WRC 2019 – immersion suédoise chez Toyota Gazoo Racing

Alors que le rallye du Mexique bat son plein et que certaines des Yaris WRC engagées par Toyota Gazoo Racing sont en embuscade derrière Sébastien Ogier et Elfyn Evans, il est temps de se remémorer l’expérience vécue il y a quelques semaines, en compagnie justement de cette belle équipe menée par Tommi Mäkinen.

J’atterris à Oslo, un visage rayonnant nous accueille, « familier ». Un doute m’assaille, qui sera dissipé après quelques dizaines de minutes passées dans le Toyota PROACE qui nous emmène vers Torsby. Notre guide et accompagnatrice n’est autre que Anne-Chantal Pauwels, l’ancienne copilote de François Delecour. On peut difficilement faire mieux, surtout qu’elle n’est pas avare en explications, conseils et anecdotes.

Pour le passionné que je suis, ayant passé un peu de temps à fouiller dans les archives du championnat du monde des rallyes pour mon mémoire de fin de DUT, l’occasion est trop belle et je profiterai de tout le weekend passé ensemble à l’assaillir de questions ! Un régal, qui a largement participé au souvenir chaleureux que j’ai de l’expérience Toyota Gazoo Racing en Suède.

Nous voilà en tout cas en ce vendredi 15 février au soir sur le service park du rallye de Suède, à Torsby donc ! La zone grouille d’activité, avec énormément de monde qui se balade le long de l’espèce de paddock. La structure Toyota Gazoo Racing est tout au bout, à côté du podium. C’est un moment de calme, avant le retour des voitures le soir. Il est temps de visiter avec Dimitri, l’un des français de l’équipe, en charge des trains roulants et commandes des trois voitures.

Malheureusement, interdiction de prendre des photos des triangles usinés dans la masse, des pivots de toute beauté, des protecteurs de disques allégés au maximum, des ressorts et amortisseurs ou encore des minuscules cales permettant de régler le carrossage aux petits oignons. L’ingénieur en moi avait en tout cas un grand sourire et l’organisation, à la fois assez millimétrée (chaque chose à sa place) et un brin bordélique (pas beaucoup d’espace, les pièces posées ici et là « à la cool ») m’a rappelé le FIA GT.

Chez Toyota Gazoo Racing, j’ai eu le sentiment de retrouver une organisation bien rodée et efficace, tout en conservant une légère impression de bordel. Le terme ne convient pas bien sûr, les résultats sont là pour le trouver. Je peine à trouver un autre mot mais rien à voir – et c’est un compliment – avec l’organisation froidement clinique et militaire observée chez les voisins coréens.

Dans la zone d’assistance, les outils attendent, avec des bouts de skis à changer (les plaques sous caisse), des passages de roue neufs et ainsi de suite. Pas de pression, les voitures ne sont pas encore là. L’ambiance est détendue avant de se refroidir soudainement. Jari-Matti Latvala est sorti dans la dernière spéciale et s’est tanké dans un mur. La perspective d’un doublé – il était à la lutte avec Ott Tänak – s’éloigne pour le constructeur et la loterie suédoise vient de faire une nouvelle victime. Les voitures arrivent toutes, malgré tout. C’est parti pour le rush de vérifications, remises à neuf, réglages et préparation pour la suite !

Le lendemain matin, après un bon dîner et une bonne nuit, les dessous de ski sont mis. Direction Colin’s Crest, l’un des points « chauds » du rallye et du championnat en général. Cette bosse a été nommée en l’honneur du regretté Colin McRae et tous les pilotes sont là pour sauter le plus loin possible ! (ou ménager leur monture, selon la stratégie bien sûr)

Il y a une foule incroyable sur place, ou plutôt sur les parkings d’accès à la bosse, située quant à elle en pleine forêt. Les spectateurs arrivent petit à petit, marchant à la queue-leu-leu entre les arbres. La forêt est silencieuse et je savoure le contraste des couleurs entre les pins rouges et la neige immaculée. Quelques pétards éclatent au loin. Bizarre.

Une odeur de feu, enfin. Du bruit passé une crête. Une maison qui offre nourriture et café et doit faire un sacré chiffre d’affaires en ce jour béni du tonnerre mécanique sur Colin’s Crest ! La foule apparaît soudain, massive, s’agglutinant sur plusieurs centaines de mètres autour de la célèbre bosse. C’est l’occasion de prendre une belle dose de Suède !

Caddie de supermarché transformé en luge, bières à foison, feux de camp absolument partout, parfois avec barbeuq’ pour bien faire les choses, c’est la cour des miracles ici ! On rajoute à cela un stand où attraper des hot-dogs locaux, même s’il est bien tôt pour ça. Cela n’a pas l’air de bloquer les locaux, qui sont pour certains déjà bien « attaqués ».

Parmi les curiosités du lieu, il y a aussi une petite pente transformée en concours de saut de luge (coccyx fragiles, s’abstenir), des planches / sièges installés sur les troncs des arbres, quelques alcools forts, des perruques, des drapeaux qui flottent et même des fumigènes. La cour des miracles, vous dis-je !

Les voitures arrivent enfin ! Sébastien Ogier et Loeb, Ott Tänak, Elfyn Evans, Kris Meeke, Jari-Matti Latvala et tous les autres, précédés par le légendaire Marcus Grönholm qui roule en Yaris WRC, un cadeau de Tommi Mäkinen pour ses 50 ans… L’apprentissage a l’air difficile, générant quelques « hoy hoy » qui ont fait sa marque de fabrique.

Quel plaisir en tout cas de le croiser un peu plus tard dans le service park tant il fut important pour moi à l’époque des hamsters énervés qu’étaient les 206 WRC. La Yaris WRC me fait d’ailleurs beaucoup penser à cette auto et c’est là-aussi un compliment !

Quant à l’instant présent, il est assez délirant, la foule acclamant chaque passage avec commentaires, rires et même quelques moqueries affectueuses… On regarde passer toutes les WRC et les premières WRC2 – pas en reste les petites sur la longueur ! – et il temps de manger une petite saucisse et de filer vers le service park pour la suite des réjouissances.

Certaines WRC2 et R5 sont déjà là quand j’arrive sur place, montrant pour certaines de sacrées marques du combat tout juste passé, les murs de neige ayant l’air d’avoir remporté quelques manches… Les trois Toyota Yaris WRC se portent en revanche à merveille à ce moment-là, Ott Tänak bien en tête du rallye, Kris Meeke se débrouillant plutôt bien et Jari-Matti Latvala attaquant également malgré l’absence de bon résultat possible du fait de sa sortie du jour précédent.

Les modifications sur les autos sont mineurs à ce moment, chaque pilote ayant l’air plutôt heureux de son set-up. Alors une fois de plus, on contrôle, on nettoie, on remet tout en place pour enchaîner sur la prochaine boucle, qui passe par la spéciale spectaculaire de Hagfors ! Kris Meeke part le premier. Ott Tänak partira peu après, après une bonne accolade avec les mécaniciens bossant sur son auto.

Hagfors. Station de ski… La spéciale commence sur les hauteurs, très rapide, très très rapide même, avant de plonger sur une piste de ski où une belle bosse attend les voitures, suivie d’un droite serré ne laissant que peu de place aux erreurs et un rush final vers la ligne d’arrivée… C’est l’occasion de voir encore quelques belles figures dans une ambiance largement plus familiale que Colin’s Crest !

Le soir venu, je me retrouve à Karlstaad pour ce que je déteste le plus dans le rallye moderne : les super-spéciales en ville… Le rallye a toujours été un sport extrêmement populaire et les spectateurs se dépassent en masse sur les bords des spéciales dans tous les pays concernés par l’organisation d’un rallye mondial. C’est simple : le rallye est populaire car les autos ressemblent à celles que nous possédons, les routes sont celles que nous empruntons et… je ne sais pas, c’est une ambiance, un tout, un rallye.

Alors voilà, le stade de Karlstaad, la neige transformée en soupe, des voitures qui souffrent et font du sous-virage et de l’aquaplanning, personne ne regardant ce qui se passe vraiment puisque les autos sont au même niveau que nous. On ne voit rien, on regarde juste les grands écrans qui retransmettent « l’action ». Peut-on appeler ça comme ça ? Bof. Les super-spéciales où deux voitures s’affrontent, en WRC, c’est de la m*rde. Laissons ce genre de spectacle au WRX, qui fait très largement mieux !

Le lendemain matin est autrement plus intéressant ! La Power Stage, dernière spéciale du rallye, fut une merveille à suivre quelques semaines auparavant lors du Monte Carlo, avec une bataille foutrement épique entre Sébastien Ogier et Thierry Neuville, seulement séparés de quatre petits dixièmes de seconde à l’amorce de la spéciale. Les pilotes ramènent leurs autos après les premiers passages du matin, pointant une « dernière » fois avant de partir à l’assaut de ce dernier secteur chronométré qui viendra clore le rallye de Suède.

Il y avait en théorie moins d’enjeu qu’au Monte Carlo pour la première place puisque Ott Tänak bénéficiait de quelque chose comme 48″8 d’avance sur son plus proche poursuivant. En revanche, pour la seconde place, tout était à faire car Esapekka Lappi, Thierry Neuville et Andreas Mikkelsen se tiennent en un peu moins de dix secondes…

De plus, une erreur est toujours possible au dernier moment ! Alors on observe avec une tension bien palpable et l’adrénaline qui monte les voitures passant les uns après les autres, achevant leur boucle dans une ancienne carrière aménagée pour l’occasion et offrant une superbe vue surplombante ! Les pilotes auront tout donné, Esapekka Lappi et Thierry Neuville surtout, mais le podium restera tel qu’il était avant la spéciale.

En revanche, il y a bien un extra-terrestre sur ce rallye : Ott Tänak. Alors qu’il avait rallye gagné, il a tout de même trouvé le moyen d’aller claquer un temps largement devant ceux de ses concurrents ! 3″5 dans les dents de Neuville, tout simplement. Gagner le rallye ne suffisait pas, il fallait faire comme le grand stratège Sébastien Ogier : marquer le plus de points possible, toujours, quelles que soient les conditions.

Le pilote estonien a retenu la leçon de 2018 où Ogier, bien loin d’avoir la meilleure voiture, a su saisir toutes les occasions de marquer pour devenir champion du monde une nouvelle fois. Tänak a l’étoffe d’un champion, cette année pourrait bien être la bonne car la vitesse est là, la voiture est toujours semble-t-il la meilleure et l’équipe est robuste. Un double titre en fin d’année ? Qui sait… mais il est vrai que je vois mal les autres bousculer Toyota Gazoo Racing au vu des équipages engagés et de la qualité de l’auto !

Du côté des pilotes, l’année 2019 s’annonce en revanche tout aussi passionnante que le crû 2018, déjà exceptionnel en comparaison de la décennie précédente !

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