une Porsche 911 GT3 qui dort là ? Alpine, où es-tu ? Hum. Vivement.

Allez, direction le circuit de Satory, fief d’ordinaire des Chevrons qui y ont leurs quartiers, proximité géographique oblige (un portail lie le circuit au bâtiment de CSP…). Une flottille de Clio RS 200 EDC nous accueille, en compagnie d’une petite Twingo RS et d’une Megane, tout aussi RS que les autres. La bâtiment principal est gardé par la définition actuelle de Clio Cup ainsi que la Williams et une Clio III RS tandis qu’à l’intérieur, une R5 ayant couru avec Jeannot, une Clio V6 Phase 1, un Renault Spider et la fameuse A110-50 trônent, tranquillement. Rester calme. Calme. Calme. Oh, tiens, Jean-Pierre Jaussaud et Olivier Panis sont là aussi. Bon, ça y est, je ne suis plus calme.

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La journée va ainsi se décomposer en plusieurs ateliers. Le premier, sur aire plane, est axé sur les différences existant entre les différents modèles de la gamme RS. Slalom, freinage d’urgence, évitement, on teste le tout et c’est d’ailleurs l’occasion de se rendre que Clio RS 200 EDC se débrouille bien… Je suis d’ores et déjà un peu rassuré, ayant lu tout et son contraire à son sujet.

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L’atelier suivant consiste à conduire / piloter la Clio RS 200 EDC sur la piste de Satory. Celle-ci, vallonnée, étroite et présentant plusieurs types de surfaces et d’adhérence, est piégeuse à souhait. On garde donc un peu de marge sous les pédales mais force est de constater que la Clio est bien née. Si la boîte me surprend un peu au premier abord par sa relative lenteur, je réalise que je suis en mode « normal », mode que je ne serai pas trop autorisé à quitter si ce n’est sur la longue ligne droite revenant vers les « stands ». L’échappement se libère alors plus clairement, la boîte claque plus vite ses rapports, c’est nettement mieux.

J’attendrai donc de conduire plus longuement, début mai, cette Clio pour me faire un avis définitif. Côté châssis, que dire si ce n’est qu’il faut oublier le côté brutal de la Clio III RS châssis Cup. On retrouve ici un comportement qui n’est pas sans rappeler celui de la Megane RS. Cela lui sera reproché, à n’en pas douter mais je me suis senti à l’aise, sollicitant la voiture sans jamais en trouver la limite tant celles-ci semblent avoir été repoussées. Jean-Maxime Boulanger, à l’époque chef de produit Clio RS, nous avait bien dit que cette dernière mouture allait plus vite que l’ancienne. Je n’ai aucun mal à le croire désormais…

Mon autre inquiétude concernait le freinage et j’ai été en partie rassurée. Le mordant est là, reste à voir si l’endurance propre à des étriers fixes sera aussi au rendez-vous en utilisation intensive. Je ne boude clairement pas mon plaisir d’avoir été rassuré quant au comportement de cette Clio RS et à son niveau de performance. En revanche, soyons clair, le châssis Cup est indispensable à mes yeux pour s’approcher du côté rugueux de son ancêtre. Plus polyvalente à priori, mais plus performante également. Vivement l’essai complet début mai pour confirmer ces premières impressions globalement positives même si l’intérieur aurait pu être encore plus « RS ».

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Je sors de ma session essai / photos / discussions avec messieurs Jaussaud, Ragnotti et Panis pour tomber sur un non-moins illustre personnage, le genre de bonhomme avec qui j’adorerais travailler au quotidien : Laurent Hurgon. Ce monsieur est détenteur du record de la Megane RS sur le Nürburgring. Excusez du peu… C’est aussi le pilote développeur / essayeur de la Megane et de cette nouvelle Clio RS. Il me confirme mes impressions, à savoir un freinage plus mordant que prévu sur des étriers flottants via un gros travail sur la friction, les pressions de saut et le rollback piston des étriers. De même, le train arrière, plus progressif mais tout aussi joueur est calqué sur la Megane avec des suspensions moins raides que l’ancêtre mais finalement plus efficaces… Il paraît également que les baquets spécifiques furent l’objet d’une lutte, gagnée par RST ! Ouf ! Enfin, dernier item de la discussion, le seul gros point noir que j’aie trouvé à la Clio RS : les palettes. Ces dernières restent fixées au moyeu de direction et si leur partie haute est assez facilement accessible d’un petit coup de doigt quand on a le volant braqué, c’est tout sauf le cas pour la partie basse. Autrement dit, il devient très difficile de descendre un rapport en braquant à gauche ou d’en monter un en braquant à droite à moins de lâcher le volant… Cette petitesse est tout simplement due au comodo qui passe en dessous d’elles. Hors de question de modifier un composant standard de la Clio « normale » et RST a du composer avec cette composante. Foutues contraintes industrielles… Je serais presque tenté d’arracher le comodo pour changer les palettes sur « ma » Clio RS !

Allez, trêve de bavardage, et si vivait jusqu’au bout cette journée de « Légende » ? Pour ça, c’est très simple : il suffit de monter dans une voiture légendaire avec une légende du pilotage. Vous l’aurez compris, je parle de Clio Williams et de Jean Ragnotti ! Un baptême fou, fou, fou.

Voiture moins légendaire (pour le moment ?) mais pilote tout aussi fou, fou, fou : la Clio RS 200 EDC avec Olivier Panis ! L’occasion de voir que cette dernière mouture de Clio peut faire beaucoup de choses et dépose tranquillement la Williams. Ces hommes sont totalement timbrés, sachez-le, mais on les aime d’amour avec moult licornes.

Enfin, cerise sur le gâteau pour ceux ayant réalisé le meilleur score au BATAK (meilleur score absolu pour moi d’ailleurs, je me la raconte à défaut de savoir conduire) : un ultime baptême avec Laurent Hurgon au volant de la Clio Cup. Autant vous dire que ça remue très fort et que la voiture est littéralement scotchée à la route, n’en déplaise aux pavés qui ont maltraité mes vertèbres, mon sourire était irrépressible à la montée comme à la descente de la voiture ! Merci Monsieur Hurgon, merci.

La conclusion de cette journée totalement folle (de légende, oui, on peut le dire) : une première prise en main de Clio RS 200 EDC plutôt enthousiasmante bien que prudente quant à mon ressenti global, une visite grisante des ateliers pour un passionné de Renault Sport, des discussions techniques intellectuellement stimulantes et des baptêmes dont je me souviendrai pendant des années. On remet ça quand ?

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