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Ames perdues – Poppy Z. Brite

Posté par le 17 oct 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 44 vues |

Poppy Z. Brite. Ses âmes perdues. Sa Petite cuisine du diable et ses Contes de la fée verte m’avaient convaincus ! Je dois avouer qu’avec cet autre roman, je suis un peu plus partagé.

Ici, on se penche sur une visite du vampirisme mêlée à une belle étude de l’évolution des adolescents, sur leur propension à s’amocher, à se chercher, à découvrir ce qui se cache derrière chaque sensation, chaque subversion.

À quinze ans, Nothing, adolescent rebelle et mal dans sa peau, s’enfuit de chez ses parents. Sa route croise celle des Lost Souls, créatures étranges, vêtues de noir, qui boivent une liqueur au goût de sang. Insatiables, sensuels, sauvages, ce sont des prédateurs sans loi qui n’obéissent qu’à leurs instincts. Avec Molochai, Twig et Zillah, Nothing part en quête d’amour, de sexe et de violence au son de longs riffs lancinants dans les boîtes punk de La Nouvelle-Orléans, et découvre la vérité sur ses origines…

J’ai eu beaucoup de mal à adhérer à ce roman. Violent, malsain, subversif et pourtant il m’en faut en général beaucoup pour décrocher de ce type d’écriture. C’est justement ce qui pêche pour moi ici : trop violent, trop malsain, trop de rêves induits par ce roman qui m’a retourné les tripes. Alors, bien sûr, j’ai suivi avec attention l’évolution des personnages, les descriptions toujours bluffantes de réalisme de Poppy Z. Brite et j’ai énormément apprécié certains aspects du roman. Reste tout de même la sensation de m’être retrouvé en Enfer, d’avoir touché du bout du doigt et de l’esprit la souillure, la décrépitude, l’horreur, la destruction inutile des humains et des vampires. C’est sale, on se sent souillé par les mots et lignes de ce roman.

Poppy Z. Brite cogne fort avec ces âmes définitivement perdues. Peut être un peu trop fort pour moi alors que pourtant, les nouvelles de ses « Contes de la Fée Verte » m’avaient affectées, mais pas à ce point. Le livre reste toutefois à lire, pour la Nouvelle Orléans, pour sa description de ce ruralisme américain, pour sa vision du vampirisme et notamment de son évolution en fonction de l’âge desdits vampires. Mais ça cogne, sec. A vous de voir, mais vous avez tout intérêt à avoir le cœur bien accroché.

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Léviathan 99 – Ray Bradbury

Posté par le 7 sept 2011 dans Lectures | 2 commentaires | 57 vues |

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ouvert un Ray Bradbury, alors je n’ai pas boudé mon plaisir en dégustant les presque 500 pages de ce pavé, recueil de très nombreux textes échelonnés entre les années 1940 et le début des années 2000. Au menu, le Pyjama du Chat, Maintenant et à Jamais et enfin la nouvelle « La Chrysalide ».

En guise de préface, Ray Bradbury nous livre son écriture, son mode d’écriture, la perte de sa femme et la perte de son démon, celui de l’écriture, pendant plusieurs semaines. Et de conclure : « Mon démon vous parle. J’espère que vous l’écouterez. » S’il y a bien un démon que j’écouterai toujours avec plaisir, c’est celui de cet homme. Poète, génie d’imaginaire, écrivain hors pair, les qualificatifs manquent pour Ray Bradbury, je pleure d’avance le jour où « nous » le perdrons, au même titre que je suis resté prostré dans mon lit, pleurant à la suite de la lecture de Fahrenheit 451.

Le premier recueil de nouvelles, Le Pyjama du Chat, nous conte tour à tour une réflexion délicate sur la couleur de la peau au travers de sa capacité à bronzer (Le jeune homme et la mer), la perte absolue de repères sous couvert de voyage temporel (Un peu avant l’aube), une fable jouissive sur nos hommes politiques et la récupération de l’ensemble des territoires américains par les Indiens d’Amérique (Gloire à notre chef), un hommage personnel à une dame l’ayant élevé (Nous ferons comme si de rien n’était), une fable sur l’art (Olé, Orozco ! Siqueiros, si !), une autre sur ces maisons qui ont une âme, une présence (La maison)… et ainsi de suite. On passe sur le fameux convoi funéraire de John Wilkes Booth, sur cette horrible et fascinante nouvelle qu’est Mort d’un homme prudent, sur la petite merveille de délicatesse qu’est le Pyjama du Chat, sur ce fantasme qu’est « La bétonnière à mafiosi », et ainsi de suite une fois de plus. Je me suis laissé emmener par les talents de conteur de l’auteur, brinquebalé de nouvelle en nouvelle, passant du sourire amusé à celui, tendre, de la personne qui se reconnaît dans les textes ou reconnaît l’hommage d’un génie se considérant comme modeste à d’autre génies qu’il vénère. Point d’orgue à mes yeux, « Tous mes ennemis sont morts », une perle de sept pages résumant à merveille nos vies.

Attendrissement, délicatesse, finesse des mots, Bradbury tisse ses histoires, nous y distille son écriture pour mieux nous y dissoudre comme dans cette chrysalide focalisant toutes les attentions, abritant l’impossible. On tient ici aussi une nouvelle haletante, habile réflexion sur ce qui nous dérange, sur l’évolution de notre humanité. Un huis clos qui laisse entrapercevoir une fin grandiose.

Ensuite, le second recueil de nouvelles commence par « Quelque part joue une fanfare ». Je ne sais trop quoi vous dire à propos de ce texte qui m’a beaucoup marqué et me fait encore beaucoup réfléchir aux orientations que je donne à ma vie. Aussi simple que ça. Drôle d’effet pour un roman qui se trouve être l’amalgame d’une farandole de textes que l’auteur ne destinait pas forcément à la publication. Un texte renversant en ce qui me concerne. Ce n’est en revanche pas le cas de Léviathan 99 qui, s’il donne son nom au recueil, n’est à mon sens pas le meilleur des textes que compte le bouquin. Relecture et réécriture du Moby-Dick d’Herman Melville que j’ai adoré, j’ai été ici un peu moins sensible à l’univers créé par l’auteur. Voilà. Pas d’accroche de mon côté malgré un capitaine fou à souhait et une belle vision de l’espace profond.

Qu’importe cette petite déception finale que j’ai amoindrie en relisant quelques-uns de mes textes favoris, le reste du livre est une petite merveille que je garde dans un coin de bibliothèque et que je chéris. A lire absolument pour l’éternelle délicatesse et la poésie des textes de Bradbury.

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Stalker – Arkadi & Boris Strougatski

Posté par le 24 août 2011 dans Lectures | 2 commentaires | 82 vues |

Le terme de « stalker », je l’entends souvent au boulot, sur le net et un peu partout ailleurs. Aussi, quand j’ai vu la couverture de ce roman, réédité chez Denoël, j’ai pensé à ce sens : des rôdeurs, des voyeurs… Je me trompais. Les stalkers de ce roman sont bien une sorte de rôdeurs mais pas dans le sens où nous l’entendons. Il faut dire que leur situation n’est pas banale…

Des Visiteurs sont venus sur Terre. Sortis d’on ne sait où, ils sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu’ils ont occupée pendant des années sans jamais correspondre avec les hommes, ils ont abandonné des objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent piller au risque de leur vie, comme une bande de fourmis coloniserait sans rien y comprendre les détritus abandonnés par des pique-niqueurs au bord d’un chemin.

Comme le précise la quatrième de couverture, ce roman a eu un tel impact que le terme « stalker » a été utilisé pour nommer hommes et femmes qui ont étouffé le coeur du réacteur en fusion de Tchernobyl, entre le 26 avril et le 16 mai 1986. De la fin de son adolescence à sa dernière aventure dans la Zone, on suit dans ce roman le personnage de Redrick Shouhart, un stalker, un de ceux qui vont dans la Zone au mépris de l’interdiction des autorités, de la surveillance de l’ONU, etc.

Quatre chapitres, quatre phases de la vie de Rouquin. L’action se passe toujours dans la ville de Harmont, paisible bourgade sans intérêt et pourtant un des six points d’impact sur la planète disposés selon le fameux radian de Pilman. Rouquin est d’abord laborantin, revendant pour quelques billets les objets qu’il récupère en marge de ses excursions autorisées dans la zone. Ensuite, il redevient un stalker pur et dur, viré de son boulot de laborantin, en pleine addiction aux objets qu’il peut ramasser, recherchant méthodiquement les artefacts qui peuvent lui éviter de « compter son argent » et ainsi de faire vivre sa jeune femme et leur petit Ouistiti, une petite fille qui porte les stigmates de l’exposition prolongée de son père à la Zone.

Le roman est en fait une boucle autour des phases de bonheur et de déchéance de Shouhart. L’homme est basique, simple, sa détermination est sans faille et la Zone est son seul et unique moyen d’existence, il y est lié, corps et âme. Quelques scènes mémorables parsèment le roman : la première visite dans la Zone, la trahison du vieux receleur, la visite du vieil ami dans une famille en déliquescence et enfin, boucle bouclée, cette dernière visite dans la Zone à la recherche de l’artefact mythique : la Boule d’Or. Dans tous les cas : l’oppression, la charge émotionnelle et les peurs sont là.

Il n’est finalement pas question d’invasion ici mais bel et bien d’une réflexion sur la condition humaine, sur la propension de l’homme à s’autodétruire, sur la capacité des villes de se développer autour d’un point focal exceptionnel. L’écriture rapide et nerveuse de la traduction prend aux tripes, les personnages sont décortiqués avec finesse grâce à l’utilisation de la narration à la première personne, c’est efficace et ça fonctionne. On a mal avec Rouquin, on a peur avec Rouquin, on s’horrifie parfois de ses propos, de sa violence, de son absence palpable d’humanité quand il est dans la Zone alors qu’il est tout au fond, on le sait, une sorte de bon bougre. Stalker te colle une bonne droite avant de t’enchaîner avec un uppercut, on en ressort quelque peu hagard, les derniers mots du roman résonnant encore sur les lèvres, ultime soubresaut de tension libérée.

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Les Loups de Prague – Olivier Paquet

Posté par le 22 août 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 49 vues |

Une couverture vendeuse, une quatrième de couv’ accrocheuse et un éditeur en qui j’ai globalement confiance : Les Loups de Prague de Olivier Paquet commençait très bien.

Prague, huit ans après un putsch militaire. La Ville vit sous la forme d un système immunitaire géant soumis à une véritable programmation biologique. Au cœur de la cité, pourtant, opère dans la clandestinité une guilde du crime, mafia organisée en clans régis par des lois animales mais servis par une technologie sidérante. Dans ce contexte singulier, deux hommes vont se connaître et se mesurer : Václav, journaliste et militant du retour à la démocratie ; Miroslav Vlk, maître des Loups. Aveuglé par sa fascination pour le chef de meute, Václav entraîne les habitants de Prague vers ce qui pourrait bien être un ultime bain de sang.

Oui, commençait bien. Le contexte de cette Prague futuriste est la seule bonne surprise du roman, tout comme ce que l’on peut imaginer de ses alentours. Les États n’existent plus, seules les Villes ont survécu avec leurs campagnes. C’est finalement une nouvelle sorte de féodalisme qui s’est mis en place, les grandes agglomérations restant les derniers pôles de technologie, d’organisation sociale « moderne ». Et voilà Prague, son gouvernement, son armée et sa Guilde. La Guilde, c’est l’association de tous les clans de malfaiteurs, voleurs, assassins et autres mécréants. Les Loups, les Requins, les Serpents, les Rats, les Aigles, les Cafards et ainsi de suite. Chacun son corps de métier, chacun sa structure sociale et sa hiérarchie, chacun son caractère et chacun sa maîtrise technologique. La Guilde contrôle tous les marchés, contrôle le crime, contrôle finalement une forme de liberté et de sauvagerie, un équilibre au système en place. Le coup d’état et le quasi anéantissement de la Guilde par l’armée va modifier l’équilibre des forces.

Le roman dépeint donc la remontée en puissance de cette Guilde sous l’impulsion de son maître, chef du clan des fameux Loups, Miro. Gravitant autour, une foule de personnages, Loups, Serpents, Rats, militaires, flics et biens sûr le fameux journaliste. La trame narrative s’enchaîne bien, les chemins tortueux du pouvoir et des trahisons se rejoignent peu à peu jusqu’au dénouement, avec toujours en trame la Ville, vivante, active, dotée d’une volonté propre ? J’ai l’air enthousiaste ? Mais je le suis ! Cette idée de Ville vivante à l’architecture animée, les Guildes et leur structuration, leur sauvagerie, quelques personnages vraiment burnés, les technologies utilisées (brillantes !), l’ambiance de Prague, la trame narrative… c’est du tout bon.

Sauf que le bât blesse, à deux reprises. Le premier gros défaut à mes yeux, c’est le traitement des personnages. Charismatiques, fascinants même, Olivier Paquet a esquissé ce qui pourrait être une sacrée brochette de bonshommes et de bonnes femmes ! Reste qu’on ne plonge pas sous la surface la plupart du temps, les états d’âme sont dépecés au fil de longues paraphrases de dix lignes alors que dix mots auraient suffi et ce style ne change pas au fil du roman, il insiste, lourdement parfois. Pas de finesse ici, pas de sensibilité, ça ne prend pas aux tripes.

C’est d’ailleurs là qu’on se rend compte que c’est bien l’écriture qui pêche et non pas les idées. Il n’y a pas d’âme, pas de force, les descriptions et explications humaines sont froides, ça ne m’a pas fouaillé les tripes, ça ne m’a pas fait rire, je me suis contenté d’être spectateur d’une histoire, je n’ai pas plongé, ou alors si peu souvent… C’est l’alchimie entre l’univers et l’écriture qui fait mon plaisir. L’un et l’autre n’ont pas à être parfaits, ils se doivent simplement de bien fonctionner ensemble mais l’écriture reste la composante dominante dans l’accroche au roman. Ici, c’est à mes yeux indéniablement raté, dommage.

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Desolation Road – Ian McDonald

Posté par le 19 août 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 48 vues |

Après avoir lu Etat de Rêve, j’avais dit que je m’attaquerais à son premier roman : Desolation Road, dégoté lui aussi au Salon du Livre. Desolation Road se situe d’ailleurs dans le même univers qu’un des plus belles nouvelles du recueil évoqué : « La roue de Sainte Catherine » racontant le dernier voyage du dernier train de Mars, accompagné de flashbacks sur la fameuse Sainte Catherine, celle qui quitta son corps pour fondre son âme dans les machines présidant à la terraformation de Mars.

Mars se réveille. Jusqu’au fond du bout du pire désert martien où le docteur Alimantado décida de s’installer après avoir bu sa dernière goutte d’eau, et qu’il appella Desolation Road. Là le rejoignirent par accident des personnalités aussi singulières que Persis Tatterdemalion, pilote sans avion et tenancière du premier bar, Rajandra Das qui répare les machines d’une caresse, Paternoster Jericho, haut dignitaire du crime, qui fuit ses assassins. Et d’autres, et d’autres encore, tous plus étranges, tous plus humains. Ils connaîtront la pluie sur Mars, et le pouvoir de ROTECH la transplanétaire, et la Sainte de Tharsis, et la guerre, et les tempêtes du temps déclenchées par le docteur Alimantado.

Sept cent ans après le début de la terraformation, Mars commence à être vivable, voire agréable même. Elle est en fait en pleine effervescence ! Il y a comme un parfum de far-west en cours de découverte aux États-Unis, un zeste de Révolution Industrielle, un soupçon de Trente Glorieuses, du marxisme, de l’écologie, de la hard-science tout à fait cohérente avec une époque où l’on est capable de transformer peu à peu une planète.

Au milieu de tous ces thèmes très fortement imbriqués se trouve Desolation Road, l’un des plus grands carrefours de l’Histoire de Mars. C’est ici que le fameux docteur Alimantado, après sa rencontre fortuite avec une machine ROTECH, va accueillir une foule hétéroclite de gens perdus, des parias, tombés là par hasard ou menés au fin fond du désert suite à une quelconque fuite ou un énième retournement du destin. Les premières pages du roman sont d’ailleurs pour dresser le portrait des arrivées successives : Rajendra Das, Mr. Jericho, les Mandella, les Staline, les Tenebrae et ainsi de suite… Drôles de noms n’est-ce pas ? Ils ne sont pas choisis par hasard mais il vous faudra lire le livre pour savoir comment Ian McDonald va dérouler le fil de leur destinée à Desolation Road, comment les générations successives vont tisser les plus grands changements de la planète !Le paradis qu’était Desolation Road à ses débuts va se muer peu à peu en un creuset de l’Histoire.

On navigue en terre de poésie, de loufoque, de purement scientifique, de politique, de sociologie et de religion. Desolation Road est un melting-pot de l’histoire de la Terre, accéléré par une époque de grands progrès technologiques mais aussi riche de magie, de mystères et de mysticisme. Drôle de roman, mêlant tellement de thèmes et d’influences. L’ambition de l’auteur qui m’avait tant subjuguée dans le Fleuve des Dieux est ici du même niveau : un livre doté de nombreux niveaux de lecture, posant un univers complexe, sérieux et barré à la fois. L’écriture joue beaucoup et la traduction donne un ton rythmé, caustique, drôle et très contemporain à l’œuvre.

Une belle claque d’imaginaire, une vision de la terraformation qui m’a séduit, bien loin de la hard-science un poil barbante, une part d’émotion et un attachement à tous ces personnages malmenés par les vents de la planète rouge et par les tourbillons du progrès humain. L’imagination débordante de l’auteur servie par une écriture énergique font de ce roman un petit chef d’œuvre, à la croisée des chemins de ses illustres aïeux évoqués en quatrième de couv’ : Bradbury, Gabriel Garcia Marquez, Dick, Orwell et Huxley. La comparaison n’est ma foi pas imméritée.

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Dragon de Glace – George R.R. Martin

Posté par le 15 août 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 116 vues |

Après avoir lu l’énorme Dance With Dragons, j’avais bien besoin de m’aérer la tête et d’enchaîner de petites histoires. Les nouvelles de Jean-Claude Dunyach ont été un plaisir, je me suis dit que cela pouvait être intéressant d’en lire quelques unes de George R.R. Martin qui, au delà d’être un bon écrivain de romans, est aussi un bon noveliste.

ActuSF a tout récemment publié un recueil de quatre nouvelles : Dragon de Glace. Au menu, la nouvelle éponyme, suivie de Dans les Contrées Perdues, l’Homme en forme de poire et enfin Portrait de Famille. Ces deux dernières ont reçu le Stoker et le Nebula, des prix plutôt prestigieux donc.

Dragon de Glace conte l’histoire d’une jeune fille née l’hiver et ayant développée une sensibilité toute particulière à cette saison et à ces créatures. Située dans un monde de fantasy, cette nouvelle, très agréable, traîne toutefois un peu en longueur mais sa poésie matinée d’héroïsme et noirceur en font un bon moment.

Dans les Contrées Perdues parle quant à elle d’une sorcière qui ne refuse jamais une commande. Jamais. Il lui faut cette fois-ci honorer la commande d’une reine qui souhaite acquérir le pouvoir de se changer en loup tandis que son garde lui commande de ne pas lui donner le pouvoir. Dilemme. Comment honorera-t-elle la commande alors ? La nouvelle est l’occasion pour George R.R. Martin de nous livrer un beau texte en terme d’immersion dans ces contrées perdues qu’Alys la Grise parcourt mais aussi en terme de réflexion sur ces portes que nous ne devrions jamais entrouvrir.

L’Homme en forme de poire, c’est cet homme un peu étrange, en forme de poire justement. On en a tous un dans notre entourage, on en a tous croisé un au moins une fois dans notre vie. L’auteur nous parle ici d’un Homme en forme de poire que son héroïne rencontre. Il s’agit de son voisin du dessous. Drôle de bonhomme. Effrayant. La nouvelle est oppressante, stressante, on se sent tout aussi mal que la principale protagoniste jusqu’au dénouement qui m’a plongé dans des affres de terreur tant il est sadique. A posteriori, je comprends très nettement pourquoi cette nouvelle a reçu le prix Bram Stoker…

Enfin, Portrait de famille s’intéresse à un écrivain très célèbre, divorcé, père d’une fille unique avec qui il s’est fâché de manière assez sévère. Peu d’informations en ce début de nouvelle mais la structure prend forme lorsque sa fille, peintre, lui envoie un tableau représentant le personnage principal de son premier roman, celui qui est et reste son fils aîné… Sous forme de discussions et de flashbacks, George R.R. Martin décortique les névroses et les obsessions de l’écrivain, personnifiées dans chacun de ses romans majeurs. La nouvelle sombre ensuite peu à peu dans les ténèbres tandis que l’on progresse jusqu’aux ultimes discussions entre le père, les portraits et la fille. Une nouvelle bluffante, glauque et oppressante aussi mais un régal malgré la dureté des thèmes qu’elle aborde.

Au final, ce recueil démontre une fois de plus que George R.R. Martin est en effet un très bon noveliste même si je n’en doutais point vu que j’avais déjà lu certains de ses autres romans et nouvelles. A acheter les yeux fermés pour peu que l’on n’ait pas peur de plonger dans des univers quelque peu sombres et effrayants.

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A Dance With Dragons – George R.R. Martin

Posté par le 9 août 2011 dans Lectures | 9 commentaires | 100 vues |

6 ans. Putain. 6 ans. Putain. (et ainsi de suite). J’aurai attendu six années de ma vie un livre. Après avoir attendu quasiment autant pour son prédécesseur, A Feast For Crows, qui s’était avéré être une espèce de tuerie de la littérature, dans le parfait prolongement des trois tomes précédents.

Les tomes précédents, A Feast For Crows et ce A Dance With Dragons font partie du cycle A Song of Ice and Fire, aussi appelé le Trône de Fer en France. Et adapté à la télévision sous le nom de Game Of Thrones. Ah. Voilà, ça doit commencer à parler à la plupart d’entre vous qui n’avez pas (encore) plongé dans ce roman presque légendaire. Mais trêve de blablatage sur l’adaptation télévisuelle (brillante) et sur l’historique du cycle, parlons plutôt de ce nouveau roman, une pavasse de 1000 pages que j’ai avalé en une dizaine de jours, bonjour la boulimie !

A Dance With Dragons reprend donc le destin de nombreux personnages parmi mes préférés abandonnés à la fin de A Storm of Swords tandis que le tome 4, A Feast for Crows, se concentrait sur les autres. Alors que la situation géographique du tome précédent se concentrait essentiellement sur le cœur des Sept Royaumes, on se balade désormais beaucoup plus : le Nord et le Mur, les Cités Libres et le grand Est, sans oublier les Îles du Fer et un soupçon de Dorne. Mais ce n’est pas tout car George R.R. Martin se permet aussi de réintroduire dès les 2/3 du livre quelques uns des autres personnages afin de tous les faire se rejoindre dans la conclusion fabuleuse qu’est la dernière centaine de page du livre.

George R.R. Martin m’a une fois de plus régalé avec un niveau d’écriture (anglaise) extrêmement soigné, délicat, riche, délicatement formulé, agrémenté d’argot et de vocabulaire chevaleresque et médiéval. Autant d’ingrédients qui font que ce livre dépasse une fois de plus la simple fantasy ou la simple medieval-fantasy pour se bâtir une réputation de monde, d’univers, celui de l’auteur et celui que l’on s’approprie.

Jon, Tyrion, Daenerys, Cersei, Jaime, Arya et tant d’autres. Autant de destins que George R.R. Martin fait s’entrechoquer, fracasse, démantibule, construit et révèle. Un festin, un régal pour l’amoureux de ce cycle que je suis. Mais aussi une frustration intense, celle des tous derniers chapitres, des derniers « cliffhangers » de fin de chapitre qui resteront sans réponse jusqu’au prochain roman, dans quelques temps, voire dans quelques années.

Je ne puis être objectif sur ce roman. S’agit-il du meilleur de la série ? Peut-être bien. Mais les autres étaient tout aussi bons. George R.R. Martin continue de peaufiner son écriture, son monde, son histoire. Il prend son temps, c’est une attente atroce mais force m’est de constater qu’à chaque sortie de livre, je me dis que l’attente était plus que nécessaire et surtout justifiée.

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Les harmoniques célestes – Jean-Claude Dunyach

Posté par le 2 août 2011 dans Lectures | 1 commentaire | 72 vues |

Jean-Claude Dunyach fait partie de cette génération d’écrivains français extrêmement connus dont je n’ai pas lu grand chose si ce n’est le démentiel Étoiles Mourantes coécrit avec son ami Ayerdhal, livre qui reste encore dans ma tête comme l’une de mes plus belles lectures. En parlant de ça, il faudrait que je le relise, tiens.

Mais bref, je suis tombé sur ce recueil de nouvelles publié chez l’Atalante : Les harmoniques célestes. Il s’agit en fait du septième recueil de ce type et je vais donc « devoir » acheter les six tomes précédents tant celui-ci m’a convaincu : écriture ciselée, nouvelles rythmées et visionnaires, un régal que la plume de Mr Dunyach.

Le recueil commence par la nouvelle éponyme, une jolie étude sur les expériences de mort imminente (il faut d’ailleurs lire Passage de Connie Willis sur ce thème) et sur l’impact de celles-ci sur la société et sur celui qui a fait la découverte, passé du statut de chercheur à celui de Dieu. Le cadre est un futur proche et l’auteur en profite pour nous décrire un monde où l’on construit de mini-atolls à partir de la mer d’ordures qui trône au centre du Pacifique. L’ensemble est bien construit, agréable à lire et a le mérite de nous faire réfléchir sur ces derniers instants de notre vie et ce que nous aimerions voir à ce moment là. Notre âme ? Ou un joli tunnel tout blanc ?

La nouvelle suivante, la fin des cerisiers, nous mène au Japon et nous pousse à la réflexion sur le traitement de l’actualité, le respect de l’identité d’un peuple et de ses coutumes… mais aussi la propension d’une certaine industrie cinématographique à tout gauchir au nom du sacro-saint profit. Oppressante et délicate à la fois.

Les cœurs silencieux concerne quant à elle les derniers instants de celui qui a bouleversé le monde que nous connaissons en créant une gélule miraculeuse générant l’empathie de ceux entourant celui ou celle l’absorbant. Une douce utopie que celle d’un monde pacifié où l’on pourrait déambuler dans les endroits les plus sordides sans rien craindre pour soi, distribuant des gélules et changeant doucement le monde. Cet homme, pape d’une génération d’humains, va mourir. Peut-il mourir seul. Peut-il faire partager sa mort à tous ceux qui sont venus se recueillir au pas de sa porte ?

Repli sur soie est une belle métaphore sur l’origami, sur la façon dont nous pouvons replier et déplier notre univers, nos réalités, nos sensations, sur le codage et le décodage de ce qui nous entoure et sur le pliage ultime. Celui qui nous permettrait de nous replier sur nous pour aller dans un ailleurs immobile.

Aime ton ennemi aborde quant à elle la question de la recherche environnementale dans un monde saturé de pollutions où la traque de ce qui pourrait améliorer le quotidien environnemental est un Graal. Un monde où les crédits de recherche sont distribués à l’aune des résultats. Alors quand une société récupère des crédits mais ne publie rien, on envoie quelqu’un qui forcément va découvrir le pot aux roses. Solution miracle ? Vraiment ? Jusqu’où peut-on aller pour relancer la machine environnementale ?

Enfin, le visiteur secret est un petit régal de perversité, de curiosité et de questionnement sur le premier amour et ce qu’il représente pour tout un chacun de nous. Une nouvelle un brin étrange au début et qui prend tout son sens dans les dernières lignes. Parfaitement menée en quelques pages…

Je vous le dis, je me suis régalé. Haro sur les six autres recueils !

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Julian – Robert Charles Wilson

Posté par le 13 juil 2011 dans Lectures | 1 commentaire | 413 vues |

Robert Charles Wilson est l’un de mes auteurs favoris, et de loin. Alors quand Lunes d’Encre a annoncé la sortie prochaine de son nouveau roman, Julian, je me suis mis à frétiller et j’ai fait de gros yeux quand j’en ai reçu un exemplaire la semaine dernière. Aussitôt Destination Ténèbres achevé, je me suis donc jeté dessus pour découvrir une splendide citation qui m’a laissé coi pendant quelques minutes, la laissant s’infiltrer en moi, l’utilisant pour jauger ce(ux) qui m’entoure(nt) à son aune.

« Ne cherche pas de roses dans le jardin d’Attalus, ni de fleurs saines dans une plantation venimeuse. Presque personne n’est mauvais, mais certains te peuvent du mal, aussi ne tente pas la contagion par la proximité et ne te hasarde pas à l’ombre de la corruption. » – Sir Thomas Browne

Mais revenons au livre et à son histoire, celle d’un XXIIème siècle post-apocalyptique, basée sur le continent nord-américain qui est bien malgré lui revenu à un mode de vie très proche du XIXème tout en étant enrobé des scories de la déchéance du XXIème. C’est dans ce monde que vit Julian Comstock.

« J’entends coucher ici par écrit la vie et les aventures de Julian Comstock, plus connu sous le nom de Julian l’Agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant. Les lecteurs à qui ce nom est familier s’attendront bien entendu à du sang et des trahisons, notamment la guerre au Labrador et les démêlés de Julian avec l’Eglise du Dominion … j’ai assisté à l’ascension et à la chute d’hommes comme de gouvernements et plus d’une fois, j’ai trouvé au réveil la mort en train de me regarder dans les yeux. »

Voilà un domaine dans lequel je n’attendais pas du tout Robert Charles Wilson, tout comme je ne l’attendais pas sur un ton pareil par rapport à ce à quoi il m’avait habitué, restant très ouvertement accessible, presque trop parfois. Son personnage, Julian, est le neveu du Président et combine les qualificatifs suivants : apostat, conquérant, fugitif, esthète, philosophe. Tout ça, oui, et bien plus encore comme vous pourrez le découvrir. Ce personnage hors du commun est accompagné de deux amis : celui qui remplace son père assassiné et qui est son précepteur, Sam Godwin, et celui qui n’aurait jamais du devenir son ami car issu d’une autre caste, Adam Hazzard et qui nous raconte les évènements du livre. Si Sam représente une figure paternelle, Adam représente quant à lui la naïveté et la simplicité mais je reviendrai dessus.

Je ne souhaite, une fois de plus, pas vous détailler les aventures de Julian afin de ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture, mais je vais en revanche m’attarder quelque peu sur le monde qu’a inventé l’auteur. Il dresse le portrait d’un monde post-apocalyptique tel qu’on ne l’attendait pas, ce type de romans étant plus généralement le théâtre d’un retour en arrière violent, d’une déchéance absolue de l’humanité voire de sa disparition. Le monde tel que nous le connaissons n’est plus, le pétrole a disparu à jamais, les villes ont chu et ne se relèveront pas de sitôt, la vapeur et le charbon ont fait leur grand retour tandis que l’armement et le mode de vie ont un air de XIXème siècle. De plus, l’intégrisme religieux a refait son apparition aux États-Unis et constitue un troisième pouvoir aux côtés de l’Exécutif et des deux grandes armées du pays. Censure, morale, le Dominion impose sa marque sur la société, n’hésitant pas à recourir à des techniques dignes de celles de l’Inquisition espagnole. Du côté du monde du travail et de la structure sociétale, l’esclavage a pris des formes un peu plus subtiles mais les anciens grands propriétaires d’avant la chute se sont transformés en Aristos (ou eupatridiens) tandis que les classes moyennes ont troqué leur droit de vote et la propriété de leur corps contre un travail et un logement dans les exploitations desdits Aristos. Triste monde. Pas si éloigné du nôtre que ça. Car finalement, s’il a perdu tout ou partie de sa part technologique, le monde dépeint par Robert Charles Wilson n’est qu’une extension, une évolution du nôtre, ne conservant que la religion, le social et la géopolitique (la guerre en somme) comme bases, mais sous leur plus mauvais aspect.

Ce que j’aime dans ce roman, c’est justement ce monde que l’auteur dépeint, joli mélange des codes de la science-fiction pour ce qui est des courants anticipation / post-apocalyptique et des codes du western, du roman de guerre et d’aventures. Ce que j’apprécie en revanche moins, c’est la narration et je n’aurais jamais cru pouvoir dire ça de Robert Charles Wilson. Au delà du monde créé par l’auteur, de son contexte, de ses réflexions sur l’environnement, sur la géopolitique américaine, sur la religion, le point bloquant à mon sens est le narrateur du livre : trop jeune, trop niais, trop marqué par son époque, trop redondant dans ses réflexions sur l’apostasie de Julian, trop facile à lire, pas assez incisif et adulte même si le ton évolue un peu au fil des expériences de l’auteur. Je me suis surpris à lire certains paragraphes de travers pour élaguer certaines réflexions et passer à la suite tout en évitant la plupart des commentaires de bas de page, inutiles pour la plupart.

Robert Charles Wilson n’est en général pas spécialement accessible comme auteur pour qui serait un profane de la science-fiction. Il l’est ici complètement, s’ouvrant à un public nettement plus généraliste. Loin de moi l’idée de critiquer cette orientation, le roman est un très bon moment de lecture et un bel exercice de création d’univers. Mais pour ceux qui sont habitués aux autres œuvres de l’auteur, le choc est un poil rude et il faut faire abstraction de ce à quoi l’on s’attendait pour vraiment profiter de cette nouvelle orientation.

Car oui, le livre est riche de réflexions sur notre monde et sur celui qu’il dépeint. Ainsi que je l’ai dit, religion, géopolitique et environnement sont au cœur du livre, le contexte est maîtrisé et le traitement est brillant. Sauf que le narrateur n’est à mon sens pas à la hauteur. Au final, Julian est un très bon roman pour ce qui est des thèmes qu’il aborde et pour ce qui concerne la qualité d’écriture mais il n’atteint pas l’excellence narrative des précédents ouvrages de l’auteur. Un bilan mitigé pour ce qui me concerne mais j’ai tendance à croire que le livre touchera avec succès un public plus large que d’ordinaire.

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Destination Ténèbres – Frank M. Robinson

Posté par le 11 juil 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 115 vues |

Alors que sort aujourd’hui le cinquième tome de A Song of Ice and Fire, il me semblait évident d’une part de l’évoquer mais aussi de publier une petite chronique d’un livre qui m’a très agréablement surpris alors que je n’en attendais pas grand chose, ne connaissant absolument pas l’auteur, ayant simplement lu un petit bout de sa quatrième de couv’.

En mission d’exploration sur Séthi IV, le jeune Moineau dévisse d’une falaise. Très grièvement blessé, il est rapatrié sur son vaisseau-génération, l’Astron, pour y être soigné. Alors qu’il se remet lentement de ses blessures à l’infirmerie, on tente sans succès de l’empoisonner. Guéri, mais amnésique, Moineau ne peut que redécouvrir le monde où il est né : un vaisseau délabré, hanté par un équipage indifférent, voire hostile. Le capitaine de l’Astron est prêt à répondre aux questions de Moineau. Mais cet immortel semble avoir perdu la raison : il veut traverser la Nuit, une partie de la galaxie totalement dénuée d’étoiles, pour aller chercher des signes de vie extraterrestre de l’autre côté. Un voyage de cent générations, qui semble bien impossible pour un vaisseau aussi abîmé que l’Astron.

De la SF pur cru pourrait-on penser : une mission d’exploration de la Galaxie, un vaisseau multigénérationnel, un jeune héros un poil naïf et un capitaine qui a en effet tout d’un Achab à la chasse de son Moby Dick : la vie, extraterrestre, cela va de soi et quel qu’en soit le prix. Il n’en est rien et on s’en rend compte assez rapidement de part la structure de la narration, il s’agit ici bel et bien d’un huis-clos à suspense, une sorte de thriller alors que le vaisseau d’exploration n’est qu’un prétexte à l’étude des tourments humains et de ses ressorts.

De bout en bout, Frank M. Robinson nous promène de coursive en coursive, de zone en apesanteur en planète morte, de la cabine resplendissante du Capitaine aux falsifs qui rendent vivables les cabines. Nul émerveillement toutefois, nul sensationnalisme digne d’un space opéra, nul grossissement des actions et réactions de tout un chacun : on touche ici à la simple nature humaine en espace clos. C’est un poil long, un poil lent parfois. Sauf que la « simple nature humaine » est un peu plus compliquée que cela et les différents leviers que va soulever Moineau au cours de la quête de sa mémoire disparue vont révéler de nombreux coins sombres dans lesquels l’esprit du lecteur s’empresse de s’engouffrer.

C’est là d’ailleurs que réside une grande partie de la maîtrise de l’auteur qui, je le répète, ne cherche pas à nous en mettre plein les mirettes, mais se contente de jouer une partition presque sans fautes quant à l’évolution de son intrigue. De rebondissement en rebondissement, de revirement de sentiments en explosion de violence, Moineau valdingue au gré de l’Astron, entraînant avec lui sa troupe d’amis et d’ennemis, tous lui cachant des informations sensibles qui pourraient orienter le vaisseau dans telle ou telle direction. Bon. Moineau est quand même un bon gros boulet pendant pas mal de temps et il en est presque fatiguant. Fort heureusement, dans ces moments, la belle brochette de personnages secondaires prend habilement le relai.

A côté de cela, l’auteur nous assène une foule de grandes questions restant à l’heure actuelle sans réponse : apparition de la vie sur Terre, ailleurs, quelle probabilité ? L’eugénisme pour un comportement meilleur des humains ? La folie de l’immortalité ? La possibilité d’une société sexuellement libre ? Et tant d’autres qui poussent encore un peu plus loin le roman du côté humain, du côté intrigue et non pas du côté science-fiction, genre auquel il appartient pourtant bel et bien.

En clair, malgré quelques lenteurs et sautes d’humeur, je me suis régalé de ce bouquin qui m’aura même arraché quelques larmes à la fin, preuve de l’attachement qui se crée avec les personnages. Au passage, plongé depuis quatre heures dans le roman sans en sortir, je ne me suis pas rendu compte que j’étais en train de cramer au soleil. Si vous comptez donc le lire cet été et vous retrouver vous aussi absorbés, n’oubliez pas le parasol !

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Le Déchronologue – Stéphane Beauverger

Posté par le 7 juil 2011 dans Lectures | 2 commentaires | 74 vues |

Difficile de rater le Déchronologue sur les piles d’un libraire ou d’un supermarché du livre tant il est bardé de prix : Grand Prix de l’Imaginaire, Prix Bob Morane, Utopiales et Prix du Lundi. Rien que ça. Du coup on se dit qu’il ne peut décemment pas être mauvais mais on reste toutefois un minimum circonspect et prudent en lisant les premières lignes.

On comprend alors tout de suite que l’on a affaire à une plume. Peu importe l’histoire au tout début du livre, ce qui choque, c’est la qualité du propos, la maîtrise du jargon nautique et des argots de bord, le phrasé de l’époque, les joutes verbales : tout se goupille pour créer un univers réaliste dans lequel on nage avec bonheur. Mais ce qui est bien, c’est que cette qualité va rester constante tout du long du livre ! Mais l’histoire ?

« Je suis le capitaine Henri Villon, et je mourrai bientôt. Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends ». Ainsi débute le récit du capitaine Villon. Il lutte avec son équipage de pirates pour préserver sa liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Son arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. »

Du temps ? Sérieusement ? Oui. Et si le navire tire du temps pour découdre le canevas de ses ennemis, il en est de même de l’auteur qui nous balade au gré des décennies, dans un ordre qui semble tout ce qu’il y a de plus arbitraire. 1653, 1640, 1646 et ainsi de suite, les périodes de la vie de Villon s’enchaînent, on s’y perd un peu et puis la structure apparaît tandis que les révélations se dévoilent au gré des époques et des situations que traverse le capitaine à la langue bien pendue et au sabre souvent au clair.

Le Temps est bien sûr le personnage principal du roman même si Villon lui tient tête tout comme nombre de personnages secondaires vus et rencontrés au travers de sa lorgnette. Le propos m’a aussi rappelé pourquoi ce livre avait été publié chez la Volte : l’auteur et Villon à travers lui est nettement un volté… Je ne peux pas décemment trop en dire sur ce qui se passe dans le roman et ni sur la façon dont il s’achève, ce serait vous gâcher un plaisir que je vous annonce énorme. La lecture de ce roman est un régal et je l’ai dévoré les yeux ronds, le cerveau en ébullition pour comprendre la structure du roman, ses personnages, assimilant tant bien que mal l’ambition de l’auteur.

Réussite en terme d’écriture. Réussite en terme de plongée historique. Réussite en terme de vision de la science-fiction. Ce roman mérite clairement tous ses prix et mériterait surtout une place sur nombre d’étagères, y compris celles d’écoliers et d’amateurs de la flibuste et de l’histoire des Caraïbes. Merci donc, Stéphane, pour cette plongée dans mon adolescence amoureuse de flibuste sans pour autant me faire renier mon amour pour la science-fiction.

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Etat de Rêve – Ian McDonald

Posté par le 5 juil 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 58 vues |

Difficile de se faire un avis sur ce recueil de nouvelles de Ian McDonald tant il m’a surpris parfois, laissé sur mon cul sur d’autres textes mais aussi complètement perdu sur quelques uns. Vous l’aurez compris, il s’agit ici d’un recueil de nouvelles, dont celle ayant donné naissance au Roi du Matin, Reine du Jour que j’ai chroniqué il y a peu.

Dix nouvelles, dix textes étonnants à un point tel qu’on ne sait pas trop si l’on nage dans le fantastique, dans la science-fiction ou dans une palanquée d’autres genres littéraires, tous mêlés ici pour ce qu’il convient bien d’appeler un état de rêve. C’est bien ce qui prédomine ici. Il faut s’abandonner pour adhérer, pour comprendre. Oublier le pragmatisme et suivre ce qui ressemble à des divagations de l’auteur.

Il n’en est pourtant rien car il nous mène où il l’entend. A commencer par ce premier texte sur les songes et leur potentiel médical poussé à l’extrême. Voilà un texte qui aurait du me mettre en garde. Le texte « Christian » est une petite merveille, tout comme « la roue de Sainte Catherine », magnifique vision de Mars et splendide réflexion sur la douleur et la pureté du corps.

Au milieu de tout ça, les « Scènes d’un théâtre d’ombre » nous plongent dans une Venise bien étrange, cruelle, dérangeante aussi. Surtout la chute.

« En des cités singulières  » est un hymne au(x) voyage(s) et à l’appréciation de tout un chacun des endroits qu’il parcourt. Surprenante nouvelle bien qu’un peu usante à lire. Ce n’est pas le cas du « Portrait inachevé du Roi de la Douleur par Vincent Van Gogh » qui retrace la fin de la vie du peintre génial et malade, donnant un visage à sa folie, une justification, une explication. Un texte qui laisse le souffle court de part son ambition et sa maîtrise narrative. A lire absolument.

A côté, « Radio Marrakech » et « l’Île des Morts » sont tous deux de beaux textes, peut-être moins puissants que le Van Gogh mais tout aussi accrocheurs et parfaitement menés. Et enfin, « Vivaldi », pas facile à appréhender, emplie de thèmes variés, dont le rythme va croissant, tout comme la déchéance des personnages. Splendide, au final.

Ian McDonald m’a dont séduit une fois de plus, par son écriture toujours délicieuse mais aussi par l’ambition énorme de certains de ses textes, ambition qui avait présidé au dément Fleuve des Dieux. Prochaine lecture de cet auteur : Desolation Road… et j’attends avec grande impatience les prochaines parutions française de l’auteur, chez Lunes d’Encre.

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Daemone – Thomas Day

Posté par le 17 mai 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 135 vues |

Thomas Day a été un des premiers à être chroniqués sur ce blog pour son Trône d’Ébène, un livre qui m’avait beaucoup plu à l’époque bien qu’il soit fort loin de la science-fiction dans laquelle je baignais depuis pas mal de temps. Retour aux sources cette fois-ci et un vrai roman de pure SF dans la plus pure tradition du space-opéra.

« Approchez. Regardez. Tel est le pouvoir des Alèphes… » David Rosenberg est le « Golem de New Edo », le Dæmone Eraser, le démon revenu d’entre les morts qui efface ses victimes. Il est le Gladiateur le plus célèbre de l’Aire Humaine, une star sans équivalent dans l’histoire du Jeu, un combattant déjà mort n’ayant plus rien à perdre depuis qu’il sait sa femme plongée dans un coma dont elle ne reviendra pas. à moins qu’il ne tue à cinq reprises… « Pas d’innocent, pas d’enfant. Et tu retrouveras ta femme. Vivante. » Tel est le marché, le contrat faustien que lui propose l’Alèphe, un Guerrier du temps, l’une des plus mystérieuses créatures des Sept Berceaux, un géant insectoïde aux motivations impénétrables…

Le space-opéra est un genre que j’affectionne à petites doses, je suis particulièrement fan des petits livres de Jack Vance, vous le savez tant je m’émerveille à chaque fois en lisant l’un ou l’autre de ses livres. En revanche, les space-opéras qui durent 800 pages, j’ai nettement plus de mal tant ils ne consistent au final qu’un enchaînement complètement improbable d’actions et réactions destinées au triomphe du ou des héros. Même si parfois on a aussi de bonnes surprises… mais ici Thomas Day se « contente » de toucher à la première catégorie et c’est tant mieux.

Au delà des aventures forcément épiques que relate le roman, Thomas Day va tout de même bien plus loin que la plupart des romans se contentant de raconter une histoire puisqu’il y parle d’amour inconditionnel, celui qui nous ferait oblitérer tout ou partie de notre cerveau dans une spirale d’annihilation de ce qui nous entoure car l’être aimé a disparu. Ou presque. Cette rédemption, c’est celle de Daemone et encore le mot rédemption est-il bien mal choisi mais je répugne à en utiliser un autre sans vous dévoiler un bon pan de l’intrigue.

Côté scénario, on pense aux Princes-Démons, côté univers on retrouve un peu de tout, un maelström d’influences et de tendances dans un futur dont on ne sait trop s’il est terriblement éloigné ou proche et révolutionnaire. On retrouve aussi un peu de technologie, quelques gouttes de science au service du scénario sans toutefois le desservir en le faisant basculer côté hard-science. En clair, on est face à un roman qui coule tout seul sous les yeux, qui génère une évasion salvatrice quand on traverse Paris de bout en bout à une heure où tous les gens sains d’esprit dorment encore.

Quelques heures de lecture ailleurs, une belle aventure qui prend quand même bien aux tripes, l’ambition de divertir, pari réussi pour Thomas Day qui livre, à défaut d’une Ferrari de la SF, un bien joli petit bolide pour s’évader.

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Roi du matin, reine du jour – Ian McDonald

Posté par le 13 mai 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 81 vues |

Un peu comme Christopher Priest, je ne connaissais pas Ian McDonald avant que Denoël ne m’envoie son Fleuve des Dieux et que je tombe sévèrement sur mon postérieur. Aussi, quand l’opportunité de découvrir un peu plus avant l’œuvre de cet auteur, je n’ai pas hésité bien que l’on m’ait clairement signalé que ce « Roi du matin, Reine du jour » n’avait strictement rien à voir avec l’œuvre sus-citée.

Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacCall, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d’autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu’i imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d’on ne sait où.

Ah oui quand même, rien à voir. Si l’on excepte le fait qu’au lieu de toucher à la mythologie et au panthéon de l’Inde, c’est cette fois-ci l’Irlande, le pays d’Ian McDonald qui y vit depuis ses 5 ans qui est mis en lumière. Et quelle lumière.

Trois énormes chapitres, chacun dédié à une des trois femmes nommées sur la quatrième de couverture. Trois chapitres liés, connectés, aux personnages récurrents et à la symbolique de plus en plus moderne tout en restant profondément ancrée dans les mythes irlandais et ses personnages légendaires.

Ian McDonald déroule ici le destin extraordinaire de ces quelques représentantes d’une longue lignée de femmes capables de donner vie aux mythes, de les entretenir, de les construire ou de les détruire. Les phages sont légion, le Mygmus, ce pays du mythe, tient à son existence pourtant bien proche du néant car fruit des rêves, des colères, des bonheurs et des fantasmes de tout un pays.

Si le chapitre est un peu longuet, son caractère oppressant nous tient en haleine de bout en bout et même si certains fils d’intrigue semblent se délier, nous sommes encore bien loin de nous douter de la trame qu’a tissé l’auteur, fidèle à son Fleuve des Dieux en terme de complexité et d’interconnexions. Le second chapitre, plus court, plus dynamique et intense à la fois, est source de rires, de questionnements, de réponses aussi mais encore parcellaires et frustrantes tant on touche la vérité. Il faut attendre les révélations du troisième chapitre et son univers moderne (1991 te voilà) pour enfin prendre l’entière mesure de l’univers qu’a tissé l’auteur autour de l’Irlande, de sa retranscription du pays (qui donne d’autant plus envie de s’y rendre) et enfin des mythes qui font partie intégrante d’elle.

Voici un livre pas toujours évident à lire, pas forcément facile à appréhender quand on se plonge dedans à 7h du matin au fin fond d’un métro mais qui nous amène en tout cas à reconsidérer ce qui nous entoure, quand bien même on ne vit pas en Irlande. Bref, s’il n’atteint pas l’excellence et la maîtrise du Fleuve des Dieux, ce roman, l’un des premiers de l’auteur, est à lire et à garder dans un coin de sa bibliothèque pour son écriture et son univers fortement dépaysant. Prochaines lectures : Desolation Road et État de rêve, dénichés comme celui-ci dans les stocks du Salon du Livre !

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Touriste – Julien Blanc-Gras

Posté par le 11 mai 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 298 vues |

« On est toujours le touriste de quelqu’un… » voilà une remarque que je me fais très régulièrement et que tous les voyageurs devraient se faire. Julien Blanc-Gras n’y coupe pas, surtout qu’il est un drôle de touriste, un homme qui voyage beaucoup, tout le temps, dès qu’il peut.

Obsédé par les cartes, le narrateur décide de visiter tous les pays du globe. Des favelas colombiennes aux hôtels clubs tunisiens, en passant par les karaokés du Yang-tsé-Kiang, les villages oubliés du Mozambique, les vagues polynésiennes, les plateaux de Bollywood, le tumulte du Proche-Orient et même par la Suisse, ce promeneur globalisé nous guide à travers l’inépuisable diversité des mondes.

Difficile pour moi de ne pas m’identifier en lisant ce livre, difficile pour moi de ne pas adhérer à la majeure partie du propos, de plonger dans ces voyages plus ou moins extraordinaires, de ne pas me rappeler certaines rencontres un peu folles que l’on peut faire en voyage. Quand j’ai lu la quatrième de couverture, je n’ai pas pu m’empêcher de rêver un peu et de me dire que j’aurais bien voulu écrire ce livre. Sauf que mon passeport n’est pas encore bien rempli en comparaison du Touriste de Julien Blanc-Gras.

Alors, certes, des livres de voyages, il en existe des milliers et ce, depuis le XVème siècle environ. Alors pourquoi celui-ci devrait-il être différent ? La réponse tient dans sa date de parution et dans son propos : ils sont actuels. L’auteur nous plonge donc dans ses réflexions plus ou moins barrées ou profondes sur la géopolitique actuelle, sur la géographie, sur les clichés comme lallemandenshort ou bien le conflit israélo-palestinien, sur sa névrose perpétuelle quant à la découverte de pays supplémentaires.

Julien Blanc-Gras déroule ainsi des expériences, des réflexions, nous parle de sa fascination pour les cartes et la géographie, nous conte des rencontres folles ou désagréables, nous parle un peu de sexe aussi. En bref, il aborde un peu toutes les thématiques liées au voyage, à l’abandon de son chez-soi, à la douceur d’y revenir et à la nécessité d’en avoir un, finalement. Surtout, il nous parle de l’amour qui se tisse parfois entre un pays et nous, nous rendant fous de désir d’y revenir alors qu’il nous a pourtant laissé sur un sentiment mi-figue mi-raisin. On y parle contemplation, on y parle alcool, on y parle tourisme de masse, on y parle poorism, on y parle des touristes chinois, on parle un peu de l’Unesco et de son côté Disney, on parle aussi de maladies vénériennes.

Le livre est bien structuré et joue sur la progressivité : découverte de la passion du voyage, découverte du passeport et enchaînement des expériences en tant que journaliste ou en tant que simple voyageur. Des expériences plus ou moins excitantes, plus ou moins génératrices de rêve mais toujours dotées d’une justesse mâtinée de cynisme et de clairvoyance. Le style très dynamique de l’écriture fait que le livre se dévore plus qu’il ne se lit, posé au soleil si possible, afin de rendre le supplice de l’énumération des pays un peu plus tolérable.

Au final, c’est une belle lecture, à l’écriture moderne, dénuée de toute prétention moralisatrice, un simple journal de bord que l’on souhaiterait avoir rédigé et surtout avoir vécu. Ce livre, au delà de ses réflexions, de son humour, de ses clichés dénoncés et assumés, est une invitation au voyage, une invitation à assumer ce putain de statut de touriste. Car non, être un touriste, ce n’est pas forcément sale.

Merci Julien Blanc-Gras de m’avoir confirmé ma volonté de remplir coûte que coûte ce passeport que je traîne depuis 2003, de m’abandonner, d’apprendre à voyager, de connaître de nouveaux horizons sans renier ma vie actuelle. (oui c’est très euphorique comme remerciement mais c’était ce que je ressentais en fermant le livre à la toute fin, une vraie satisfaction)

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