Billets de Mélissandre L

Firmin, Autobiographie d’un grignoteur de livres – Sam Savage

Posté par le 21 juil 2010 dans Lectures | 2 commentaires | 66 vues

Firmin est un cynique, un blasé, un intellectuel à la Lord Henry. C’est un Valmont des temps modernes ou un Chuck Bass avant l’heure, selon vos références. Un poil méchant et misanthrope, gentleman flegmatique de l’ordre des dandies dégingandés qui font craquer les filles. Parce que sous le vernis et il l’admet lui-même, c’est un « incorrigible romantique » qui donnerait cher pour faire valser Ginger Roger ou une de ses « mignonnes » ainsi qu’il surnomme les icônes hollywoodiennes des vieux films en noir et blanc qu’il voit passer au Rialto. Comme si nous n’étions pas déjà toutes sous son charme, il faut également le savoir pianiste jazz et féru de lecture, de la poésie d’Ezra Pound à la science fiction en passant par les ouvrages les plus pointus de la phrénologie.

Un souci seulement, ce cher petit rat de bibliothèque, est particulièrement trapu et poilu, il a le nez proéminent et son manque de menton est la cause de tous ses tourments. Pas facile pour lever des mignonnes. La faute à sa mère, rongeuse de son état, qui laissa le caniveau pour mettre bas sa portée de souriceaux au creux d’une petite librairie de Boston, dans les années 60.

Ce petit bijou présente l’autobiographie peu banale d’un être incroyablement touchant, né entre des morceaux de Moby Dick qui cherchera toute son existence à vaincre la baleine blanche de sa propre solitude. Plus tout à fait rat, très loin d’être à la hauteur (centimétrique) d’un humain, et à mille lieues des clichés muridés (adieu Mickey, Stuart Little et Rémi !), le petit personnage vous fera rire et probablement pleurer, particulièrement  si vous partagez son engouement littéraire. De fait, par-delà cette très jolie (quoique atrocement courte) narration, transparait la fable de l’auteur ou du lettré qui vivant sa passion se coupe forcément des êtres humains et ne peut jamais réellement se réhabiliter à cette réalité. Mais au fond, qu’importe, la fiction est souvent bien plus satisfaisante.

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Crépuscule Ville – Lolita Pille

Posté par le 1 juil 2010 dans Lectures | 0 commentaires | 704 vues

Dans toutes les bonnes histoires le héros, j’entends par-là le personnage principal, se voit faire face à l’antagoniste parfait, l’antihéros par excellence ou le super-vilain si l’on se trouve dans le confortable rapport entre le bien et le mal.

Vous allez dire que c’est incroyablement prétentieux, mais depuis toute petite, j’avance à la manière d’une lectrice d’un livre dont je suis l’héroïne. Vous voyez, je le savais, ma côte de popularité descend en flèche ! Hypocrites ! Avouez que vous l’avez déjà fait également, soit répéter une ligne dans le miroir, soit vous dire que le sort s’acharne contre vous (ça c’est un peu le summum de l’égocentrisme), voire voir la vie comme un Truman Show permanent et vous dire qu’un cameraman finira bien par sortir du buisson.

Quoi qu’il en soit, ce jeu est bien plus rigolo quand on trouve un adversaire contre qui partir en croisade. Les moulins à vent c’est sympa deux minutes par temps de canicule mais après ça fait naître des envies de carrière de meunière : Melly, tu dors, ton moulin va trop vite ! Eh ben, il fait sa vie de moulin, je suppose, fiche-moi la paix, je dois faire honneur à mes origines corses.

Les moulins, c’est chiant et ça sent moins bon que le maquis. Cependant, de mon côté je n’y ai pas eu à faire trop longtemps. Dès que j’ai eu envie de me faire publier il y a quelques années,  les gens agaçants ont commencé à pousser dans mon champ de vision, façon champignons plantaires sous les pieds du gamin qui trempe à la  piscine le vendredi. Dès mon premier recueil de haiku, la très chère Maison de Poésie Française (ça vous donne pas envie de faire des révérences ridicules à vous, toutes ces majuscules ?) a qualifié mon travail de « destruction » de l’art poétique et moi de « gamine qui aurait décidé de casser le jouet raffiné qu’elle ne comprend pas ». Difficile à avaler quand on a passé trois ans à construire un système, mais rudement stimulant ! Depuis, je travaille deux fois plus dur, pour leur montrer et puis peut-être un peu pour me montrer à moi que je peux faire mieux, bien mieux.

D’autant qu’arrive (presque) tout le temps le jour où Lao Tseu a raison, où le cadavre de l’ennemi passe devant soi sur la rivière, sans qu’on ait vraiment eu à sortir les dents. Je suis rancunière, très. Alors, je vais à l’occasion à leur  « journal parlé de la poésie » et je lis religieusement leur revue, le Coin de table. Je ne parle pas, ils ne me connaissent pas,  je reste là, comme la tique du Parfum. Toujours surveiller la rivière et garder près de soi, ses ennemis. Depuis la Maison de la Poésie est en train de faire faillite, fichue hors des murs du très bel hôtel particulier où il ruine de jeunes élans littéraires depuis des lustres par un autre groupe d’auteurs. Je suis leur déchéance à travers le coin de table, la gamine n’a jamais vraiment le droit de participer aux disputes des grands durant le diner, pas vrai ? Reste que j’aime ce plaisir mesquin de me dire que dans une autre vie, je serais outrageusement riche et je pourrais avoir décision de vie ou de mort sur ce petit comité pédant.

Pour occuper mes élans râleurs et vengeurs le reste du temps, j’ai un choix monstre dans la littérature contemporaine française. Mais ma tête de turc préférée est de très loin la jeune et jolie Lolita Pille. D’abord parce que commencer un roman par « Je suis une pétasse », c’est trop facile.  Je pars du principe qu’on ne peut critiquer que ce que l’on sait faire, voilà pourquoi je n’ai pas rendu de véritable pige avant cette année. Savoir lire et pouvoir écrire c’est bien, mais n’étant pas publiée, je me faisais un peu l’effet de la jalouse, celle qui n’a pas eu le privilège à 18 ans  d’avoir un papa fréquentant des éditeurs et qui ne sait même pas écrire un roman de gare qui commencerait par « je suis une pétasse». Depuis, j’ai essayé et je confirme, c’est facile. Lolita, c’est le Voldemort de mon Harry Potter, le Dark Vador de mon Skywalker, je n’irai pas jusqu’à parler du capitaine Achab mais vous avez suivi l’enchainement. J’attendais donc le moment où je pourrais lui envoyer une bonne cinglante, un aller-retour virtuel qui me défrustrerait du calvaire de Hell et de BubbleGum.

C’est dans cet esprit-là que j’ai succombé à l’appel de Crépuscule Ville, deux heures à tuer et moi avec dans une gare, justement. A l’époque de sa sortie, je me roulais de rire devant les interviews insipides de la rebelle. Partie à New-York, elle ? Mais pourquoi faire ? Chérie, même si tu vas à Columbia, tu ne remporteras pas le Pullitzer à la sortie, hein, regarde Katherine Pancol. Il lui faut environ 1300 pages pour sortir un passage potable…  (On y reviendra plus tard). Faut arrêter de croire que n’importe qui peut devenir Paul Auster en allant trainer à Central Park ! Et moi de me gausser grotesquement dans mon coin.

Maintenant que j’ai lu la nouvelle Lolita, je ne rigole plus. Blême, parce que je viens de réaliser que je n’ai pas lâché le maudit bouquin de la journée ! Éberluée, parce que pendant des heures, j’ai suivi Syd Paradine comme l’ombre de son ombre dans l’espoir qu’il trouve un solution, s’en sorte et emmène Blue loin de tout. Bluffée, comme une pré-ado qui ne croit plus à la magie et se laisse avoir par un nouveau tour de passe-passe.

Je pensais qu’elle n’écrirait que des romans d’autofiction cliché sur la jeunesse dorée du 16ème et me voilà dans quelques centaines d’années dans une ville de ce qu’il reste des Etats-Unis angoissée par une atmosphère putrescente digne d’un Ridley Scott ou même d’un Philip Dick. Je ne dirais pas d’un bon Philip Dick non plus, car la demoiselle n’invente pas grand-chose…  Cet univers d’anticipation si proche de l’apocalypse, noir et désabusé, je l’ai lu de nombreuses fois chez les auteurs américains. Reste que c’est très fort de se glisser dans le style d’un Californien cinquantenaire et paranoïaque, surtout si l’on est née à Sèvres et que l’on se roule dans la peau d’une belle jeune femme. La Pille signe ici un roman de science-fiction au poil, juste et si loin de ses romans précédents qu’on ne peut que souligner les grands progrès qui ont été accomplis et espérer que le prochain soit sinon mieux, à tout le moins, tout aussi mordant.

Ce dernier opus sonne pour moi le crépuscule des idoles, parce qu’on peut aussi adorer haïr quelqu’un et que je ne me sens vraiment pas maline maintenant que la super-vilaine a fait son mea maxima culpa à mes yeux… Mes drougies, il est l’heure de retourner au Relay de la gare.

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Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec

Posté par le 16 avr 2010 dans En Vrac | 12 commentaires | 19 vues

Quand  je serai vieille je serai un ptérodactyle, en attendant je bois à la santé d’Adèle.

J’ai de grosses lacunes en matière de BD, alors en voyant cette affiche toute steampunk  ça a été « Saperlipopette, ça c’est pour moi ». D’ailleurs, cette Adèle, toute en plumes sur son ptérodactyle, dans MON Sacrosaint Jardin des plantes, elle me rendait verte de jalousie. Les plumes, c’est moi ! Non d’une pipe. Mais ça a été plus fort que moi, j’y suis allée. Comme tout Besson qui se respecte, Adèle promettait du grandiose et il fallait que je vois ça de mes propres yeux. Alors j’ai bravé amygdalite, les reins, les révisions et même mon dégout personnel du réalisateur hadopiste par excellence. Cela dit, j’ai tout de même pouffé en voyant la notice « Attention ! vous êtes surveillés, gare à vous, ne filmez pas, ne copiez pas ce film etc etc bla bla bla » et j’ai tout de même eu un tout petit peu peur durant les quelques secondes du générique. Parce que bon les hiéroglyphes, c’est mignon, mais en 2010 et en images de synthèse, ça fait assez remake d’Astérix et Cléopâtre et ça me rappelle que Brendan Fraser est maintenant vieux et gros.

Mais la peur n’a pas duré longtemps et j’en ai eu pour mon argent Mesdames et Messieurs, entre le Paris merveilleux longtemps avant la Bibliothèque François Mitterrand, les costumes à la mesure de mes délires de petite fille gâtée et l’action qui s’enchaine à un rythme effréné, je ne me suis pas ennuyée une minute.

En revanche, le côté rétro et l’aspect BD seraient sans doute mieux passés si Jeunet ou Caro avaient été de la partie… Bon, c’est Besson hein, il a des sous, des effets spéciaux, mais question qualité d’image j’aurais apprécié un peu plus de jaune… A la rigueur, des plans à la Guy Richie façon Sherlock Holmes auraient pu faire l’affaire. Mais très honnêtement ce serait pinailler, ce qui n’est aaaaabsolument pas mon genre, of course.  Et puis il faut créditer la mise en scène d’un superbe passage en parallèle d’un œuf et d’un crâne d’œuf. Sans compter Louise Bourgoin dans son bain. Nue très nue, mais subtilement tout de même (je ne saurais pas expliquer autrement, il ne faut pas tout gâcher non plus).

D’ailleurs, la mise en scène, mes amis ! Des gouailles parisiennes, des caricatures drolatiques à souhait, un Jean-Paul Rouve à en perdre son khôl sous les yeux (peut être une compensation pour le trauma de Madagascar, je ne sais pas, une grande idée en tous les cas), des momies bobos avant l’heure et Elle !

Méchante, hystérique, ultra-condescendante, prétentieuse, égoïste, têtue comme un chameau, en un mot Parfaite ! Rarement héroïne ne m’avait autant séduite, Louise en Adèle c’est le citron dans un cheese-cake de froufrous exotiques. Ça donne un je-ne-sais-quoi qui ne peut pas laisser indifférent. Alors, même si je ne suis pas réconciliée pour autant avec Luc, je vous conseille à tous ce très bon divertissement et je suis maintenant tout à fait fan de Tardi et dès que j’en ai l’occasion, je m’offre  la Blanc-Sec en intégrale !

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L’Arnacoeur

Posté par le 1 mar 2010 dans En Vrac | 5 commentaires | 10 vues

« Selon vous doit-on laisser les parents interférer avec la vie de leurs enfants ? »  Voilà la question que j’aurais aimé poser à Pascal Chaumeil.  Je me torture sur mon siège pendant 2 heures : «  Aviez-vous calculé l’hommage à Patrick Swayze ? » «  Cautionnez-vous le mensonge dans l’amour ? » Entre deux fous rires maintenant, je cherche à faire mon intéressante au futur proche. Mais rien ne sort. Plus tard, je n’oserai pas, plus tard d’autres demanderont et moi je resterai dans ma bulle à profiter des quelques secondes avant le réveil … C’est aussi dur de sortir du noir d’une séance de cinéma que d’un lit chaud en hiver.

La vérité c’est que malgré « l’acide », malgré le scénario si évident, j’ai ri et j’ai aimé, séduite.  Je ne pourrais pas vous faire un compte rendu technique, parce que soyons honnêtes, je n’y connais rien. En revanche, les histoires, c’est mon dada, de la littérature américaine post-moderne au manga pour midinette, les méchanismes d’un scénario rodé je les connais, par cœur et même à l’envers. Pourtant, j’arrive encore à me faire avoir. Arnaquée par l’Arnacoeur , mais dans le bon sens cette fois et avec le sourire !

Alex (Romain Duris) est briseur de couple professionnel, et pour séduire son gros contrat, Juliette (Vanessa Paradis), il va sortir le grand jeu : Wham, les dauphins, le roquefort et surtout Dirty Dancing. Moi qui suis allergique à Duris, il faut me dire dès à présent où signer pour qu’il vienne danser dans mon salon (Dieu bénisse les chemises noires et la costumière de ce film). Parce que n’importe quelle fille (ou n’importe qui ?) a envie qu’on lui dise exactement ce qu’elle (ou il ?) a envie d’entendre et qu’au final, Alex a beau faire le pire des jobs, on ne peut pas le détester. Après tout, il ne s’occupe que des femmes malheureuses, leur offre un souvenir de pur bonheur et puis il a bon fond le bougre, évidemment. Alors quand la salle se rallume, je m’en fous de l’ingérence parentale, de Patrick Swayze, et qu’on me mente, pourvu qu’à la fin j’en garde le sourire aux lèvres.

Ce film mérite donc d’être vu par quiconque aurait besoin d’un  peu de séduction ou de bonheur, et à défaut, allez-y pour l’humour, pour François Damiens, incontrôlable à son habitude, pour  son accolyte  polyglote  Julie Ferrier que j’ai découverte ici avec plaisir et que je recommande chaudement. En y allant dans cet esprit, pas d’arnaque, vous passerez un bon moment !

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Le Siffleur

Posté par le 29 jan 2010 dans En Vrac | 0 commentaires | 10 vues

La plupart des gens rêvent d’être quelqu’un d’autre, la fille populaire, le type séduisant, celle qui réussit en affaire, celui qui a une chance de cocu…

Pour combler la frustration de tout le monde et surtout celle de son « jumeau », Maurice enfile ses lunettes de soleil, saute dans sa voiture de sport et se débarrasse d’un sifflement de tous les ennuis alentours. A pourfendre l’oppresseur avec autant de verve, on  pense à un robin des bois qui aurait bien vieilli et on ne peut que l’aimer ce Maurice…

Contrairement aux travelings renversants à la limite de la nausée après les repas de fêtes, le scénario est léger mais bien mené, les personnages assez justes et juste comme il faut pour une comédie de début d’année. Et puis, soulignons le casting qui à la manière d’un plat bien relevé  permet à chaque acteur de révéler sa propre saveur.

François Berléand jusque là figure secondaire peu marquante nous fait rire et occupe tout le devant de la scène avec brio !On y retrouve également un Fred bien moins lourd qu’avec Omar et quand on se souvient de King Guillaume on se dit que ces deux-là sont comme Hitch et sa copine : plus ils sont loin  l’un de l’autre et mieux ils bossent !  Une Elfira qui joue les potiches à merveille, une Célarié plus fine que de coutume et un Thierry Lhermitte méchant à souhait qui nous manquait depuis le dîner de cons.

Pour conclure, le Siffleur me ferait presque changer d’opinion sur ce système de financement populaire qu’est Peopleforcinema.com. Je pars du principe que c’est le début de la fin des maisons de productions cinématographique mais également des maisons de disque (www.mymajorcompany.com) et d’éditions. Mais au final, quitte à ne plus faire que du bon divertissement à la manière du Siffleur, pourquoi pas?

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