Essai – Audi S5 Coupé 3.0 TFSI 354

Après la nouvelle Audi A4 dans sa version forte de 252 chevaux, plaisante mais un brin mollassonne, j’avais envie de passer à la vitesse supérieure : l’ajout d’un S autre que line était nécessaire pour me tirer un vrai sourire. Quitte à partir sur cet exercice, autant essayer une silhouette inconnue et singulière : le coupé, le vrai, pas le Sportback qui se montre certes élégant sur une A7 mais que je trouve sans charme sur une A5. Voici donc l’Audi S5 Coupé et son bloc V6 développant désormais 354 chevaux. Le couteau suisse qu’est la « petite » berline Audi A4 a gagné quelques dents. Voyons si elles sont tranchantes.

A l’extérieur, peu de changements par rapport à mon essai précédent. La finition S-line et les véritables versions S se distinguent certes facilement pour qui a l’œil mais ce qui retient le plus l’attention ici, c’est le fameux rouge Tango, toujours séduisant et collant bien aux lignes tendues de l’Audi S5 Coupé. Rétroviseurs chromés, face avant dotée d’une calandre identique mais arborant le logo S5, c’est à peu près tout. Les lignes n’ont que peu changé par rapport à la version précédente, un classique désormais chez Audi qui décline ses autos de façon intemporelle.

On peut critiquer, reste à convenir d’une chose, c’est réussi à défaut d’être spectaculaire. Un point me revient tout de même régulièrement : le capot. Son bord recouvre désormais les ailes et dessine une ligne parfaite depuis le coin des feux jusqu’à l’arrière ! Avec les petites lignes qui s’échappent quant à elles de la calandre, on se retrouve avec un magnifique bloc de carrosserie, pièce maîtresse d’une ligne élancée, bien proportionnée et finalement très élégante et sportive pour peu qu’on lui accole une couleur autre qu’une banale noirceur.

Les flancs arborent également un discret petit logo, bien intégré sous les rétroviseurs. Les roues sont élégantes, abritant des étriers peints en noir tandis que le bas de caisse inaugure une jolie lame noire mate. C’est l’un des beaux détails de cette auto, à dire vrai, je l’ai vraiment apprécié.

A l’arrière ensuite, derrière des hanches quelque peu élargies mais tout sauf caricaturales, on récupère la traditionnelle quadruple sortie d’échappements, répartie de manière égale d’un côté de l’autre du diffuseur, le tout ceinturé d’un petit jonc de chrome, comme à l’avant. Bref : discret, sobre.

Dans l’ensemble, l’Audi S5 Coupé est à la fois discrète, élancée et racée a minima. C’est une S moderne, en somme, au même titre que les plus récentes S3, annonçant une once de sportivité mais sans aucune agressivité ou volonté de trop en faire. Là-aussi, on aimera ou l’on critiquera, en se rappelant bien que l’Audi RS5 vient juste d’être annoncée. Il y a encore un monde au delà du S, chez Audi.

L’intérieur est à dire vrai du même acabit, fini comme on l’attend, sobre et sombre comme on l’attend, sportif et austère à la fois, épuré et technologique. C’est une habitude, une constante, chez la marque aux anneaux et l’Audi S5 Coupé ne déroge pas à la sacro-sainte règle qui veut qu’on ouvre béant la bouche en découvrant un habitacle Audi bien équipé et garni de quelques options bien choisies.

Le Virtual Cockpit fait encore et toujours son effet lui aussi, tout comme les sièges Sport (chauffant et massant) (1120€), le système Bang & Olufsen est excellent (1030€) et il y en a encore plein d’autres comme ça. La preuve, l’Audi S5 Coupé est facturée en base 75k€ quand mon modèle d’essai était facturé 91k€ ! A ce prix, il n’y a pas d’autre possibilité que d’être irréprochable, à tous points de vue.

Dans ce havre de cuir, d’inserts en carbone et d’éléments en plastique parfaitement ajustés, le seul élément qui détonne un peu, c’est l’écran central, étrangement fixe et disgracieux au milieu d’une console que l’on aimerait dénuée d’aspérités pour que le regard y glisse. Même chose avec les palettes de commande de boîte, toujours aussi tristement en plastique, une critique déjà faite sur d’autres modèles. Le volant est en revanche toujours bien fait : jante fine, forme idéale avec son méplat, commandes évidentes bien intégrées et toujours le Virtual Cockpit sous les yeux.

Le mot « premium » est donc parfaitement adapté à cet habitacle où le soin du détail se retrouve où que le regard se pose, y compris sur les places arrière et surtout quand ce petit bras motorisé se déploie pour vous apporter la ceinture au plus près, afin de ne plus avoir qu’à la boucler. Un couteau suisse attentionné, en somme, qui se paye le prix fort mais dans lequel voyager est un réel plaisir.

Ainsi installé, bien posé, le siège vous massant doucement de bas en haut le dos, il est plus que temps de lancer le bloc de 3 litres qui développe 354 chevaux à 5400 tr/min et 500 Nm, disponibles pour ces derniers de 1370 à 4500 tr/min. Ce V6, inédit, gronde gentiment au démarrage.

Rien d’extraordinaire ou d’extravagant, un zeste de ronglement dans ce qu’on devine être pas mal d’onctuosité. Le mode Dynamique n’y change rien, c’est évidemment un peu plus sonore et pétaradant à la limite mais toujours onctueux.

La suralimentation du moteur est perceptible mais le turbo souffle à tous les étages, sortant un couple en quelque sorte constant qui permet d’enrouler dans un léger ronflement bien agréable à l’oreille,  sans faire frémir dans l’habitacle. C’est rond, discret, il ne sert vraiment à rien de dépasser les 5500 tr/min et… ah oui, quand même, il faut regarder le compteur et les km/h qui s’égrènent à une vitesse folle !

L’Audi S5 Coupé se catapulte à la force de ce moteur en toute discrétion et dans une linéarité certaine. Ce n’est pas particulièrement excitant en ligne droite mais la mise en vitesse est très largement convaincante. Le 0-100 est annoncé en 4.7 secondes grâce entre autres à la transmission quattro et à la boîte à huit rapports.

Que l’on soit en Confort, en Dynamique ou en Individuel afin de caler certains paramètres en adaptatif tout en faisant chanter au mieux le moteur, il sonne et gronde, s’élevant avec vigueur vers le milieu des tours et portant l’auto à des vitesses vraiment inavouables. A défaut d’être particulièrement amusant ou caractériel, ce moteur est indubitablement rempli à souhait, onctueux et gentiment mélodieux.

Ce n’est donc ni une surprise, ni une déception, c’est totalement cohérent avec cette vision du « S » chez la marque, y compris pour l’Audi S5 Coupé. Sportif, efficient et efficace, raisonnable en consommation (13.8 L/100 sur mes 450 km d’essai), sonore et communicatif sans être de nature à générer des frissons irrépressibles, on est à l’équilibre entre la sportivité et une certaine idée du grand tourisme.

La boîte est du même niveau, tout comme la suspension. Les 8 rapports s’enchaînent doucement, de façon assez imperceptible au quotidien, tandis que la suspension pilotée s’occupe de lisser les aspérités. En mode Confort, la route est lissée au possible, les kilomètres s’enchaînent en silence, les gommes Hancook étant plutôt bien faites. La direction est douce, bien qu’elle soit paraît-il dynamique (1210€ en option).

En somme, les kilomètres s’enchaînent, dans un silence rarement perturbé par la route, dans un confort indubitable et toujours avec ce léger ronronnement du moteur, qu’on décuple nonchalamment au gré des appuis sur la pédale de droite pour dépasser telle ou telle chicane mobile. Douceur, progressivité, grand tourisme une fois encore. Audi devient assurément maître d’une certaine idée de rouler et on peut leur rendre ça sans se trahir.

Mais alors, le Sport du S, dans tout ça ? Inexistant ? C’est… vrai et faux à la fois ! Ah, une réponse de Normand pour un essai en terre Normande ? Oui, c’est ça. L’Audi S5 Coupé est à la fois sportive et pas vraiment sportive à la fois, c’est assez perturbant. Engageons le mode Dynamique, passons la boîte en Manuel, glissons l’ESP sur sa position plus permissive et voyons donc ce qu’il se passe.

Le moteur est plus chantant, sa réponse également. La direction, dynamique donc, s’est un peu durcie et se montre plus engageante à défaut d’avoir un toucher de route vraiment convaincant. La transmission quattro l’en empêche, d’une certaine manière, en basculant via le différentiel quattro Sport (1630€ en option) d’un train à l’autre, autorisant un maximum de 85% sur l’arrière et 70% à l’avant.

Autrement dit, si l’on sait très bien ce qu’il se passe dans l’auto, bien aidé par les sièges au maintien convaincant, on manque un peu de connexion à la route. La suspension n’y est strictement pour rien, superbement dosée entre le ressenti et le maintien d’une motricité optimale sur toutes les surfaces. Il y a quelque chose d’un tout petit peu flou dans royaume de l’Audi S5 Coupé, comme si la voiture vous conservait dans un petit cocon de douceur.

L’Audi S5 Coupé pèse un bon 1700 kg sur la balance. C’est moins que l’ancienne génération mais cela reste tout à fait conséquent quand s’enchaînent les courbes plus ou moins lascives et les freinages en appuis. La dynamique de l’auto reste irréprochable dans ces conditions et le train avant, là où Audi pouvait pêcher par le passé, est royal.

Oubliez le sous-virage, il n’existe pour ainsi dire pas dans cette voiture qui se montre incisive et consistante à l’attaque de courbe et communique ce qu’il faut d’informations aux conducteurs. En fait, à la limite, ce sont les quatre roues qui se mettent gentiment à glisser, avant que le quattro n’en remette un peu sur le train arrière, que l’on contrebraque et qu’on sorte à vitesse stratosphérique de la courbe concernée.

Douceur donc, avec une once certaine d’incision et de précision, le tout toujours mâtiné d’une prévenance et d’une progressivité absolument modernes. L’Audi S5 Coupé est difficile à prendre en défaut et mieux vaut d’ailleurs sûrement ne pas toucher ses limites tant elles semblent lointaines, à défaut de fournir un engagement absolu au conducteur.

Voilà, tout est dit dans cette dernière phrase. Ce Coupé S5 va vite, très vite, aussi vite qu’un ancien RS5 sûrement d’ailleurs. Son grip, en latéral comme en inscription en courbe, est incroyable et rassurant, excitant presque. Ses remises en vitesses, portées par un V6 très plein et mélodieux, sont efficaces et son comportement en courbes stabilisées est sain, plaisant.

Les virages s’enchaînent sans coup férir, le train arrière se déhanche parfois gentiment, le train avant reste quant à lui rivé à sa trajectoire tandis que le regard cherche loin le prochain virage. La boîte ZF traîne en revanche vraiment au rétrogradage, n’est pas brutale non plus à la montée, c’est finalement le seul vrai point noire de cette voiture par rapport au reste.

Le V6 chante gentiment de son côté, ni vu ni connu ; le compteur en profite et s’affole encore et encore, faisant pleurer des larmes tango au passager qui n’en revient pas de ce mélange de confort tout à fait préservé et de vitesse en courbe à lui faire doucement craquer les os sur les flancs du baquet.

Il y a une forme paisible de maîtrise dans l’Audi S5 Coupé, l’aboutissement de nombreuses années à recréer la marque autour d’une idée du design, de la sportivité et du premium. Avec chaque génération viennent les critiques sur le manque de changement, l’absence de prise de risques mais force est de constater que l’exercice est à chaque fois un peu plus réussi, à tous points de vue et sur chacun des points de la conduite, de l’habitabilité ou de l’efficacité en toutes circonstances.

L’excitation pure et puriste n’est pas vraiment là mais la vitesse et une certaine forme de pureté dans la précision le sont indubitablement. L’ensemble, à défaut d’être une sportive pure au sens sportif du S, est un subtil équilibre entre le couteau suisse quotidien et la douceur du grand tourisme honteusement rapide.

Pour la pompe à feu et le grain de folie, c’est un peu comme pour S3 et RS3 : il faudra attendre RS5 mais si votre porte-monnaie vous limite concernant ce petit dernier, sachez qu’il y a déjà largement de quoi faire à bord de S5 Coupé.

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