Les Bonobos de Laurent Baffie au Théâtre du Palais Royal

Il y a quelques semaines, j’ai remis avec plaisir les pieds, les yeux et les oreilles au Théâtre du Palais Royal pour une représentation de la nouvelle pièce de Laurent Baffie : Les Bonobos.

C’est l’histoire de trois potes qui se connaissent depuis l’enfance. Alex l’aveugle, Dani le sourd et Benjamin le muet. Même si nos personnages ressemblent beaucoup aux 3 singes de la sagesse, leur irrésistible envie de copuler les range définitivement dans la catégorie des bonobos ! Mais comment faire pour avoir une sexualité non tarifée quand on est handicapé ? La solution est simple, il suffit de ne plus être handicapé…

Comme vous pouvez le lire, Baffie s’est basé sur l’histoire des trois singes de la sagesse pour digresser sur la sexualité et plus spécialement sur la sexualité des handicapés. On pourrait alors s’attendre à une débauche de vulgarité simpliste mais il n’en est rien.

Alors, bien sûr, Baffie reste Baffie et les traits d’humour sont souvent percutants, un rien sauvages et crus : baiser, pute, salope et autres petites horreurs se retrouvent bien souvent dans la bouche des acteurs, Baffie inclus (qui alterne avec Alain Bouzigues) dans le rôle du muet. Sauf que l’auteur a aussi introduit une certaine dose de subtilité dans sa pièce, de sensibilité.

Les bons mots fusent, fins. Les mots crus aussi, nettement plus bruts. Ce qui ressort de la représentation, c’est une sensation d’équilibre, un équilibre auquel je ne m’attendais à vrai dire pas du tout et qui constitue la plus belle surprise de cette pièce. Le début peut paraître un peu longuet, l’action traînant à se mettre en place même si les facéties des trois acteurs masculins sont là pour inoculer le virus du rire à la salle, la chauffant peu à peu avant une fin de « première partie » bluffante et cousue main pour Baffie / Bouzigues qui, on le sent, s’éclate du début à la fin de sa pièce. Les autres acteurs ne sont pas en reste même si certains explosent véritablement, Baffie en premier, Marc Fayet ensuite en aveugle cynique, puissant et incisif. Du côté des filles, chacune son caractère, mais c’est à mes yeux Karine Dubernet (Julie, la fliquette brute de décoffrage) qui prend toute la place et impose son charisme sur ses consœurs mais aussi sur les hommes, qu’elle domine de la tête et des épaules !

Pour ce qui est des subterfuges trouvés par nos trois bonobos et du déroulé de la pièce et de ses rebondissements, je ne veux pas m’étendre dessus pour ne pas gâcher votre plaisir si d’aventure vous allez voir une représentation de la pièce mais c’est joliment trouvé et bien souvent hilarant. Chacun des trois handicapés arrive à gommer avec plus ou moins de succès son handicap grâce à la complicité des deux autres… je n’en dirai pas plus. Complémentaires, touchants, humains bien que blasés des relations (tarifées ou non) et quelques peu bruts de masculinité assaisonnée d’un machisme certain, les trois font la paire et arrivent à nous arracher de nombreux rires aussi bien que quelques larmes. Le final, un poil facile, m’a en revanche laissé quelque peu sur ma faim mais dans l’ensemble, j’ai passé un moment agréable dans ce lieu toujours aussi époustouflant. A voir sans hésiter, que l’on soit fan de Baffie ou non !

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