En piste avec Jari-Matti Latvala et la Ford Fiesta RS WRC

J’en avais parlé il y a des mois, des lustres, des millénaires, c’était au mois d’octobre de l’année dernière et je venais tout juste de visiter les ateliers de M-Sport, l’équipe qui prépare les Ford Fiesta RS WRC de Jari-Matti Latvala et Petter Solberg. J’y avais vécu sur un nuage bien que complètement éveillé et attentif à tout ce qui m’entourait, comblé de pénétrer au moins une fois dans ce qui est l’un des tabernacles du sport automobile et d’y rencontrer ceux que je suis à longueur d’année, échangeant librement avec eux. Cet article qui me semble désormais si lointain n’était que le prélude à une seconde journée en leur compagnie.

Au petit matin, après une belle soirée placée sous l’égide des productions locales, le réveil fut délicat. Un petit-déjeuner anglais plus tard et une balade en bus en sus, nous arrivions, les yeux encore un peu collés, dans la forêt de Greystoke. La seule, l’unique. Au delà de son histoire, cette forêt est aussi la base d’essais de l’écurie M-Sport et l’endroit idéal pour nous faire découvrir ce dont est capable une WRC moderne aux mains d’un des tous meilleurs pilotes mondiaux, Jari-Matti Latvala.

Le camion, l’équipe, le monstre et son pilote étaient déjà là, nous attendant sagement dans un silence encore d’or. Robe encore rutilante, pas un poil de terre, de boue ou d’herbes collées à ses flancs, le calme plat avant le démarrage du sonneur. Pilote en place, la voiture est alors partie pour quelques runs de déverminage et de mise en température, le silence de la forêt se voyant soudainement troublé par le hurlement rauque et les décharges de soupape de turbo. Un régal et une mise en bouche idéale avant de monter soi-même à bord.

Le hasard des passages a fait que j’ai eu tout le loisir de monter en pression, en excitation, de nombreux autres invités passant avant moi dans la voiture et ressortissant qui l’air ébahi, qui l’air hagard avant soudainement de laisser exploser un sourire étincelant. Dure attente, terrible attente, ponctuée encore et toujours des bruits de la bête arpentant les bois. Difficile toutefois de se faire une idée des vitesses atteintes si ce n’est sur la première accélération et l’ultime freinage débouchant sur l’aire de repos.

Pour patienter, l’éloignement était une bonne idée. Par exemple un peu plus loin sur la piste afin de la voir passer, dansant sur un fil de boue, plongeant dans les cordes. La dextérité des (vrais) pilotes me subjuguera toujours. Ils sont dans un autre monde, inaccessible. Aussi ai-je savouré chaque passage, chaque freinage en appui avant l’entrée dans ce double droite donnant sur la longue ligne droite du parcours.

Et puis vint le moment de rejoindre l’aire de repos, de voir la Fiesta couverte d’un film de boue. Crottée, bouillante, ne demandant qu’à repartir comme ces gosses qui n’aspirent qu’à sauter dans les flaques. J’avoue qu’à ce moment là mon cœur s’est serré, que l’adrénaline est montée d’un coup alors que je prenais mon casque et sautais dans le baquet de gauche. Coucou Jari-Matti. Vas-y, envoie du lourd. Un dernier mot ? Ouais. FLAT OUT.

Et un sourire débile d’apparaître.

La suite, vous vous en doutez, ce sont quelques minutes de bonheur intense, un sourire complètement irrépressible et moi qui secoue la tête de temps en rigolant et en murmurant « c’est n’importe quoi ! » alors que Jari-Matti semble totalement détendu. Jouissif de bout en bout.

Le sourire que vous avez vu dans la vidéo ne m’a pas quitté à la descente de l’auto et pendant les deux heures qui ont suivi. J’étais perché, ailleurs, stone, high, défoncé, sur la Lune. Une vraie dose d’adrénaline et d’endorphine diffusée dans tout mon corps. Je venais de réaliser un rêve de gosse, un truc que je caressais du bout des doigts de temps à autre, me disant qu’un jour, peut-être, j’aurai l’occasion de monter à bord d’une WRC avec ceux qui font la beauté et la folie de ce sport qui me tient tant à cœur.

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