Lectures

Le Sang des Immortels – Laurent Genefort

Posté par le 30 jan 2012 dans Lectures | 1 commentaire | 25 vues

J’ai un rythme de lecture assez merdique en ce moment, je ne m’y mets pas… Brasyl m’a épuisé et il m’est difficile de me replonger dans un livre. Le Sang des Immortels de Laurent Genefort est l’exception à la règle. L’auteur d’Omale et de l’excellent Mémoria s’est ici fait plaisir avec un roman d’aventures, de quête, de chasse.

Ils sont quatre : Affer le mercenaire, Nemrod le chasseur fortuné, Joker l’ancien prêtre et Liaren l’anthropologue. Quatre aventuriers venus sur ma planète pour traquer le Drac, cet être légendaire dont le sang offrirait l’immortalité. Quatre chasseurs… et moi, leur guide, qui prendrais bien la poudre d’escampette si la prime n’était pas aussi alléchante ! Chacun a ses motivations, chacun a ses secrets. Pour réussir notre expédition, il nous faudra affronter la Maréselva, la forêt qui ne fait qu’un avec l’océan, et ses mystères : des rebelles autonomistes, une flore hostile, une faune sauvage et peut-être, au bout de l’enfer, le Drac.

Lorsque j’avais discuté avec lui aux Utopiales, Laurent Genefort m’avait dit s’être beaucoup amusé en écrivant ce livre, laissant libre court à son imagination et arrangeant tranquillement les tours et détours d’un univers bien étrange. C’est effectivement ce que j’ai ressenti en lisant le livre, en découvrant une faune et une flore assez hallucinantes, en me plongeant dans des personnages aux caractères très variés et aux modes de fonctionnement divergents.

Au bout de toutes ces aventures et autres péripéties, il y a bien évidemment le Drac et ce qu’il signifie, il y a la rédemption pour certains, de nouvelles portes ouvertes pour d’autres et surtout la résolution de tous les non-dits entre les différents personnages. Tout cela se lit comme un bon Jack Vance, avec le plaisir de la découverte, du dépaysement, de l’aventure ! Alors bien sûr ce livre n’a pas du tout la même portée que Mémoria par exemple mais cela reste un bon moment de lecture, sans prétention si ce n’est celle d’avoir construit un environnement plaisant dans lequel s’évader et Laurent Genefort écrit toujours aussi bien. Vivement la réédition d’Omale chez Lunes d’Encre tiens…

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Qui veut aller à Angoulême avec EspritBD et la Caisse d’Epargne ?

Posté par le 16 jan 2012 dans Lectures | 19 commentaires | 209 vues

Tiens, cela faisait longtemps que je n’avais pas fait gagner un joli petit truc ici, il faut dire qu’il y a peu de choses que je souhaiterais vous faire gagner. En revanche, des pass pour un festival que j’ai découvert et adoré il y a maintenant deux ans, ça ne refuse pas. Je ne pense d’ailleurs pas que vous refuserez ! Petit mot tout d’abord sur ceux qui vous invitent : EspritBD. Il s’agit en fait d’un mécénat de la Caisse d’Épargne aidant au développement ce qu’on peut appeler un youtube de la BD, doté de tout l’arsenal numérique moderne (autrement dit des apps iPhone / iPad par exemple) et surtout gratuit. Le but est de faire découvrir la BD à certains, de pousser aussi de jeunes auteurs.

Autrement dit, je vous invite à aller y faire un tour, ça a clairement de la gueule et il y a de jolies choses à découvrir.

Pour en revenir au concours, ce sera très simple : vous me laissez un commentaire entre maintenant et le 19 janvier à 15h et je tire au sort ! A gagner : 2 billets valables les 4 jours du festival ! De quoi se gorger de BD et d’esprit BD. A vos claviers.

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Brasyl – Ian McDonald

Posté par le 14 déc 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 32 vues

Après mes autres lectures du même auteur, je me suis lancé dans cette relecture du Brésil par Ian McDonald. Trois histoires, trois périodes temporelles, un destin commun comme on va finalement le découvrir au fil des pages.

2006 : Marcelina Hoffman est productrice de télé réalité. Elle vient d’avoir l’idée d’une émission qui pourrait définitivement lancer sa carrière : organiser le procès de Moacir Barbosa, le gardien de but responsable de la défaite de la Seleção lors de la Coupe du monde de Football en 1950. 2032 : Edson souhaite par-dessus tout sortir de la favela où il vit, à São Paulo. Mais sa rencontre avec Fia Kishida pourrait bien changer la donne. À moins qu’il ne tombe sous les coups d’une lame quantique. 1732 : Le père Quinn a été chargé par les Jésuites de retrouver dans la forêt amazonienne un prêtre dissident et de le ramener dans la vraie foi… ou de l’éliminer. Mais quel peut bien être le lien entre ces trois Brésil séparés par les minces voiles du temps ?

Que puis-je dire si ce n’est que la lecture de cet ouvrage fut une plaie ? Autant Ian McDonald fait montre de talent dans l’idée du livre et de ses lignes directrices, autant c’est un bordel innommable pendant une bonne partie du roman ! La traduction n’aide absolument pas en intégrant une quantité phénoménale de mots plus ou moins portugais et censés être facilement interprétables (aucune envie d’aller lire le glossaire toutes les 5 pages…).

Le fait est que j’ai beaucoup aimé les différents Brésil que l’auteur dépeint : c’est beau, c’est réaliste, c’est bourré de détails et c’est profondément cohérent avec l’époque dépeinte. Autrement dit c’est du bon Ian McDonald tant cet auteur a cette capacité à nous plonger dans un univers. Seulement, la cohésion entre les univers mets du temps à prendre forme, on commence à s’ennuyer, on se perd dans le style et dans cette traduction lourde à souhait, ce n’est tout simplement pas bon.

Quel dommage de voir une si bonne idée de roman et de fonctionnement temporel soit ainsi ruinée par un style un poil hésitant et une traduction foireuse. Pour me faire une idée, il faudrait que je jette un œil à la version originale du roman mais j’ai bien peur de devoir garder quelques excellents bribes du roman en mémoire en guise de satisfecit.

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Veuf – Jean-Louis Fournier

Posté par le 8 nov 2011 dans Lectures | 4 commentaires | 249 vues

Jean-Louis Fournier, je ne le connaissais pas. Je l’ai entendu le weekend dernier sur France Inter où il venait parler de son dernier livre, « Veuf ». Il y raconte ses pensées après la mort de sa femme, les choses qu’il se dit, qu’il ne lui a pas forcément dites, fort d’une tendresse et d’un cynisme mêlés. Jean-Louis Fournier m’a touché par ses paroles, par la douleur que l’on sent poindre dans ses mots, par son humour cinglant. Le livre était dans mon escarcelle le soir même. Je l’ai dévoré d’un coup d’un seul, m’en suis abreuvé.

« Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre, c’est bien triste, cette année on n’ira pas faire les soldes ensemble. Elle est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Sylvie m’a quitté, mais pas pour un autre. Elle est tombée délicatement avec les feuilles. On discutait de la couleur du bec d’un oiseau qui traversait la rivière. On n’était pas d’accord, je lui ai dit tu ne peux pas le voir, tu n’as pas tes lunettes, elle ne voulait pas les mettre par coquetterie, elle m’a répondu je vois très bien de loin, et elle s’est tue, définitivement.
J’ai eu beaucoup de chance de la rencontrer, elle m’a porté à bout de bras, toujours avec le sourire. C’était la rencontre entre une optimiste et un pessimiste, une altruiste et un égoïste. On était complémentaires, j’avais les défauts, elle avait les qualités. Elle m’a supporté quarante ans avec le sourire, moi que je ne souhaite à personne. Elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie. »

Jean-Louis Fournier souhaitait mourir le premier, il a perdu. Sa femme partie, il n’a plus personne avec qui parler de lui. Alors pour se consoler, ou pour se venger, en nous parlant d’elle, il nous parle de lui.

Ce livre, il l’a écrit pour qu’elle le lise, elle qui voit très bien de loin. Il le martèle d’ailleurs plusieurs fois, on sent ce besoin, cette frustration absolue de l’absence de l’autre. Ce livre, c’est la chronique d’un veuvage récent, c’est le constat des plaisirs de quarante années de vie à deux, ce sont les petites piques du quotidien, c’est le bonheur de la construction en commun, c’est l’admiration sans bornes qu’il lui voue et la conscience soudaine d’avoir perdu celle qui le supportait si bien avec tous ses défauts.

J’ai pleuré comme un con, j’ai ri, Jean-Louis Fournier m’a fouaillé les tripes avec ses phrases à la fois simples, délicates et cyniques parfois. La simplicité est là pour la tendresse, on sent l’homme qui peine à trouver ses mots alors qu’il est un écrivain renommé, pas facile de mettre des mots sur des choses qu’il n’exprimait pas de vive voix. Même si c’est selon lui bien plus simple. La délicatesse, ce sont les petits moments qu’il conte, qu’il polit, qu’il patine, qu’il chérit. La beauté de l’amour prend tout son sens ici, pour ses petits bonheurs comme pour les moments difficiles. Le cynisme enfin, celui qui lui fait lire son courrier, celui qui lui fait tancer Mme SFR, celui qui lui fait « mettre à la poubelle » Sylvie dans son téléphone, celui qui sabre les condoléances et les gestes dérangeants des proches et des moins proches face à cette disparition.

150 et quelques pages, autant de sujets, certains récurrents. Quelques plongées dans les abysses, quelques poussées de bonheur coupable, ces quelques lignes de chronique sont bien peu de choses au regard du contenu du livre. La forme, épurée, parfois seulement quelques lignes par page, est là pour renforcer le propos, pour nous obliger à réfléchir. Il nous faut nous gorger de cette rareté de mots, exprimant tellement plus dans nos crânes.

Je me suis retrouvé dans ce livre, j’y ai vu ma mère, j’y ai vu la mort de mon père et les longs mois qui ont suivi. J’ai retrouvé une partie de ma douleur, j’ai fait livrer un exemplaire du livre à ma mère, j’y ai lu quelques phrases qui touchent au sublime. Ce mélange de maladresse des mots doux et tendres, ce cynisme assumé face à la mort et à ce qui l’entoure… Merci Jean-Louis Fournier pour ces beaux mots, cet amour débordant, cette déclaration d’amour. Sylvie est belle et bien vivante dans ces pages et j’aimerais un jour écrire les mêmes phrases. Sauf si je meurs en premier.

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Moi, Lucifer – Glen Duncan

Posté par le 7 nov 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 106 vues

Moi, Lucifer. Titre aguicheur n’est-ce pas ? Et que dire de la couverture, un poil bandante ? Après tout, ce n’est pas tous les jours que le Prince des Enfers se retrouve planté comme un con dans une enveloppe mortelle. Pas n’importe laquelle ceci dit !

Prisonnier (par la volonté de Dieu) du corps d’un écrivain fraîchement suicidé et chichement membré, Moi, Lucifer, Ange Déchu, Porteur de Lumière, Prince des Ténèbres, de l’Enfer et de ce Monde, Seigneur des Mouches, Père du Mensonge, Suprême Apostat, Tentateur, Antique Serpent, Séducteur, Accusateur, Tourmenteur, Blasphémateur et, sans contestation possible, Meilleur Coup de l’Univers Visible et Invisible (demandez donc à Eve, cette petite garce), j’ai décidé – ta-daaah ! – de tout dire. Tout ? Presque : le funk, le swing, le boogie, le rock. C’est moi qui ai inventé le rock. Si vous saviez tout ce que j’ai inventé : la sodomie, bien sûr, la fumette, l’astrologie, l’argent… Bon, on va gagner du temps : tout, absolument tout ce qui vous empêche de penser à Dieu. C’est-à-dire à peu près tout ce qui existe.

C’est donc parti pour presque 300 pages d’un grand délire d’ange déchu en pleine réflexion décousue sur son parcours, sa place aux côtés de Papy, sa chute, son emprise sur les maux humains et la pourriture naturelle de cette Humanité qu’il adore et méprise à la fois, son combat permanent pour remporter un maximum d’âmes face au Fiston, à Papy et au Saint-Esprit. Beau programme. Tout commence toutefois par cette proposition de Gabriel, messager de Dieu pour l’occasion : il faut que Lucifer passe un mois dans le corps d’un écrivain plus ou moins raté et nommé Declan Gunn (oh oh) afin d’avoir une chance d’être réintégré avec ses anciens copains en Sa présence…

Challenge accepted comme dirait l’autre ! Après tout, envahir le corps moche, gras et sans intérêt de ce bonhomme, se laisser envahir par certaines de ses névroses, découvrir ses anciennes histoires et puis finalement mener sa propre barque de chair et de sang alors qu’il avait l’habitude de les posséder, tout ça est intriguant. Avec une grande vie assurée par les comptes sans fond des Enfers, Lucifer se prend au jeu de la conquête humaine. Il se met en scène, décide d’écrire son autobiographie au travers des doigts de Gunn, peinant à trouver les mots parfois, veut en faire un film et s’entoure de ceux à même de réaliser la chose, le tout sous l’influence d’un nombre maximal de substances psychotropes et mêlé d’une grosse grosse dose de stupre.

Le livre raconte de manière très décousue ce parcours, il oscille de bord en bord : la biographie et la vie sur Terre dans le corps de Gunn. Ces sauts du coq à l’âne sont autant d’occasion pour Lucifer de nous conter notre histoire, depuis la Genèse jusqu’à notre époque contemporaine. Pédophilie, abus en tous genres, tentative de corruption du Fiston, transformation de la douleur en un système, inquisition, guerres diverses et variées… tout y passe, crûment, brutalement, cyniquement et avec une lucidité détachée à vous coller la gerbe. Lucifer est en cela fidèle à l’idée que l’on se fait de lui même si l’auteur nous réserve quelques surprises sur la toute fin du roman. Une fin étonnante d’ailleurs, qui m’a plu.

Je tempèrerai toutefois mon propos avec quelques (gros) défauts du livre : Lucifer apostrophe le lecteur beaucoup trop souvent, de manière insistante, un effet de style quelque peu usant et contreproductif à la longue. De même, se pose parfois la question suivante : « et tout ça pour quoi faire ? »… car oui ce livre ne sert au final pas à grand chose si ce n’est à nous dépeindre, nous, l’Humanité, tous travers inclus. De plus, comme je le disais plus haut, l’ensemble est terriblement décousu et on peine à chercher une trame puisque c’est après tout ce que l’on fait tous, tout le temps. Enfin moi, en tout cas. Sauf que c’est Lucifer… et qu’on s’y fait, ça colle bien au bonhomme toutes ces digressions.

Bilan ? Un peu partagé parce que j’ai passé de très bons moments à la lecture de ce livre. Je me suis aussi un peu emmerdé parfois, ai sauté quelques lignes, ai ronchonné sur certains effets de style… mais ce qui me reste au final, c’est le cynisme, la satire, la cruauté : c’est sans pitié et j’ai pris mon pied avec ça. Si vous n’aimez pas le cynisme, oubliez ce livre. Mais si comme moi vous aimez les bons mots et un ton bien piquant, ça se lit pas mal.

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Spin – Axis – Robert Charles Wilson

Posté par le 4 nov 2011 dans Lectures | 3 commentaires | 109 vues

Voici deux romans que j’avais dans mon escarcelle depuis quelques temps et que je me suis décidé à lire pendant et juste après la semaine sarde en septembre. Comme je vous l’ai déjà dit, Robert Charles Wilson fait partie de mes auteurs favoris, aussi me suis-je plongé dans le premier roman, Spin, avec délectation.

Une nuit d’octobre, Tyler Dupree, douze ans, et ses deux meilleurs amis, Jason et Diane Lawton, quatorze ans, assistent à la disparition soudaine des étoiles. Bientôt, l’humanité s’aperçoit que la Terre est entourée d’une barrière à l’extérieur de laquelle le temps s’écoule des millions de fois plus vite. La lune a disparu, le soleil est un simulacre, les satellites artificiels sont retombés sur terre. Mais le plus grave, c’est qu’à la vitesse à laquelle vieillit désormais le véritable soleil, l’humanité n’a plus que quelques décennies à vivre… Qui a emprisonné la terre derrière le Bouclier d’Octobre? Et s’il s’agit d’extraterrestres, pourquoi ont-ils agi ainsi ?

Que dire de ce roman si ce n’est qu’il constitue l’une de mes plus grosses claques science-fictionnesques de 2011 ? Dans ce livre à l’ambition bien planquée dans les premières pages, on suit le destin de ces trois personnages, l’un extraordinaire, les deux autres orbitant autour de sa trajectoire exponentielle. Jason Lawton est le génie de ce livre, il représente la science. Diane quant à elle va représenter le mysticisme et la religion tandis que Tyler, spectateur et acteur à la fois des actes de ce roman, va s’intégrer tant bien que mal dans les univers de ses amis.

La fable est belle, science et religion s’opposant et se rejoignant à la fois, intimement et intrinsèquement liées mais se déchirant au cour de débats arbitrés à l’aune des faits incompréhensibles qui s’abattent sur la planète Terre. Voilà donc un débat de fond qui structure le roman et les relations humaines, leur évolution. Ce premier niveau de lecture est brillamment mené mais les autres ne sont pas en reste. Le roman se veut aussi une fable humaniste, dépeignant les réactions de l’Humanité face à cet inconnu démesuré, face à une échéance temporelle à l’issue définitive et catastrophique. Wilson verse ici dans une sorte de pré-apocalypse parfaitement décrite et terriblement tangible.

Enfin, il y a la science. Le Spin et tout ce qui va ressortir de son étude… Dans ce livre, Wilson se permet tout simplement de faire un résumé d’un grand nombre des thèmes de la science-fiction : terraformation, espace-temps, réseaux intelligents, exploration spatiale, modifications géniques et ainsi de suite. Un condensé qui pourrait tendre vers la simplification à outrance afin de pouvoir tout traiter. Il n’en est rien car chaque sujet est maîtrisé, décortiqué et tend vers un aboutissement, vers la somme qu’est ce roman appréhendé dans son ensemble. Une vraie grosse claque, un roman qui ma foi mérite une jolie place au panthéon des livres de SF.

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La Maison qui glissait – Jean-Pierre Andrevon

Posté par le 24 oct 2011 dans Lectures | 3 commentaires | 36 vues

Lorsque « La Maison qui glissait » est sorti il y a déjà pas mal de temps, je me suis rué dessus, ravi de retrouver un auteur qui m’a convaincu lors de mes dernières lectures de ses œuvres. Pourtant, bon an mal an, je l’ai laissé de côté avant de finalement le dévorer la semaine dernière, une boule au ventre, celle du doute : allais-je être aussi satisfait qu’auparavant.

Un immense fracas réveille Pierre. Un coup de tonnerre ? Peut-être… C’est l’aube, le jour pointe, la chaleur est déjà étouffante dans le petit appartement qu’il occupe au 13e étage de sa tour de banlieue. Ensommeillé, il entrouvre le rideau de la fenêtre depuis son lit… et demeure pétrifié par le panorama qui se révèle à lui. Un brouillard poisseux recouvre tout, c’est à peine s’il distingue la silhouette de la tour des Tilleuls qui se dresse à quelques dizaines de mètres de là. Un brouillard un 30 août caniculaire…? Ainsi débute le cauchemar pour tous les résidants de cette barre HLM coupée du monde par un mur cotonneux impénétrable qui semble abriter de terrifiantes créatures, une réclusion forcée qui va contraindre les habitants à s’organiser pour faire face à un ennemi invisible et révéler la vraie nature de chacun. Car après tout, le pire n’est peut-être pas dans la brume… Et d’ailleurs, d’où vient-elle, cette brume ?

J’ai aimé ce livre, de cela je suis sûr. En le prenant d’un strict point de vue narratif, l’histoire de cet échantillon humain confronté à l’impossible est bluffante. Jean-Pierre Andrevon décortique avec bonheur les différentes couches sociales, éducatives, financières pour en extraire les réactions des uns et des autres, leur folie, leur abandon, leur courage parfois, leur foi aussi. Il y a bien sûr une certaine somme de clichés étalés ça et là en fonction du point de vue narratif puisque l’auteur se projette dans la tête des prisonniers de la tour afin de donner des points de vue radicalement différents : le gardien, le jeune prof, l’antiquaire échangiste, la vieille prostituée, la vieille dame et son chat, le vieux prof, l’ouvrier, le caissier, le trio de petites pestes, le groupe de racailles… c’est tout un échantillon de la France des trente dernières années qui se retrouve dans une situation intenable.

Des clichés donc. Soit. En même temps, que se passe-t-il dans la tête de chacun de nous si ce n’est une somme de clichés et de réflexions formatées par un conditionnement sociétal ? Voilà. A peu près pareil. Nous sommes des clichés et nous véhiculons / pensons des clichés, je n’ai donc pas été choqué par le propos de l’auteur. J’ai même été plutôt satisfait de la manière dont il arrivait à se tirer de ce qui aurait pu être un mauvais pas : les gentils blancs, les méchants arabes ou que sais-je encore. Non, ici, tout le monde est mis sur un pied d’égalité, à la foi près, le reste étant annihilé par le bizarre de la situation, la nature profonde de chacun pouvant se révéler.

Cette situation, je ne peux absolument pas vous la raconter mais au fil des journées, chaque journée constituant un chapitre majeur du roman, on en apprend un peu plus sur la situation de la tour et son environnement direct. C’est l’occasion pour l’auteur de décimer peu à peu les habitants de la tour, de les plonger dans leurs péchés, dans leurs névroses, dans leur foi… vaste échantillon de réactions et de « bagages », vaste déballage de cruauté, de violence et d’horreur aussi ! Il y a même Adam et Eve, du moins cela y ressemble fort.

Le rythme va crescendo, les chapitres se raccourcissent, s’intensifient et c’est tant mieux car le rythme du roman reste particulièrement lent et j’ai parfois peiné à rester concentré tant certaines réflexions et situations se répètent à n’en plus finir. L’un des aspects les plus négatifs du bouquin d’ailleurs. Le dénouement est en revanche extrêmement brutal et aurait peut être mérité que l’auteur s’y attarde un peu plus même si le déséquilibre entre la relative lenteur des 10 premiers chapitres, le dénouement brutal et le tout dernier chapitre fait qu’on reste en balance, qu’on pense encore au roman bien après la lecture achevée.

Au final, Jean-Pierre Andrevon introduit dans ce huis-clos une grosse dose de fantastique et de SF sous couvert d’une réflexion poussée sur les relations humaines, leurs réactions face aux situations de crise et leur propension à l’auto-destruction et à la destruction de leur environnement. Une lecture intéressante, saignante, crue, humaine. Vous ne regarderez plus jamais vos voisins de la même façon…

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Mémoria – Laurent Genefort

Posté par le 19 oct 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 59 vues

Il y a un certain jeune homme qui m’a toujours beaucoup parlé de Laurent Genefort, me vantant son talent et la qualité de son œuvre majeure : Omale. Aussi, et en attendant tranquillement que ladite œuvre soit rééditée chez Denoël Lunes d’Encre, je me suis jeté sur Mémoria.

Il travaille pour le compte des multimondiales qui se partagent l’univers. Il erre de planète en planète au gré de ses contrats. Il est le tueur à gages le plus redouté des mondes humains. Le plus cher, aussi. Nul ne sait qui il est véritablement. Pas même lui. Tel est le prix de son immortalité, qu’il doit à un artefact extraterrestre unique et qui ne le quitte jamais. Tout comme les « crises de souvenirs » qui le terrassent de plus en plus souvent. Des souvenirs dont il ne sait même pas s’ils sont les siens. Des crises qui masquent une terreur secrète, tapie au fond de lui sous la forme d’un cauchemar qui, inexorablement, se rapproche et menace de l’engloutir. Le compte à rebours est engagé…

Laurent Genefort m’a bluffé, m’a retourné la tête, m’a vraiment fait plaisir avec ce roman. Le contexte « space-opera » est tout d’abord parfaitement maîtrisé avec tout d’abord ces d’artefacts extraterrestres assurant les transits de porte à porte, des sauts d’années-lumières dont il faut remercier une vieille civilisation, potentiellement disparue. Les voyages n’étant pas chose aisée et accessible financièrement pour autant, les planètes développent chacune leurs spécificités avec toujours dans leur entourage une de ces multimondiales, parangons futurs de nos multinationales, plus puissantes que des mondes ou de nos jours, que des pays. Si l’on rajoute à cela une belle dose de technologie, ne serait-ce tout simplement que la mallette Mémoria et ses capsules de souvenirs, on a un dosage parfait et tout à fait cohérent et satisfaisant pour le lecteur.

L’intérêt du roman ne réside pour autant pas dans ce parcours de mondes, dans les différentes missions que doit accomplir notre tueur à gages, il se trouve dans l’étude de sa personnalité et de celles de ses hôtes. Car oui, ce qui compte vraiment dans ce roman, c’est la psyché humaine, c’est la puissance des souvenirs, la construction de la personnalité et les différents points majeurs qui nous définissent. Le tueur ne sait pas qui il est, il a changé d’hôtes tellement souvent, s’est abreuvé de leurs souvenirs afin de s’approcher de ses cibles, s’est injecté quelques souvenirs particulièrement agréables qu’il garde dans des petites capsules. Ces souvenirs sont-ils les siens ? Comment peut-il se définir lui-même alors que ses propres souvenirs, il n’arrive même pas à les identifier parmi tous ses cauchemars, ses capsules, ses remontées de souvenirs vieux comme le monde ?

C’est cette réflexion que mène l’auteur tout au long des situations plus ou moins surprenantes, nous plongeant dans les trous obscurs de la conscience du tueur, nous dirigeant peu à peu vers un dénouement que je n’avais tout simplement pas vu venir. Vraiment brillant et donc à lire !

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Ames perdues – Poppy Z. Brite

Posté par le 17 oct 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 36 vues

Poppy Z. Brite. Ses âmes perdues. Sa Petite cuisine du diable et ses Contes de la fée verte m’avaient convaincus ! Je dois avouer qu’avec cet autre roman, je suis un peu plus partagé.

Ici, on se penche sur une visite du vampirisme mêlée à une belle étude de l’évolution des adolescents, sur leur propension à s’amocher, à se chercher, à découvrir ce qui se cache derrière chaque sensation, chaque subversion.

À quinze ans, Nothing, adolescent rebelle et mal dans sa peau, s’enfuit de chez ses parents. Sa route croise celle des Lost Souls, créatures étranges, vêtues de noir, qui boivent une liqueur au goût de sang. Insatiables, sensuels, sauvages, ce sont des prédateurs sans loi qui n’obéissent qu’à leurs instincts. Avec Molochai, Twig et Zillah, Nothing part en quête d’amour, de sexe et de violence au son de longs riffs lancinants dans les boîtes punk de La Nouvelle-Orléans, et découvre la vérité sur ses origines…

J’ai eu beaucoup de mal à adhérer à ce roman. Violent, malsain, subversif et pourtant il m’en faut en général beaucoup pour décrocher de ce type d’écriture. C’est justement ce qui pêche pour moi ici : trop violent, trop malsain, trop de rêves induits par ce roman qui m’a retourné les tripes. Alors, bien sûr, j’ai suivi avec attention l’évolution des personnages, les descriptions toujours bluffantes de réalisme de Poppy Z. Brite et j’ai énormément apprécié certains aspects du roman. Reste tout de même la sensation de m’être retrouvé en Enfer, d’avoir touché du bout du doigt et de l’esprit la souillure, la décrépitude, l’horreur, la destruction inutile des humains et des vampires. C’est sale, on se sent souillé par les mots et lignes de ce roman.

Poppy Z. Brite cogne fort avec ces âmes définitivement perdues. Peut être un peu trop fort pour moi alors que pourtant, les nouvelles de ses « Contes de la Fée Verte » m’avaient affectées, mais pas à ce point. Le livre reste toutefois à lire, pour la Nouvelle Orléans, pour sa description de ce ruralisme américain, pour sa vision du vampirisme et notamment de son évolution en fonction de l’âge desdits vampires. Mais ça cogne, sec. A vous de voir, mais vous avez tout intérêt à avoir le cœur bien accroché.

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Léviathan 99 – Ray Bradbury

Posté par le 7 sept 2011 dans Lectures | 2 commentaires | 51 vues

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ouvert un Ray Bradbury, alors je n’ai pas boudé mon plaisir en dégustant les presque 500 pages de ce pavé, recueil de très nombreux textes échelonnés entre les années 1940 et le début des années 2000. Au menu, le Pyjama du Chat, Maintenant et à Jamais et enfin la nouvelle « La Chrysalide ».

En guise de préface, Ray Bradbury nous livre son écriture, son mode d’écriture, la perte de sa femme et la perte de son démon, celui de l’écriture, pendant plusieurs semaines. Et de conclure : « Mon démon vous parle. J’espère que vous l’écouterez. » S’il y a bien un démon que j’écouterai toujours avec plaisir, c’est celui de cet homme. Poète, génie d’imaginaire, écrivain hors pair, les qualificatifs manquent pour Ray Bradbury, je pleure d’avance le jour où « nous » le perdrons, au même titre que je suis resté prostré dans mon lit, pleurant à la suite de la lecture de Fahrenheit 451.

Le premier recueil de nouvelles, Le Pyjama du Chat, nous conte tour à tour une réflexion délicate sur la couleur de la peau au travers de sa capacité à bronzer (Le jeune homme et la mer), la perte absolue de repères sous couvert de voyage temporel (Un peu avant l’aube), une fable jouissive sur nos hommes politiques et la récupération de l’ensemble des territoires américains par les Indiens d’Amérique (Gloire à notre chef), un hommage personnel à une dame l’ayant élevé (Nous ferons comme si de rien n’était), une fable sur l’art (Olé, Orozco ! Siqueiros, si !), une autre sur ces maisons qui ont une âme, une présence (La maison)… et ainsi de suite. On passe sur le fameux convoi funéraire de John Wilkes Booth, sur cette horrible et fascinante nouvelle qu’est Mort d’un homme prudent, sur la petite merveille de délicatesse qu’est le Pyjama du Chat, sur ce fantasme qu’est « La bétonnière à mafiosi », et ainsi de suite une fois de plus. Je me suis laissé emmener par les talents de conteur de l’auteur, brinquebalé de nouvelle en nouvelle, passant du sourire amusé à celui, tendre, de la personne qui se reconnaît dans les textes ou reconnaît l’hommage d’un génie se considérant comme modeste à d’autre génies qu’il vénère. Point d’orgue à mes yeux, « Tous mes ennemis sont morts », une perle de sept pages résumant à merveille nos vies.

Attendrissement, délicatesse, finesse des mots, Bradbury tisse ses histoires, nous y distille son écriture pour mieux nous y dissoudre comme dans cette chrysalide focalisant toutes les attentions, abritant l’impossible. On tient ici aussi une nouvelle haletante, habile réflexion sur ce qui nous dérange, sur l’évolution de notre humanité. Un huis clos qui laisse entrapercevoir une fin grandiose.

Ensuite, le second recueil de nouvelles commence par « Quelque part joue une fanfare ». Je ne sais trop quoi vous dire à propos de ce texte qui m’a beaucoup marqué et me fait encore beaucoup réfléchir aux orientations que je donne à ma vie. Aussi simple que ça. Drôle d’effet pour un roman qui se trouve être l’amalgame d’une farandole de textes que l’auteur ne destinait pas forcément à la publication. Un texte renversant en ce qui me concerne. Ce n’est en revanche pas le cas de Léviathan 99 qui, s’il donne son nom au recueil, n’est à mon sens pas le meilleur des textes que compte le bouquin. Relecture et réécriture du Moby-Dick d’Herman Melville que j’ai adoré, j’ai été ici un peu moins sensible à l’univers créé par l’auteur. Voilà. Pas d’accroche de mon côté malgré un capitaine fou à souhait et une belle vision de l’espace profond.

Qu’importe cette petite déception finale que j’ai amoindrie en relisant quelques-uns de mes textes favoris, le reste du livre est une petite merveille que je garde dans un coin de bibliothèque et que je chéris. A lire absolument pour l’éternelle délicatesse et la poésie des textes de Bradbury.

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Stalker – Arkadi & Boris Strougatski

Posté par le 24 août 2011 dans Lectures | 2 commentaires | 80 vues

Le terme de « stalker », je l’entends souvent au boulot, sur le net et un peu partout ailleurs. Aussi, quand j’ai vu la couverture de ce roman, réédité chez Denoël, j’ai pensé à ce sens : des rôdeurs, des voyeurs… Je me trompais. Les stalkers de ce roman sont bien une sorte de rôdeurs mais pas dans le sens où nous l’entendons. Il faut dire que leur situation n’est pas banale…

Des Visiteurs sont venus sur Terre. Sortis d’on ne sait où, ils sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu’ils ont occupée pendant des années sans jamais correspondre avec les hommes, ils ont abandonné des objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent piller au risque de leur vie, comme une bande de fourmis coloniserait sans rien y comprendre les détritus abandonnés par des pique-niqueurs au bord d’un chemin.

Comme le précise la quatrième de couverture, ce roman a eu un tel impact que le terme « stalker » a été utilisé pour nommer hommes et femmes qui ont étouffé le coeur du réacteur en fusion de Tchernobyl, entre le 26 avril et le 16 mai 1986. De la fin de son adolescence à sa dernière aventure dans la Zone, on suit dans ce roman le personnage de Redrick Shouhart, un stalker, un de ceux qui vont dans la Zone au mépris de l’interdiction des autorités, de la surveillance de l’ONU, etc.

Quatre chapitres, quatre phases de la vie de Rouquin. L’action se passe toujours dans la ville de Harmont, paisible bourgade sans intérêt et pourtant un des six points d’impact sur la planète disposés selon le fameux radian de Pilman. Rouquin est d’abord laborantin, revendant pour quelques billets les objets qu’il récupère en marge de ses excursions autorisées dans la zone. Ensuite, il redevient un stalker pur et dur, viré de son boulot de laborantin, en pleine addiction aux objets qu’il peut ramasser, recherchant méthodiquement les artefacts qui peuvent lui éviter de « compter son argent » et ainsi de faire vivre sa jeune femme et leur petit Ouistiti, une petite fille qui porte les stigmates de l’exposition prolongée de son père à la Zone.

Le roman est en fait une boucle autour des phases de bonheur et de déchéance de Shouhart. L’homme est basique, simple, sa détermination est sans faille et la Zone est son seul et unique moyen d’existence, il y est lié, corps et âme. Quelques scènes mémorables parsèment le roman : la première visite dans la Zone, la trahison du vieux receleur, la visite du vieil ami dans une famille en déliquescence et enfin, boucle bouclée, cette dernière visite dans la Zone à la recherche de l’artefact mythique : la Boule d’Or. Dans tous les cas : l’oppression, la charge émotionnelle et les peurs sont là.

Il n’est finalement pas question d’invasion ici mais bel et bien d’une réflexion sur la condition humaine, sur la propension de l’homme à s’autodétruire, sur la capacité des villes de se développer autour d’un point focal exceptionnel. L’écriture rapide et nerveuse de la traduction prend aux tripes, les personnages sont décortiqués avec finesse grâce à l’utilisation de la narration à la première personne, c’est efficace et ça fonctionne. On a mal avec Rouquin, on a peur avec Rouquin, on s’horrifie parfois de ses propos, de sa violence, de son absence palpable d’humanité quand il est dans la Zone alors qu’il est tout au fond, on le sait, une sorte de bon bougre. Stalker te colle une bonne droite avant de t’enchaîner avec un uppercut, on en ressort quelque peu hagard, les derniers mots du roman résonnant encore sur les lèvres, ultime soubresaut de tension libérée.

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Les Loups de Prague – Olivier Paquet

Posté par le 22 août 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 44 vues

Une couverture vendeuse, une quatrième de couv’ accrocheuse et un éditeur en qui j’ai globalement confiance : Les Loups de Prague de Olivier Paquet commençait très bien.

Prague, huit ans après un putsch militaire. La Ville vit sous la forme d un système immunitaire géant soumis à une véritable programmation biologique. Au cœur de la cité, pourtant, opère dans la clandestinité une guilde du crime, mafia organisée en clans régis par des lois animales mais servis par une technologie sidérante. Dans ce contexte singulier, deux hommes vont se connaître et se mesurer : Václav, journaliste et militant du retour à la démocratie ; Miroslav Vlk, maître des Loups. Aveuglé par sa fascination pour le chef de meute, Václav entraîne les habitants de Prague vers ce qui pourrait bien être un ultime bain de sang.

Oui, commençait bien. Le contexte de cette Prague futuriste est la seule bonne surprise du roman, tout comme ce que l’on peut imaginer de ses alentours. Les États n’existent plus, seules les Villes ont survécu avec leurs campagnes. C’est finalement une nouvelle sorte de féodalisme qui s’est mis en place, les grandes agglomérations restant les derniers pôles de technologie, d’organisation sociale « moderne ». Et voilà Prague, son gouvernement, son armée et sa Guilde. La Guilde, c’est l’association de tous les clans de malfaiteurs, voleurs, assassins et autres mécréants. Les Loups, les Requins, les Serpents, les Rats, les Aigles, les Cafards et ainsi de suite. Chacun son corps de métier, chacun sa structure sociale et sa hiérarchie, chacun son caractère et chacun sa maîtrise technologique. La Guilde contrôle tous les marchés, contrôle le crime, contrôle finalement une forme de liberté et de sauvagerie, un équilibre au système en place. Le coup d’état et le quasi anéantissement de la Guilde par l’armée va modifier l’équilibre des forces.

Le roman dépeint donc la remontée en puissance de cette Guilde sous l’impulsion de son maître, chef du clan des fameux Loups, Miro. Gravitant autour, une foule de personnages, Loups, Serpents, Rats, militaires, flics et biens sûr le fameux journaliste. La trame narrative s’enchaîne bien, les chemins tortueux du pouvoir et des trahisons se rejoignent peu à peu jusqu’au dénouement, avec toujours en trame la Ville, vivante, active, dotée d’une volonté propre ? J’ai l’air enthousiaste ? Mais je le suis ! Cette idée de Ville vivante à l’architecture animée, les Guildes et leur structuration, leur sauvagerie, quelques personnages vraiment burnés, les technologies utilisées (brillantes !), l’ambiance de Prague, la trame narrative… c’est du tout bon.

Sauf que le bât blesse, à deux reprises. Le premier gros défaut à mes yeux, c’est le traitement des personnages. Charismatiques, fascinants même, Olivier Paquet a esquissé ce qui pourrait être une sacrée brochette de bonshommes et de bonnes femmes ! Reste qu’on ne plonge pas sous la surface la plupart du temps, les états d’âme sont dépecés au fil de longues paraphrases de dix lignes alors que dix mots auraient suffi et ce style ne change pas au fil du roman, il insiste, lourdement parfois. Pas de finesse ici, pas de sensibilité, ça ne prend pas aux tripes.

C’est d’ailleurs là qu’on se rend compte que c’est bien l’écriture qui pêche et non pas les idées. Il n’y a pas d’âme, pas de force, les descriptions et explications humaines sont froides, ça ne m’a pas fouaillé les tripes, ça ne m’a pas fait rire, je me suis contenté d’être spectateur d’une histoire, je n’ai pas plongé, ou alors si peu souvent… C’est l’alchimie entre l’univers et l’écriture qui fait mon plaisir. L’un et l’autre n’ont pas à être parfaits, ils se doivent simplement de bien fonctionner ensemble mais l’écriture reste la composante dominante dans l’accroche au roman. Ici, c’est à mes yeux indéniablement raté, dommage.

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Desolation Road – Ian McDonald

Posté par le 19 août 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 39 vues

Après avoir lu Etat de Rêve, j’avais dit que je m’attaquerais à son premier roman : Desolation Road, dégoté lui aussi au Salon du Livre. Desolation Road se situe d’ailleurs dans le même univers qu’un des plus belles nouvelles du recueil évoqué : « La roue de Sainte Catherine » racontant le dernier voyage du dernier train de Mars, accompagné de flashbacks sur la fameuse Sainte Catherine, celle qui quitta son corps pour fondre son âme dans les machines présidant à la terraformation de Mars.

Mars se réveille. Jusqu’au fond du bout du pire désert martien où le docteur Alimantado décida de s’installer après avoir bu sa dernière goutte d’eau, et qu’il appella Desolation Road. Là le rejoignirent par accident des personnalités aussi singulières que Persis Tatterdemalion, pilote sans avion et tenancière du premier bar, Rajandra Das qui répare les machines d’une caresse, Paternoster Jericho, haut dignitaire du crime, qui fuit ses assassins. Et d’autres, et d’autres encore, tous plus étranges, tous plus humains. Ils connaîtront la pluie sur Mars, et le pouvoir de ROTECH la transplanétaire, et la Sainte de Tharsis, et la guerre, et les tempêtes du temps déclenchées par le docteur Alimantado.

Sept cent ans après le début de la terraformation, Mars commence à être vivable, voire agréable même. Elle est en fait en pleine effervescence ! Il y a comme un parfum de far-west en cours de découverte aux États-Unis, un zeste de Révolution Industrielle, un soupçon de Trente Glorieuses, du marxisme, de l’écologie, de la hard-science tout à fait cohérente avec une époque où l’on est capable de transformer peu à peu une planète.

Au milieu de tous ces thèmes très fortement imbriqués se trouve Desolation Road, l’un des plus grands carrefours de l’Histoire de Mars. C’est ici que le fameux docteur Alimantado, après sa rencontre fortuite avec une machine ROTECH, va accueillir une foule hétéroclite de gens perdus, des parias, tombés là par hasard ou menés au fin fond du désert suite à une quelconque fuite ou un énième retournement du destin. Les premières pages du roman sont d’ailleurs pour dresser le portrait des arrivées successives : Rajendra Das, Mr. Jericho, les Mandella, les Staline, les Tenebrae et ainsi de suite… Drôles de noms n’est-ce pas ? Ils ne sont pas choisis par hasard mais il vous faudra lire le livre pour savoir comment Ian McDonald va dérouler le fil de leur destinée à Desolation Road, comment les générations successives vont tisser les plus grands changements de la planète !Le paradis qu’était Desolation Road à ses débuts va se muer peu à peu en un creuset de l’Histoire.

On navigue en terre de poésie, de loufoque, de purement scientifique, de politique, de sociologie et de religion. Desolation Road est un melting-pot de l’histoire de la Terre, accéléré par une époque de grands progrès technologiques mais aussi riche de magie, de mystères et de mysticisme. Drôle de roman, mêlant tellement de thèmes et d’influences. L’ambition de l’auteur qui m’avait tant subjuguée dans le Fleuve des Dieux est ici du même niveau : un livre doté de nombreux niveaux de lecture, posant un univers complexe, sérieux et barré à la fois. L’écriture joue beaucoup et la traduction donne un ton rythmé, caustique, drôle et très contemporain à l’œuvre.

Une belle claque d’imaginaire, une vision de la terraformation qui m’a séduit, bien loin de la hard-science un poil barbante, une part d’émotion et un attachement à tous ces personnages malmenés par les vents de la planète rouge et par les tourbillons du progrès humain. L’imagination débordante de l’auteur servie par une écriture énergique font de ce roman un petit chef d’œuvre, à la croisée des chemins de ses illustres aïeux évoqués en quatrième de couv’ : Bradbury, Gabriel Garcia Marquez, Dick, Orwell et Huxley. La comparaison n’est ma foi pas imméritée.

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Dragon de Glace – George R.R. Martin

Posté par le 15 août 2011 dans Lectures | 0 commentaires | 99 vues

Après avoir lu l’énorme Dance With Dragons, j’avais bien besoin de m’aérer la tête et d’enchaîner de petites histoires. Les nouvelles de Jean-Claude Dunyach ont été un plaisir, je me suis dit que cela pouvait être intéressant d’en lire quelques unes de George R.R. Martin qui, au delà d’être un bon écrivain de romans, est aussi un bon noveliste.

ActuSF a tout récemment publié un recueil de quatre nouvelles : Dragon de Glace. Au menu, la nouvelle éponyme, suivie de Dans les Contrées Perdues, l’Homme en forme de poire et enfin Portrait de Famille. Ces deux dernières ont reçu le Stoker et le Nebula, des prix plutôt prestigieux donc.

Dragon de Glace conte l’histoire d’une jeune fille née l’hiver et ayant développée une sensibilité toute particulière à cette saison et à ces créatures. Située dans un monde de fantasy, cette nouvelle, très agréable, traîne toutefois un peu en longueur mais sa poésie matinée d’héroïsme et noirceur en font un bon moment.

Dans les Contrées Perdues parle quant à elle d’une sorcière qui ne refuse jamais une commande. Jamais. Il lui faut cette fois-ci honorer la commande d’une reine qui souhaite acquérir le pouvoir de se changer en loup tandis que son garde lui commande de ne pas lui donner le pouvoir. Dilemme. Comment honorera-t-elle la commande alors ? La nouvelle est l’occasion pour George R.R. Martin de nous livrer un beau texte en terme d’immersion dans ces contrées perdues qu’Alys la Grise parcourt mais aussi en terme de réflexion sur ces portes que nous ne devrions jamais entrouvrir.

L’Homme en forme de poire, c’est cet homme un peu étrange, en forme de poire justement. On en a tous un dans notre entourage, on en a tous croisé un au moins une fois dans notre vie. L’auteur nous parle ici d’un Homme en forme de poire que son héroïne rencontre. Il s’agit de son voisin du dessous. Drôle de bonhomme. Effrayant. La nouvelle est oppressante, stressante, on se sent tout aussi mal que la principale protagoniste jusqu’au dénouement qui m’a plongé dans des affres de terreur tant il est sadique. A posteriori, je comprends très nettement pourquoi cette nouvelle a reçu le prix Bram Stoker…

Enfin, Portrait de famille s’intéresse à un écrivain très célèbre, divorcé, père d’une fille unique avec qui il s’est fâché de manière assez sévère. Peu d’informations en ce début de nouvelle mais la structure prend forme lorsque sa fille, peintre, lui envoie un tableau représentant le personnage principal de son premier roman, celui qui est et reste son fils aîné… Sous forme de discussions et de flashbacks, George R.R. Martin décortique les névroses et les obsessions de l’écrivain, personnifiées dans chacun de ses romans majeurs. La nouvelle sombre ensuite peu à peu dans les ténèbres tandis que l’on progresse jusqu’aux ultimes discussions entre le père, les portraits et la fille. Une nouvelle bluffante, glauque et oppressante aussi mais un régal malgré la dureté des thèmes qu’elle aborde.

Au final, ce recueil démontre une fois de plus que George R.R. Martin est en effet un très bon noveliste même si je n’en doutais point vu que j’avais déjà lu certains de ses autres romans et nouvelles. A acheter les yeux fermés pour peu que l’on n’ait pas peur de plonger dans des univers quelque peu sombres et effrayants.

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A Dance With Dragons – George R.R. Martin

Posté par le 9 août 2011 dans Lectures | 9 commentaires | 93 vues

6 ans. Putain. 6 ans. Putain. (et ainsi de suite). J’aurai attendu six années de ma vie un livre. Après avoir attendu quasiment autant pour son prédécesseur, A Feast For Crows, qui s’était avéré être une espèce de tuerie de la littérature, dans le parfait prolongement des trois tomes précédents.

Les tomes précédents, A Feast For Crows et ce A Dance With Dragons font partie du cycle A Song of Ice and Fire, aussi appelé le Trône de Fer en France. Et adapté à la télévision sous le nom de Game Of Thrones. Ah. Voilà, ça doit commencer à parler à la plupart d’entre vous qui n’avez pas (encore) plongé dans ce roman presque légendaire. Mais trêve de blablatage sur l’adaptation télévisuelle (brillante) et sur l’historique du cycle, parlons plutôt de ce nouveau roman, une pavasse de 1000 pages que j’ai avalé en une dizaine de jours, bonjour la boulimie !

A Dance With Dragons reprend donc le destin de nombreux personnages parmi mes préférés abandonnés à la fin de A Storm of Swords tandis que le tome 4, A Feast for Crows, se concentrait sur les autres. Alors que la situation géographique du tome précédent se concentrait essentiellement sur le cœur des Sept Royaumes, on se balade désormais beaucoup plus : le Nord et le Mur, les Cités Libres et le grand Est, sans oublier les Îles du Fer et un soupçon de Dorne. Mais ce n’est pas tout car George R.R. Martin se permet aussi de réintroduire dès les 2/3 du livre quelques uns des autres personnages afin de tous les faire se rejoindre dans la conclusion fabuleuse qu’est la dernière centaine de page du livre.

George R.R. Martin m’a une fois de plus régalé avec un niveau d’écriture (anglaise) extrêmement soigné, délicat, riche, délicatement formulé, agrémenté d’argot et de vocabulaire chevaleresque et médiéval. Autant d’ingrédients qui font que ce livre dépasse une fois de plus la simple fantasy ou la simple medieval-fantasy pour se bâtir une réputation de monde, d’univers, celui de l’auteur et celui que l’on s’approprie.

Jon, Tyrion, Daenerys, Cersei, Jaime, Arya et tant d’autres. Autant de destins que George R.R. Martin fait s’entrechoquer, fracasse, démantibule, construit et révèle. Un festin, un régal pour l’amoureux de ce cycle que je suis. Mais aussi une frustration intense, celle des tous derniers chapitres, des derniers « cliffhangers » de fin de chapitre qui resteront sans réponse jusqu’au prochain roman, dans quelques temps, voire dans quelques années.

Je ne puis être objectif sur ce roman. S’agit-il du meilleur de la série ? Peut-être bien. Mais les autres étaient tout aussi bons. George R.R. Martin continue de peaufiner son écriture, son monde, son histoire. Il prend son temps, c’est une attente atroce mais force m’est de constater qu’à chaque sortie de livre, je me dis que l’attente était plus que nécessaire et surtout justifiée.

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